Jean-Luc Brassard

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Olympiques

«Vraiment cheap»

Alain Bergeron

Publié | Mis à jour

«On vit une période où on dit : demeurez dans vos centres pour personnes âgées, vous ne sortez pas de chez vous. Mais à l’inverse, le CIO dit : let’s go, on rassemble 100 000 personnes dans un stade parce que le mouvement olympique est plus fort que tout le monde.»

La pandémie de la COVID-19 offre à Jean-Luc Brassard une nouvelle occasion de signifier son désenchantement face à l’industrie olympique. L’incertitude créée par le Comité international olympique (CIO) sur le sort des Jeux de Tokyo choque l’ex-skieur acrobatique médaillé d’or aux Jeux de Lillehammer, pour qui il s’avère impératif de reporter l’événement d’un an afin de dissiper la confusion chez les athlètes, mais aussi parce que «c’est irrespectueux pour tous les pays qui font actuellement un effort» (pour enrayer la propagation du virus).

«Le CIO espère bien paraître en disant que ce sera le grand rassemblement des peuples dans une unité parfaite et que le monde entier se tiendra par la main et qu’on aura vaincu le virus. Je trouve ça vraiment cheap d’espérer un scénario du genre», prétend-il.

«S’ils sont si fins (le CIO), je les invite à prendre l’avion et faire trois ou quatre fois le tour du monde à partir de maintenant. Après ça, on verra s’ils prendront une décision ou non», ironise Brassard, qui avait démissionné comme chef de mission du Canada, moins de quatre mois avant les Jeux de Rio en 2016.

«Le CIO doit être plus clair»

Sa charge s’inscrit dans la foulée d’une pétition lancée par son ami et ex-coéquipier Dominick Gauthier. Cofondateur de B2Dix, un organisme de financement privé pour des athlètes de haut niveau, Gauthier a déclenché, jeudi, un mouvement afin d’inciter l’instance aux cinq anneaux à reporter les Jeux.

Son initiative a déjà recueilli quelques signatures, dont celles de Joannie Rochette, Sylvie Fréchette, Clara Hughes, Alex Harvey et Alexandre Bilodeau.

«L’incertitude est très difficile pour un athlète», estime Bilodeau, double champion olympique en ski de bosses.

«Le CIO doit être plus clair sur ses intentions, soit de reporter ou d’annuler les Jeux olympiques. C’est une grosse machine de guerre en commandites et en droits de télé, c’est d’abord ça, l’argument numéro un, alors que les athlètes ne sont pas assez pris en considération», dit-il.

Une députée dans le coup

L’ex-cycliste Lyne Bessette aurait aussi joint cette croisade. Il nous a été impossible de recueillir le point de vue de cette ex-participante à deux Jeux olympiques et aujourd’hui députée libérale au fédéral.

«Notre priorité actuelle se tourne vers les demandes des citoyens dans notre circonscription (Brome-Missisquoi) et on va décliner la demande d’entrevue», nous a indiqué, vendredi, son attachée de presse, Isabelle Grenier.

Cette pétition du Canada survient alors qu’un mécontentement grandissant s’installe dans les milieux sportifs de la planète. Épreuves de sélection reportées ou annulées, athlètes privés de sites d’entraînement, absence de compétitions pour optimiser la préparation ; la redoutable équipe de natation d’Australie a embarqué dans la danse vendredi.

«Au cœur du mouvement olympique et paralympique se trouve la notion de franc-jeu, une valeur qui nous tient à cœur, et nous ne voulons pas qu’elle soit compromise», a rappelé l’entraîneur-chef Jacco Verhaeren, plaidant pour l’équité entre les nageurs de tous les pays.

François Legault en exemple

Jean-Luc Brassard donne en exemple le comportement du gouvernement du Québec, qu’il dit « en contrôle » dans la crise actuelle, pour le confronter à l’indécision du CIO.

«Imaginons si le premier ministre Legault, la ministre McCann et le Dr Arruda disaient à leur point de presse quotidien : ouin, on ne sait pas trop, que va-t-on faire demain si on a 10 ou 100 nouveaux cas...»