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Crédit : AFP

Olympiques

Jeux de Tokyo : le problème des qualifications

Alain Bergeron

Publié | Mis à jour

Si les Jeux olympiques s’ébranlent comme prévu le 24 juillet, encore faudra-t-il qu’ils n’oublient aucun athlète. 

La vague d’annulation et de reports qui secoue la planète sportive cache des dommages collatéraux potentiels si la pandémie de la COVID-19 devait perdurer.  

Certains sports en lice aux Jeux de Tokyo vivent avec la menace qui pèse sur des événements servant de qualification. 

Le judo 

L’exemple le plus près de chez nous se vit au judo, alors que la fédération nationale a survécu à une première restriction, mais elle ne dispose plus de marge de manœuvre si l’interdiction de tenir des rassemblements intérieurs de plus de 250 personnes du gouvernement du Québec s’étire jusqu’en juillet. 

À la suite d’une directive de la Fédération internationale de judo (IJF) d’annuler toute épreuve de qualification jusqu’au 30 avril, Judo Canada a donc dû reporter les championnats panaméricains, initialement prévus du 16 au 19 avril au centre Pierre-Charbonneau de Montréal. Judo Canada a annoncé vendredi de nouvelles dates pour cet événement — du 26 au 28 juin —, tout juste avant la limite du 30 juin imposée par l’IJF pour tenir des tournois de qualification. 

«On ne sait pas jusqu’où ira la situation avec la COVID-19. On joue aux dés», a illustré Marie-Hélène Chisholm, gestionnaire du Comité de haute performance de JC. 

La natation écope 

Des tracas similaires ont gagné les meilleurs nageurs canadiens. Les épreuves de sélection olympique, qui devaient avoir lieu à Toronto du 30 mars au 5 avril, ont été annulées vendredi.  

Natation Canada a annoncé qu’aucune compétition nationale ne sera présentée d’ici au 20 avril et qu’elle analysera différents scénarios d’annulation ou de report au-delà de cette date. 

«Natation Canada révisera les critères de nomination et de sélection», avise le communiqué publié en début de soirée. 

D’autres victimes 

Le temps pourrait manquer à des athlètes d’autres sports pour espérer se qualifier pour Tokyo.  

En aviron, l’annulation de deux Coupes du monde et de la régate européenne de qualification olympique, qui devaient être présentées en Italie du 10 avril au 10 mai, oblige la fédération internationale à effectuer des démarches pour relocaliser ces événements. 

Les championnats africains et asiatiques d’haltérophilie ont été rayés du calendrier, ce qui a incité les instances internationales à permettre aux athlètes non qualifiés de participer à des épreuves sur d’autres continents. 

Trois importants tournois de badminton en Allemagne, en Pologne et au Portugal ont aussi été annulés, et ce, malgré la date limite de qualification fixée au 26 avril. 

«Nous allons devoir réagir de manière très flexible», a reconnu jeudi le président du CIO, Thomas Bach, en entrevue sur une chaîne de télévision allemande. 

«Des systèmes de qualification sont en danger», a-t-il évoqué, suggérant que des critères de qualification soient adaptés sans identifier de sports. 

70 billets d’avion annulés 

Judo Canada rapporte avoir annulé plus de 70 billets d’avion, durant la dernière semaine, après que plusieurs de ses athlètes ont été contraints à rebrousser chemin à la suite de l’annulation de différentes compétitions. 

C’est l’histoire d’Antoine Bouchard, qui a dû oublier à la dernière minute un voyage pour le Maroc.  

Cinquième aux Jeux de Rio, l’athlète de Saguenay, qui a repris la compétition après une opération à une épaule, nourrit l’espoir de se hisser parmi les 18 meilleurs de sa catégorie pour se rendre admissible aux Jeux de Tokyo. 

«Ça représente des pertes d’argent énormes en termes de frais d’annulation pour la fédération, mais aussi pour les parents de certains de nos athlètes. Ils n’obtiendront pas des remboursements complets», rappelle Marie-Hélène Chisholm. 

Valois-Fortier ne s'en fait pas 

«On se prépare pour que les Jeux aient lieu en juillet. C’est tout ce qu’on peut faire. On prend des précautions et on fait confiance aux gens qui prennent des décisions.»  

Antoine Valois-Fortier ne se laisse pas atteindre par les doutes entourant la tenue des Jeux olympiques de Tokyo. Puisque l’athlète est actuellement au cinquième rang du classement olympique mondial, sa présence au pays berceau du judo est pratiquement assurée pour le mois de juillet. 

Les événements précipités de la dernière semaine ont tout de même bouleversé ses plans. Après avoir franchi les contrôles de sécurité à l’aéroport Montréal-Trudeau, lundi dernier, le médaillé olympique a été avisé que le Grand Chelem d’Ekaterinbourg en Russie, où il se dirigeait, venait d’être annulé. 

Il prévoit maintenant de profiter des prisés championnats panaméricains à Montréal, fin juin, pour engranger de précieux points et assurer sa sélection. À moins que tout tombe à l’eau. 

«Il y a encore trop d’interrogations. Par souci d’équité, il faudra que tous les athlètes dans le monde puissent participer à leurs championnats continentaux ou, sinon, qu’aucun ne puisse les faire.»