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Olympiques

Une carrière en péril?

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Dimanche soir, le Comité olympique canadien (COC) et le Comité paralympique canadien (CPC) ont pris la décision qu’aucun athlète ne serait envoyé aux Jeux de Tokyo, prévus à la fin du mois de juillet. Même si c’était une décision qui s’imposait, il s’agit d’un énorme bouleversement pour la grande majorité des athlètes.  

Le Canada est devenu la première nation à faire une telle annonce et les différents comités espèrent que d’autres pays emboiteront le pas, car considérant la pandémie de COVID-19 qui sévit, il serait irresponsable de permettre aux athlètes de prendre part au plus gros événements sportifs de la planète.    

Même si tout le monde s’entend pour dire que c’était la bonne décision à prendre, c’est le rêve de tous les athlètes qui est mis en suspens. Eux qui font face à l’inconnu et qui voient des années d’efforts être bousculées.  

Pour la quintuple médaillée paralympique Aurélie Rivard, cette décision aura un immense impact sur le reste de sa carrière : «S’il n’y a pas de Jeux pour nous, je prends en considération d’arrêter.» La paranageuse de 23 ans a déjà tout gagné et détient la plupart des records du monde, donc si les Jeux devaient être tenus comme prévu, l'idée de commencer un autre cycle en vue d’une participation aux Jeux de Paris en 2024 n’est peut-être pas envisageable.   

«Ça fait quatre ans qu’on s’entraîne pour ces Jeux, et là, du jour au lendemain, il n’y a plus rien. Idéalement, le CIO reporterait ça à l’année prochaine. J’ai hâte que l’annonce soit faite. On ne sait rien, c’est énervant», raconte-t-elle.  

Son coéquipier sur l’équipe nationale, Nicolas-Guy Turbide, médaillé de bronze aux Jeux paralympiques de Rio en 2016, est fier que sa fédération sportive s’inscrive comme un pionnier dans le contexte actuel : «On a à être fier de ça et on ne va pas être les seuls à prendre cette décision-là. D’autres pays suivront le mouvement.»  

D’autant plus qu’à son avis, en maintenant les Jeux, cela irait à l’encontre de l’esprit olympique et paralympique et des valeurs mises habituellement de l’avant : «Ça briserait ce que l’olympisme et le paralympisme veulent démontrer, c’est-à-dire des performances sportives exceptionnelles.» En effet, depuis le confinement obligatoire, les athlètes ne s’entraînent plus aussi efficacement qu’à l’habitude et évidemment, leurs performances en auraient souffert énormément. Surtout considérant le fait que de passer seulement une seule semaine à l’extérieur de la piscine peut se faire ressentir pendant un ou deux mois selon Turbide et Rivard.   

Une impression de déjà-vu  

Pour l’équipe de natation artistique, la nouvelle a aussi été extrêmement difficile à digérer, notamment pour Claudia Holzner, qui à 26 ans, aurait participé à ses premiers Jeux olympiques, elle qui était passée à un cheveu de se qualifier pour les Jeux de Rio, mais qui n’avait pas été en mesure de le faire : «J’ai le cœur brisé. C’est une situation extrêmement difficile, encore.»  

L’équipe nationale s’est qualifiée cet été et représentait un espoir de médaille très important à Tokyo, tant pour l’épreuve par équipe que pour le duo. Au cours de la dernière saison, Holzner et sa partenaire Jacqueline Simoneau ont mérité six médailles, dont trois en or.   

Pour Holzner et la suite de sa carrière, le report des Jeux à l’été prochain serait le meilleur des scénarios, dans les circonstances : «J’espère que le CIO prendra la bonne décision en repoussant les Jeux d’un an, parce que je vais continuer peu importe ce qui arrivera pour atteindre mon but de participer aux Olympiques. Je ne suis pas prête à faire face à l’éventualité où les Jeux auront lieu, mais sans nous.»  

Sa partenaire Jacqueline Simoneau, qui s’est imposée comme étant l’une des meilleures au monde dans sa discipline au cours de la plus récente saison est elle aussi déchirée, car ce sont les sacrifices de toute une vie qui pourrait s'envoler, mais d’un autre côté, les risques de se rendre au Japon étaient trop élevés : «On s’entraîne toute notre vie, mais il est question de quelque chose qui est plus grand que le sport et les athlètes. On parle de santé publique et c’est ce qui vient en priorité.»  

Briser le momentum  

Le judoka Antoine Valois-Fortier, de son côté, était impatient de pouvoir participer aux Jeux, lui qui avait décroché une médaille de bronze aux Jeux de 2012 à Londres, mais qui n’avait pu faire mieux qu’une septième position à Rio. Pour lui, c’était l’occasion de se racheter, surtout considérant le fait qu’il connaissait une saison exceptionnelle : «J’avais un super momentum, j’avais une excellente année [...]. Ça change la donne. J’ai eu 30 ans récemment, j’en ai plus de fait qu’il n’en reste à faire et mes risques de blessures sont un peu plus élevés.»  

Le protégé de l’ancien olympien Nicolas Gill a subi une importante opération au dos en juillet 2018 pour guérir deux hernies qui le faisait souffrir constamment et qui avait un impact sur ses résultats et son seul objectif était de pouvoir participer aux Jeux de Tokyo. Non seulement s’est-il rétabli, mais il est aussi parvenu à revenir au sein de l’élite mondiale en remportant sept médailles en neuf compétitions au cours de la dernière saison. Maintenant, il n’est pas question de mettre le pied sur le frein : «Si les Jeux sont reportés d’un an, je vais m’engager sans aucun doute. J’ai une belle équipe autour de moi, je pense qu’on va trouver le moyen de se garder prêt pour une autre année aussi bien physiquement que mentalement.»  

Après tout, dit-il, «C’est la bonne décision à prendre de la part de l’équipe canadienne» et il faut regarder de l’avant.   

Même son de cloche du côté de Pierre-Luc Poulin, membre de l’équipe canadienne de canoë-kayak : «Ça a été un choc d’apprendre la nouvelle qu’Équipe Canada prend une décision aussi forte, mais après y avoir réfléchi, c’est la bonne décision à prendre.»  

Pour Poulin et ses coéquipiers, qui étaient en plein processus de qualification avec des compétitions à venir au printemps et en début d’été, ce serait difficile que les Jeux soient maintenus, étant donné qu’ils étaient tellement avancés dans le processus. Notamment avec un bateau qui était déjà qualifié.   

Malgré tout, même si sur le plan sportif la décision du COC et du CPC a été un énorme pincement au cœur pour tous les athlètes, la situation actuelle n’aurait permis aucun autre dénouement et dans la situation actuelle. La santé doit primer, car au-delà du sacrifice personnel, il y a le bien collectif, comme le précise Poulin : «Je ne mettrais pas ma santé à risque, ni celle de tous les Canadiens.»