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Crédit : John Morris / Agence QMI

Mikaël Lalancette

Histoires de séquences

Publié | Mis à jour

C’était il y a un an.  

Deux équipes québécoises marquaient l’histoire moderne de leur ligue respective. 

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Les Chevaliers... 

Dans la Ligue midget AAA, les Chevaliers de Lévis cassaient la baraque.  

Une séquence folle de 34 victoires, surpassant la série record des Gouverneurs de Sainte-Foy au milieu des années 80. L’équipe de Québec avait alors remporté 29 matchs de suite. 

L’an dernier, les Chevaliers de l’entraîneur-chef Mathieu Turcotte étaient trop forts pour la plus grosse ligue midget du Québec : une fiche de 41-1 en saison régulière. Ça ne compte pas les tournois tenus en cours de saison. 

Ce sont les Cantonniers de Magog qui ont été les premiers à les battre à la mi-janvier. On y reviendra plus tard. 

Les Chevaliers ont repris leurs bonnes habitudes par la suite, enregistrant des records de ligue pour le plus de victoires (41) et le moins de buts accordés (71 en 42 parties) en une saison. 

Le parcours des Chevaliers a pris fin en demi-finale du circuit contre les Lions du Lac St-Louis, habitués aux victoires en séries éliminatoires. C’est l’astérisque de cette saison de rêve. 

Puis, les Huskies 

À 850 kilomètres de Lévis, les Huskies de Rouyn-Noranda enregistraient les victoires avec une cadence toute aussi impressionnante dans les rangs juniors québécois. 

La troupe de Mario Pouliot a égalé un record vieux de 45 ans dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, une séquence victorieuse de 25 parties qui appartenaient aux Éperviers de Sorel de 1973-74. 

Ce sont les Voltigeurs de Drummondville qui ont freiné les Huskies après 25 victoires de suite. Un revers de 2-1 au début mars dans le Centre-du-Québec. 

Ça n’a toute fois pas empêché les Huskies de reprendre leur élan et de boucler la boucle avec une triple couronne.  

Rouyn-Noranda a été sacré champion de la saison régulière, de la coupe du Président et de la coupe Memorial, le nec plus ultra des accomplissements que peut viser une équipe de hockey junior au Canada. 

J’ai discuté avec les entraîneurs-chefs des deux équipes dans les derniers jours. Pour savoir comment ils ont vécu ces séquences victorieuses, sous les projecteurs des médias nationaux. 

Année de fous! 

D’abord : les Chevaliers de Lévis. 

Mathieu Turcotte le reconnaît, ce fut de loin la saison la plus occupée de son stage d’entraîneur dans la Ligue midget AAA. 

«Quand tu ne fais que gagner, la perception des gens est de penser que tout est facile mais c’est le contraire, raconte celui qui occupe maintenant la fonction d’entraîneur adjoint des Voltigeurs de Drummondville. 

«Le défi dans une séquence comme celle-là, c’est de rester concentré sur le développement individuel de chaque joueur. C’est une chose d’être bon pendant deux ou trois semaines. Nos joueurs ont su le faire pendant cinq mois.» 

Le personnel d’entraîneurs a dû mettre plus d’énergie à garder le groupe de joueurs terre à terre. 

«C’est plus exigent pour les entraîneurs. Il y a plus de distractions extérieures mais on a gardé le même plan, la même routine», détaille l’ancien entraîneur adjoint des Saguenéens de Chicoutimi et des Foreurs de Val-d’Or. 

Un exemple? Le lundi était consacré au développement des habiletés individuelles. Le mardi, on travaillait les batailles à un contre un et ainsi de suite jusqu’aux matchs du week-end. 

Les routines ont généralement une grande importance dans l’univers des équipes sportives. Imaginez l’ampleur des superstitions lors d’une séquence de 20 ou 30 victoires... 

L’entraîneur vidéo des Chevaliers, Benoît Bélanger, a porté les mêmes verres de contact pendant cinq mois! 

Le pilote de l’équipe, Mathieu Turcotte, avait sa part de routines lui aussi. Il écouté les trois mêmes chansons en boucle entre son domicile et l’aréna d’août à janvier. Son café était toujours acheté au même endroit. 

L’entraîneur de 35 ans n’a pas hésité à consulter des avis externes au cours de cette longue saison. 

Turcotte a jasé des succès ininterrompus de ses Chevaliers avec Jean-Louis Létourneau, le pilote des Gouverneurs de Sainte-Foy lors de leurs 29 victoires de suite en 1984-85. 

Il a aussi échangé avec son ami, Marc-Étienne Hubert, aux commandes du programme de hockey universitaire des Patriotes de l’Université du Québec à Trois-Rivières. 

Turcotte s'est aussi entretenu avec le professeur de l’Université de Montréal, Wayne Halliwell, un pionnier de la psychologie sportive. 

Par l’entremise du coach des gardiens des Blackhawks de Chicago Jimmy Waite, le pilote des Chevaliers a aussi reçu quelques mots clés de Joel Quenneville, dans la préparation de son équipe pour les séries éliminatoires. 

Puis... il y a eu une défaite. La première défaite. Mathieu Turcotte ne l’oubliera pas de sitôt. 

«C’est comme si les joueurs pensaient que ça n’allait jamais arriver, raconte-t-il. Je suis rentré dans le vestiaire et j’ai été surpris de voir à quel point la gang avait pris ça dur.» 

Le prochain match est arrivé rapidement, le lendemain midi. Les Chevaliers ont rebondi contre l’Intrépide de Gatineau. 

On retient quoi d’une saison comme celle-là? 

«Beaucoup de fierté, répond-t-il. Nous avions beaucoup de talent offensivement mais le groupe n’a jamais pris congé et a pris une fierté à bien jouer défensivement. On avait un groupe de joueurs engagés.» 

Onze joueurs de l’édition 2018-19 des Chevaliers de Lévis évoluent maintenant dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, dont Joshua Roy, le premier choix au total du dernier repêchage de la LHJMQ. 

La meilleure équipe junior de tous les temps? 

En Abitibi, l’entraîneur-chef des Huskies, Mario Pouliot, est passé à l’histoire en mai dernier.  

Le pilote de 56 ans est devenu le premier entraîneur-chef de l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec à remporter deux coupes Memorial de suite, une réalisation dont il peut être fier.  

Que retient-on d’une séquence de 25 victoires quand on a soulevé la coupe du Président et la coupe Memorial par la suite? 

«On doit donner beaucoup de crédit aux joueurs, réplique Mario Pouliot. Nous avions des objectifs quotidiens pour devenir une meilleure équipe mais ce que je retiens, c’est que l’éthique de travail et le jeu d’équipe sont devenus des marques de commerce. Je suis fier de ça.» 

Les Huskies avaient la chance d’inscrire leur nom dans le prestigieux livre des records de la LHJMQ le 8 mars à Drummondville. Un duel au sommet contre une autre équipe qui aspirait aux grands honneurs. Les Voltigeurs les ont battus 2-1, dans une ambiance endiablée au Centre Marcel-Dionne, freinant la série de victoires des visiteurs à 25.  

Lorsqu’il a retraité au vestiaire, l’entraîneur-chef des Huskies a retrouvé des joueurs empreints de déception. 

«Je leur ai dit que j’étais fier d’eux, je les ai félicités pour tout ce qu’ils avaient accompli, raconte-t-il. Ç’a aurait été le fun de battre le record des Éperviers. Tout le monde était déçu mais j’ai trouvé mes joueurs matures et calmes dans la défaite.» 

Les Voltigeurs marquaient l’histoire, freinant les puissants Huskies. La victoire, après 5 défaites en autant de duels contre Rouyn-Noranda, a été un exutoire pour Drummondville. Les joueurs ont encerclé le gardien Anthony Morrone dans un Centre Marcel-Dionne survolté. 

La scène a beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux. Est-ce que l’explosion de joie des Voltigeurs était exagérée? 

Un an plus tard, Mario Pouliot demeure très prudent.  

«Je pense que même en remportant la coupe Memorial, on n’a pas fêté aussi fort. Je vais me limiter à dire que c’est important de rester groundés et humbles tant que tu n’as pas gagné le dernier match de la saison.» 

Pouliot ne s’en cache pas, il craignait l’effet boule de neige après la défaite à Drummondville. 

«J’avais un peu peur! lance-t-il. Je savais que le prochain match serait difficile et il l’a été. On a été très ordinaires le lendemain à Sherbrooke. Le focus n’était pas là mais on a trouvé une façon de gagner. Avec du recul, ç’a été une bonne chose de rejouer dès le lendemain.» 

Mario Pouliot n’hésite pas à lier les 25 gains consécutifs à la conquête de la coupe du Président, puis de la coupe Memorial. 

«La séquence a solidifié notre esprit d’équipe, développé notre capacité à réagir sous pression. C’est un privilège d’avoir pu avoir toute cette attention avant le début des séries. Ça nous a définitivement aidés.» 

Le grand patron des Huskies le reconnaît : une telle séquence est un beau problème pour un entraîneur. 

«Quand tu ne fais que gagner, tu es fin, tu es bon, tu es beau. Tu n’as plus de défaut. On répétait toujours la même chose aux joueurs et on n’a parlé qu’une seule fois de la séquence de victoires. En bout de ligne, les gars trouvaient toujours une façon de gagner.» 

Comme Mathieu Turcotte chez les Chevaliers, Mario Pouliot avait aussi ses routines. Le dicton dit qu’on ne change pas une recette gagnante... 

Pouliot a donc porté le même complet gris pour chaque match du 3 janvier au 9 mars. 

«J’ai porté le même habit 26 fois de suite! se remémore-t-il. Je me disais que si je changeais de suit et qu’on perdait, j’allais me sentir coupable!» 

Je pense que les gens de Rouyn-Noranda ne lui tiendront pas rigueur de ce petit écart vestimentaire...