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Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

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«C’était un méchant poisson d’avril!»

«C’était un méchant poisson d’avril!»

Félix Séguin, TVA Sports

Publié 01 avril
Mis à jour 01 avril

 Le 1er avril 1989, Michel Bergeron se réveille dans sa chambre d’hôtel à Pittsburgh.

Bergeron, alors entraîneur-chef des Rangers de New York, est fébrile. Si son équipe l’emporte le soir même contre les Penguins, elle pourrait ravir le deuxième rang de la section à la bande à Mario Lemieux.

Avec deux matchs à faire à la saison régulière, Bergeron est conscient de l’importance de la partie. Surtout que les probabilités sont fortes que les Rangers et les Penguins s’affrontent en séries.

À 8 heures ce matin-là, le téléphone sonne dans sa chambre d’hôtel. C’est la secrétaire des Rangers.

«M. Bergeron, Phil Esposito aimerait vous rencontrer dans sa chambre d’hôtel à 9 heures.»

«Ici?, demande Bergeron. Il est à Pittsburgh?»

«Oui.» 

Le pilote des Rangers trouve cela étrange puisque son directeur général n’a pas l’habitude de voyager avec l’équipe.

À 9 heures, Bergeron entre dans la chambre d’Esposito. Ce dernier ne perd pas de temps.

«Michel, j’ai décidé de faire un changement.»

«Ah oui, quoi, l’entraîneur-chef?», dit Michel en pensant lancer une boutade.

«Oui», répond très sérieusement Esposito.

Bergeron, qui n’avait jamais vu venir le coup, est estomaqué.

«Quelle est la raison?»

«Bergie, il peut en avoir une ou 1000 raisons. » La décision d’Esposito était prise et rien n’allait changer.

Bergeron quitte la chambre de son directeur général et appelle aussitôt sa conjointe.

«Je ne peux pas te parler longtemps.»

«Que se passe-t-il?», dit-elle, inquiète.

«Je m’en vais parler aux joueurs. Je viens d’être congédié.»

Sans hésiter, sa femme Michelle lui dit avec un sourire dans la voix. «Très drôle! C’est un poisson d’avril.»

«Non, ce n’est pas un poisson d’avril.»

Même Lemieux était stupéfait!  

Bergeron se dirige vers l’aréna des Penguins qui est situé de l’autre côté de la rue. Il réunit ses joueurs et leur annonce la nouvelle.

Le gardien étoile des Rangers, John Vanbiesbrouck, lui lance : «Come on coach, on a un gros match ce soir... Ce n’est pas le temps de faire des blagues! »

«Je vous le dis : je suis congédié.»

Les joueurs étaient sidérés. Chris Nilan ne voulait pas le croire. Il criait tellement il était en colère.

La réaction était la même chez les Penguins.

Pendant que Bergeron donnait une entrevue à un journaliste sur le bord de la patinoire, Mario Lemieux, qui patinait en prévision du match de la soirée, s’approche du principal intéressé.

«Qu’est-ce qui est arrivé?», lance le grand numéro 66.

«Je suis congédié.»

Lemieux était stupéfait.

La suite est connue. Esposito prend la relève de Bergeron derrière le banc des Rangers. L’équipe perd ses deux derniers matchs de la saison régulière et s’incline en quatre rencontres devant les Penguins lors du premier tour des séries éliminatoires.

Quelques semaines plus tard, Esposito était à son tour congédié.

31 ans plus tard...

«Je m’en souviens comme si c’était hier», m’a dit Michel Bergeron lorsque nous nous sommes parlés au téléphone dans les derniers jours.

«C’était un choc pour moi à l’époque, surtout que, ce soir-là, on jouait pour la deuxième place. C’était aussi la première fois que j’étais congédié. C’était un méchant poisson d’avril. »

Il se souvient que le lendemain de son congédiement, tous les joueurs des Rangers lui avaient rendu visite à son domicile à Rye, en banlieue de New York.

«J’avais une bonne équipe. Une bonne défense avec Brian Leetch, de bons vétérans et un bon gardien avec John Vanbiesbrouck. Plus tôt dans la saison, j’avais dit dans une réunion d’équipe que nous avions des chances de gagner la Coupe Stanley.»

31 ans plus tard, Bergeron ne connaît toujours pas la ou les raisons de son congédiement. «J’avais une relation cordiale avec Phil. Je l’ai toujours respecté. Je trouvais qu’il avait un bon œil pour l’évaluation des joueurs.»

Le 1er avril 1989 n’avait rien d’un poisson d’avril pour Michel Bergeron.