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F1: l'arme secrète de Mercedes qui fait des jaloux

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Mercedes a stupéfié le monde de la F1 en dévoilant un système permettant au pilote de tirer ou pousser son volant pour agir sur l'écartement des roues avant, se donnant peut-être un atout maître dans la conquête d'un nouveau titre mondial.

Au moment où les caméras ont montré Lewis Hamilton tirer sur son volant et les roues distinctement bouger latéralement, de nombreux responsables d'écuries rivales n'ont pas pu cacher leur surprise.

«Je ne m'y attendais pas bien entendu, mais une fois que j'ai vu la vidéo c'était assez évident de comprendre comment cela marche», a tempéré Max Verstappen, le jeune prodige néerlandais qui entend bien cette année avec sa Red Bull empêcher Lewis Hamilton de conquérir un 7e titre.

À voir les techniciens des autres écuries mimer de manière plus ou moins incertaine avec leurs mains le mouvement des roues avant de la Mercedes, cela ne semblait pas aussi évident à tout le monde.

«Je ne l'ai pas encore regardé dans le détail», avoue Mattia Binotto, le responsable de l'écurie Ferrari. «J'entends qu'il y a beaucoup de discussions là-dessus», a-t-il reconnu, concédant que s'il se révèle performant, Ferrari pourrait être contraint de l'imiter avec plusieurs mois de retard.

Selon Valtteri Bottas, l'autre pilote de Mercedes, le système, appelé «DAS» pour Dual Axis Steering (direction à axe double), est en développement depuis environ un an et a été testé en simulateur avant d'être utilisé pour la première fois en piste jeudi lors de la semaine initiale des essais d'avant-saison.

Interdit dès 2021

«C'est quelque chose qui va amener les autres équipes à se poser des questions et je suis sûr qu'elles sont toutes en train de se demander si cela vaut la peine d'investir le temps et les efforts pour développer un tel système pour cette saison. Cela sera une chose difficile à copier et j'espère que cela nous donnera un avantage mais de quelle ampleur, c'est un grande question», souligne le Finlandais.

Un avantage supplémentaire dont n'a pas vraiment besoin Mercedes qui a remporté avec ses pilotes tous les championnats du monde depuis 2014. La prochaine saison commence le 15 mars en Australie et le DAS pourrait déjà considérablement piper les dés.

L'écurie allemande a pris soin de préciser qu'elle s'était enquis auprès de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) de la légalité de son invention et que celle-ci a donné son feu vert, le jugeant compatible avec les règlements actuels.

Ceux-ci doivent changer en profondeur l'an prochain et la FIA a déjà pris soin de l'interdire à partir de 2021, ne donnant à Mercedes qu'un an pour jouir de son éventuel avantage.

Car il reste à savoir s'il fonctionnera vraiment en conditions de course. Sebastian Vettel, le quadruple champion du monde qui court pour Ferrari, imagine que de tirer sur son volant lancé à pleine vitesse revient à «courir en tongs» plutôt qu'en baskets et que le sentiment doit être «bizarre». 

«Cela ne fait pas bizarre», répond Bottas, affirmant qu'il n'y a pas de réactions étranges et qu'il est facile à utiliser.

L'histoire de la F1 a déjà vu des équipes se ménager un avantage plus ou moins durables sur leurs rivales grâce à des innovations technologiques. Parmi elles, le chassis coque de Lotus dans les années 1960, la wing-car à effet de sol du même dans les années 1970, le «double-diffuseur» de Brawn en 2009 ou encore - mais dans une moindre mesure car vite copié - le F-Duct de McLaren en 2010.

Les exemples abondent aussi d'expériences moins réussies pour leurs inventeurs (les F1 4x4 des années 1960, les quatre petites roues avant de la Tyrrell dans la décennie suivante, le turbo développé par Renault il y a 40 ans mais que ses adversaires ont ensuite été plus rapides à mettre au point...).

Mais la maitrise technologique affichée par Mercedes depuis les débuts de l'ère des moteurs hybrides il y a 7 ans plaide en sa faveur et les pilotes de F1 pourraient se retrouver bientôt obligés de tourner leur volant mais aussi de le tirer et de le pousser.