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Crédit : Ben Pelosse / JdeM

Canadiens de Montréal

La fois où Shea Weber a remis Andrei Markov à sa place

La fois où Shea Weber a remis Andrei Markov à sa place

Louis Jean

Publié 26 mars
Mis à jour 26 mars

Au fil du temps, j’ai appris que ceux qui racontent les meilleurs histoires dans le sport sont ni les joueurs ni les entraîneurs. Ils sont souvent plus en retrait. Ils se fondent dans le décor, mais jouent un rôle crucial. Je parle ici des proposés à l’équipement.    

En raison de la pause forcée dans la LNH par la pandémie de la COVID-19, j’ai contacté Pierre Gervais, gérant de l’équipement des Canadiens de Montréal. Gervais en est à sa 31e saison avec le CH. Discret et à son affaire, il est une sommité dans le monde du hockey et du sport professionnel. Il est reconnu comme étant extrêmement compétent et surtout respecté par les joueurs et ses pairs.         

Il est environ 10h30 jeudi matin. Gervais vient de compléter un entraînement au sous-sol de sa demeure de Saint-Mathieu-de-Beloeil avec ses fils Alexandre (9 ans) et Gabriel (10 ans).     

«Ils ont pas mal d’énergie. Il faut les faire bouger», a-t-il dit en riant! Je pense que plusieurs parents qui vivent la quarantaine comprennent parfaitement cette réalité. La conjointe de Pierre, Sophie Picard, est en train de compléter ses études pour devenir infirmière praticienne spécialisée. Étant donné la crise actuelle, sa femme a temporairement mis ses études en veille et travaille dans un hôpital. Elle est aux premières lignes de cette bataille pour contrer le coronavirus.    

«Elle travaille très fort. Dès qu’elle arrive à la maison, elle se lave les mains, prend une douche et lave son linge pour limiter les chances de contagion», a souligné Gervais.    

Le natif de Trois-Rivières de 58 ans a tout vu et tout vécu dans son sport. Des arrêts de travail, les attentats du 11 septembre, etc... Mais ce que nous traversons est unique.   

«J’ai hâte que ça recommence, ça fait peur. On travaille dans le divertissement. Je crains que cette crise laisse des traces pour longtemps», a-t-il confié.    

Avant de pratiquer son métier, Gervais était d’abord un amoureux du hockey. Cette passion, il ne l’a jamais perdue.   

«Je suis encore un fan. Ça me manque tellement. Pour moi c’est encore une "game" et une passion, ce n’est pas un travail.»    

Pour se changer les idées et se divertir un peu, j’ai discuté d’une panoplie de sujets avec Gervais. En voici quelques-uns.    

1- Michel Bergeron m’a dit que c’est lui qui t’a donné ton premier emploi comme préposé de l’équipement à Trois-Rivières. Quel en est ton souvenir?     

«La polyvalente de Trois-Rivières était tout près de l’aréna. Après l’école j’allais toujours voir les Draveurs pratiquer. J’étais un fan de l’équipe. Je travaillais juste pour acheter mes billets. Un jour, Michel est déménagé dans la maison voisine. C’était comme si Scotty Bowman était déménagé à côté! J’étais trop gêné pour lui parler alors ma mère lui a dit que si jamais il avait besoin d’aide avec l’équipe, je le ferais “gratis”.   

«Un jour, l’équipe était revenue au milieu de la nuit, en pleine tempête de neige. J’avais pelleté son entrée. Je crois que son épouse m’avait vu. Un moment donné, M. Bergeron m’a appelé et m’a dit qu’il avait besoin de mon aide au Colisée pendant le camp d’entraînement. S’il me demandait un pied, je lui en donnait deux. Je voulais faire bonne impression.»    

C’était en 1978. Gervais pratique son métier à temps plein depuis!    

2- Quel est le plus beau souvenir de ta carrière?    

«Impossible d’en choisir seulement un. Mais lorsque Wayne Gretzky m’a appelé pour les Jeux olympiques de 2002, je ne touchais plus par terre. De me retrouver dans la même pièce que Wayne, Mario Lemieux, Pat Quinn, etc... C’était magique. Et le fait d’avoir remporté l’or est quelque chose dont je vais me souvenir toute ma vie.    

«Je n’oublierai jamais non plus la fermeture du Forum et l’ouverture du Centre Molson, comme on l’appelait à l’époque.»    

3- Un moment qui t’a marqué?    

«Le retour au jeu de Saku Koivu après son cancer. J’ai développé une relation très intime avec lui. Lorsqu’il est arrivé à Montréal pour la première fois, c‘est moi qui est allé le chercher à l’aéroport. Il était fatigué, il avait pleins de questions. Je lui ai demandé s’il avait faim. Il était affamé. Je lui ai demandé ce qu’il voulait manger et il m’a répondu du McDonald's! Il n’avait pas d’argent alors j’ai payé pour son repas.   

«J’étais un des seuls avec ses parents à pouvoir le visiter à l’hôpital lors de son cancer. C’était difficile de le voir dans cet état. J’avais tellement peur que ça ne fonctionne pas. Lorsqu'il est revenu, c’était magique. Je pleurais. J’étais incapable de contenir mes émotions.»    

4- Qui a livré le meilleur discours?    

«J’ai vu Bob Gainey livrer de vibrants discours comme joueur et comme directeur général. Kirk Muller aussi en a livré tout un il y a quelques années dans un restaurant lorsque nous étions en séries. Il voulait que les joueurs comprennent la chance qu’ils avaient de jouer en séries pour les Canadiens.   

«Et puis il y a aussi Jaques Demers. Il était tellement positif et “up beat”. On ne gagne pas la coupe Stanley en 1993 sans Patrick Roy, mais il ne faut pas oublier le rôle que Jacques a joué aussi.   

«D’ailleurs, petite anecdote de la coupe Stanley de 1993. Il y a un joueur pendant un match au Forum, je ne me souviens plus qui, qui est allé ramasser Wayne au centre de la patinoire. C’était la fin. C’était comme si on avait tué le chef l’autre bord! Les gars avaient du chien. On ne pratiquait jamais, c’est pour ça qu’on était si bons en prolongation. Jacques voulait que les gars conservent leur énergie et ç'a fonctionné.»    

5- Quel capitaine t’a le plus impressionné?    

«Encore une fois, c’est Bob Gainey. Il était tellement respecté de tout le monde. Son calme, son jugement, il jouait blessé. Ç'a été un grand capitaine. Je me souviens d’une fois au Forum, il y avait un colonne dans le milieu du vestiaire. Il s’est levé, il a pris son veux bâton Koho en bois et l’a fracassé en 1000 morceaux. Il n’a jamais dit un mot. Les gars ont embarqué sur la glace comme des chiens enragés!   

«Une fois, avant un gros match, les joueurs étaient nerveux. Mais Bob était calme et en contrôle comme toujours. Je lui ai demandé: "comment fais-tu pour être si calme alors que la pression était si intense?". Il m’a touché. Il est complètement gelé. C’était sa façon de me dire que lui aussi était nerveux.»    

6- Et Shea Weber, lui?    

«C’est toute une personne, tout un homme. J’ai été un des premiers à entrer en contact avec lui lorsqu’il a été échangé à Montréal. Après avoir passé par-dessus la déception d’être échangé, il était “pompé” de venir à Montréal. Il l’est encore d’ailleurs, je te l’assure. Il adore jouer pour les Canadiens.   

«Shea impose le respect et la discipline. Un regard envers ses coéquipiers et ça dit tout. Après les matchs, il sort toujours son sac de hockey pour l’amener sur le chariot à l’extérieur du vestiaire. Un moment donné, il a regardé Andrei Markov et lui a demandé: "Are you that tired?". Markov ne savait pas trop s’il devait en rire ou non. Tout le monde a compris ensuite qu’ils pouvaient faire leur part. C’est ça, Shea Weber!»    

7- Comment est Carey Price?    

«Je suis très proche de Carey. Je suis un amant de la nature comme lui et j’aime la pêche. J’essaie d’y sacrer la paix le plus possible! C’est un solitaire, un gars renfermé, mais il n’est pas malheureux du tout à Montréal, au contraire. Il me fait penser un peu à Jeff Hackett.   

«Je n’ai jamais vu un gars en mission comme Carey l’était lors des Jeux olympiques de 2014. Il ne parlait pas beaucoup. Il était le premier arrivé avec son chapeau de cowboy. Il était tellement dans sa bulle, tellement fort. Même les gars des autres équipes (qui évoluaient pour le Canada) étaient impressionnés. Sans le dire trop fort, les joueurs se disaient "c’est sûr qu’on va gagner" tellement il était dominant et donnait confiance.»    

8- Quelle légende des Canadiens t’a marqué?    

«Lors de la fermeture du Forum, je me suis retrouvé seul une quinzaine de minutes dans le vestiaire avec les deux frères Richard, Maurice et Henri. En attente de la séance photo, ils me posaient des questions sur les joueurs, leurs habitudes, etc... C’est quelque chose que je ne vais jamais oublier.»    

9- De ton point de vue sur le banc, qui t’impressionne le plus?    

«Brendan Gallagher. Son désir de vaincre, son désir de gagner, son désir de ne pas laisser un pouce à la vie ou de se laisser endormir. Il est inspirant, il est “tough”. Ç'a pas de sens comme il est “tough” sur son corps. C’est un des top que j’ai vu pour jouer malgré les blessures et la douleur. Guy Carbonneau était aussi vraiment endurant.»       

10- Est-ce qu’il y a beaucoup de joueurs capricieux?    

«(Rires) Oh oui! Il y en a qui portent tellement d’attention à leur équipement, aux moindres petites choses. Il faut que le ruban sur leur bâton soit parfait, les gants, etc... Gallagher, lui, ne se casse pas la tête avec ça. Des fois je vais couper des morceaux de "tape" qui pendent sur son bâton tellement ç'a pas de sens. Lui, il se fout de tout ça. Il veut juste jouer au hockey.»