Canadiens de Montréal

L'émeute du Forum a 65 ans

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Il y a 65 ans, le Québec vivait l'un des premiers moments charnières de sa Révolution tranquille, et ce, dans un amphithéâtre sportif.

Le 17 mars 1955 avait lieu la célèbre émeute du Forum, épisode historique où les Montréalais ont violemment manifesté leur mécontentement face à la suspension de l'idole d'un peuple, Maurice Richard.

La genèse

Ce pan de l'histoire québécoise ne s'est pas amorcé ce fameux jeudi soir de mars 1955, mais bien quatre jours plutôt dans un affrontement entre le Canadien de Montréal et les Bruins à Boston.

En troisième période, le «Rocket» reçoit un coup de bâton au visage du défenseur Hal Laycoe. Mécontent, Richard donne un coup de poing au visage de celui qui avait été son coéquipier de 1947 à 1951 chez le Tricolore.

Le juge de ligne Cliff Thompson tente alors de retenir le patineur de la Sainte-Flanelle, mais celui-ci voit noir. Il repousse et cogne l'homme au chandail zébré. Richard est évidemment expulsé de la partie.

La suspension

Trois jours plus tard, soit le mercredi 16 mars, Richard et les autres acteurs des incidents du match au Garden de Boston sont attendus dans les bureaux du président de la Ligue nationale de hockey (LNH), Clarence Campbell.

Le célèbre numéro 9 a déjà deux prises contre lui, car il a déjà reçu deux amendes pour des démêlés avec des officiels.

Après avoir entendu les points de vue de tous et chacun, Campbell rend sa décision: Richard est suspendu pour les trois derniers matchs de la saison régulière, ainsi que pour l'ensemble des séries éliminatoires de 1955.

L'arrogance de Campbell

Le lendemain, les médias montréalais crient à l'injustice et les amateurs du Bleu-Blanc-Rouge sont en furie. Le CH joue ce soir-là, alors que les Red Wings de Detroit sont de passage au Forum.

Comme à son habitude, Campbell a bien l'intention d'être à la rencontre, lui dont les bureaux sont situés dans l'édifice de la Sun Life dans la métropole québécoise.

Le président de la LNH est pourtant bien au courant qu'il n'y est pas le bienvenu, puisque la Police de Montréal lui déconseille fortement de s'y rendre. Ignorant l'avertissement, Campbell et son accompagnatrice s'installent à leurs sièges habituels à mi-chemin du premier engagement. Les partisans l'accueillent d'abord avec de copieuses huées et se mettent ensuite à lui lancer une multitude d'objets, comme des pièces d'un cent, des œufs et des programmes chiffonnés.

L'émeute

Dans les derniers instants du premier vingt, un spectateur feint de vouloir serrer la main de Campbell et en profite pour lui donner «trois gifles magistrales», selon un texte du quotidien «Le petit journal».

Dans les mêmes minutes, un autre individu lance une bombe lacrymogène artisanale et le Forum est évacué.

Les spectateurs se retrouvent donc à rejoindre quelques centaines de mécontents qui manifestaient déjà à l'extérieur de l'amphithéâtre. Les vitres du Forum et des commerces avoisinants sont fracassées, les kiosques à journaux incendiés, les gens crient «Vive Richard» et «À bas Campbell», selon le site internet des archives de la Ville de Montréal.

Les quelques heures de saccage ont finalement coûté 100 000 $ et des dizaines de personnes ont été arrêtées.

L'appel au calme de Richard

Le 18 mars, Richard s'adresse à la population à la radio et demande les chambardements cessent.

«Parce que je joue toujours avec tant d’ardeur et que j’ai eu du trouble à Boston, j’ai été suspendu. Je suis vraiment peiné de ne pouvoir m’aligner avec mes copains les Canadiens dans les séries de détail. Je veux toutefois penser avant tout aux amateurs de Montréal et aux joueurs des Canadiens, qui sont tous mes meilleurs amis. Je viens donc demander aux amateurs de ne plus causer de trouble, et je demande aussi à tous les partisans d’encourager les Canadiens pour qu’ils puissent l’emporter en fin de semaine contre les Rangers et Detroit. Nous pouvons encore nous assurer le championnat. J’accepte ma punition et je reviendrai la saison prochaine pour aider mon club et les jeunes joueurs du Canadien à remporter la Coupe Stanley. Merci», exprime le «Rocket».

La saison régulière 1954-1955 s’est conclue, le Canadien a été finaliste de la coupe Stanley et les choses ont repris leur cours normal. Toutefois, c'est probablement l'émeute du Forum qui a fait de Richard l'idole d'un peuple et pas seulement une idole sportive. C’était également une première preuve que les Québécois en avaient assez de se faire manger la laine sur le dos.