Crédit : AFP

Olympiques

Jeux olympiques: «Je trouve que c’est un peu baveux»

Publié | Mis à jour

«Je trouve que ça manque de sensibilité de la part du CIO [...]. Présentement, il y a des gens qui meurent, plusieurs personnes vont perdre leur emploi, d’autres vont avoir de la difficulté à joindre les deux bouts. Pendant qu’on combat ce virus, on se fait dire que les Jeux olympiques vont avoir lieu. Je trouve que c’est un peu baveux.» 

Le coureur de demi-fond Charles Philibert-Thiboutot, en chasse pour se qualifier dans les épreuves de 1500 m et 5000 m aux Jeux de Tokyo, joint sa voix à une chorale qui pourrait gagner en intensité à mesure que la pandémie de la COVID-19 fait tomber des compétitions un peu partout dans le monde.  

Au lendemain de l’optimisme renouvelé par le Comité international olympique (CIO) dans sa volonté de lancer les Jeux comme prévu le 24 juillet, un mouvement a germé dans la communauté sportive mondiale. La spécialiste grecque du saut à la perche Katerina Stefanidi fut la première athlète de renom à s’en prendre aux autorités olympiques. 

«Il n’y a aucune considération du risque qu’ils nous imposent», a déploré sur son compte Twitter la championne olympique des Jeux de Rio. 

L’ex-hockeyeuse canadienne Hayley Wickenheiser, membre de la Commission des athlètes du CIO, s’est aussi invitée au débat. «Je pense que l’insistance du CIO à maintenir sa ligne, avec tant de conviction, est insensible et irresponsable», a émis la quadruple médaillée d’or olympique. 

Le COC se range 

Dans un communiqué diffusé mardi en fin de soirée, le Comité olympique canadien (COC) s’est rangé derrière la volonté du CIO de garder le cap vers Tokyo, tout en précisant que «notre espoir doit être mis en contexte». 

«L’anxiété que ressentent les athlètes à propos de la pandémie s’apparente à celle qu’expérimente le monde entier et bien que cela comprenne un espoir de participer aux Jeux olympiques, il est clair que l’espoir est d’abord et avant tout de contenir ce virus», a écrit un groupe de cinq signataires du COC, dont la présidente Tricia Smith. 

«Du non-sens» 

Philibert-Thiboutot, qui pourrait manquer de temps pour réussir les standards requis vu le nombre d’occasions qui rétrécit, choisit de s’élever au-dessus de la mêlée devant l’éventualité de reporter ou annuler les Jeux, même si «d’un point de vue personnel, ce serait catastrophique». 

«Au mois de juillet, si le nombre de cas [de coronavirus] commençait à descendre, malgré qu’il n’y a aucun spécialiste qui s’accorde à dire ça, et si on commence à respirer un peu et qu’on met un paquet de gens venant de partout dans le monde dans une même ville [Tokyo] avant de les renvoyer chez eux, on repart à zéro. Du point de vue de la santé publique, les Jeux olympiques sont la pire chose qui peut arriver durant une crise mondiale. C’est du non-sens», estime l’athlète de 29 ans, 16e du 1500 m aux JO de Rio. 

Des doutes 

Malgré une réserve avouée sur un sujet qu’il juge trop complexe, le judoka Antoine Valois-Fortier a pour sa part dit douter «que tout va être en place et que ce soit fait de manière sécuritaire dans quatre mois». 

«La priorité numéro un demeure la santé. Si les Jeux olympiques ont lieu et que ce n’est pas sécuritaire pour personne, je pense qu’il n’y a pas de raison que ça ait lieu», nous a exprimé le médaillé de bronze des Jeux de Londres, qui concède que le coussin de quatre mois nous séparant des Jeux de Tokyo justifie au CIO de ne pas précipiter une décision. 

Quatre longs mois, de toute évidence...