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NFL

Nick Bosa: le monstre tranquille

Stéphane Cadorette

Publié | Mis à jour

Faire face à l’ailier défensif Nick Bosa pendant un match, c’est l’équivalent de se soumettre à la brutale charge d’un monstre. Pourtant, il suffit de discuter quelques minutes avec le même Nick Bosa pour réaliser qu’une fois son uniforme des 49ers retiré en dehors du terrain, celui qui terrorise les quarts-arrière ressemble au typique surfeur californien décontracté, qui ne ferait pas de mal à une mouche.

Originaire de Fort Lauderdale, Bosa revient en quelque sorte chez lui, pour disputer le match de sa vie face aux Chiefs, au Super Bowl, à Miami.

Durant toute sa première saison, celui qui sera visiblement couronné demain à titre de recrue défensive de l’année, n’a jamais hésité à démontrer une franche exubérance lorsqu’il a réalisé ses nombreux gros jeux.

Avec neuf sacs, 19 plaqués pour des pertes, un échappé provoqué et deux autres recouverts en plus d’une interception, Bosa a eu maintes fois l’occasion de hurler en conquérant, faisant ressortir ses biceps ciselés dans le roc lorsque ses proies sont abattues.

Mais quand vient le temps de parler de son impact évident au sein de la défensive des 49ers, le chasseur de têtes se fait discret et prononce chaque mot d’un débit très lent. Loin de son élément naturel, la bête devient cool au maximum, limite docile.

Un troisième Bosa

«L’élément clé même au Super Bowl, c’est de relaxer. C’est le même terrain, les mêmes règles, la même façon de jouer. C’est ma façon d’être, ma personnalité. Je suis juste un gars relaxe», confirme la bête presque inanimée, du moins jusqu’à dimanche soir.

Le numéro 97 des 49ers s’apprête à disputer un premier Super Bowl dans le stade où son père John, un choix de première ronde (16e) des Dolphins en 1987, a évolué.

Non seulement il suit les traces du paternel, mais il vole déjà la vedette à son grand frère Joey, choisi troisième au total par les Chargers en 2016.

Dès son football scolaire à l’école secondaire St.Thomas à Fort Lauderdale, Nick Bosa a longtemps été présenté comme l’un des plus beaux espoirs aux États-Unis, réputation solidifiée lors de son passage à l’Université d’Ohio State.

Le parcours identique à celui de son frère a inévitablement entraîné des attentes grandioses. Le travail acharné et le calme désarmant du drôle de personnage lui ont permis de dominer jusqu’à la NFL.

«Les gens m’ont toujours demandé comment je composais avec la pression d’être le petit frère de Joey et le fils de John, avec toutes les attentes que ça impliquait. Ça ne m’a jamais vraiment stressé. J’ai réussi à faire mon propre chemin. Si je n’avais pas connu de succès, peut-être que les comparaisons me dérangeraient, mais j’ai foncé la tête baissée et fait ma petite affaire», a expliqué cette semaine le prodige de 22 ans.

Impact immédiat

Même si Bosa semblait doté d’un talent surnaturel, certains analystes spécialisés dans l’art de chercher des poux émettaient des doutes à son endroit avant le repêchage.

Quand ce n’était pas l’opération pour une blessure abdominale qui était évoquée, c’était ses opinions divergentes et son appui à Donald Trump via les médias sociaux qui dérangeaient.

Plusieurs craignaient que dans un marché libéral comme San Francisco, Bosa allait se mettre à dos le vestiaire et la communauté.

«J’ai appris à me tenir loin de Twitter et à réfléchir avant de dire certaines choses parce que ça peut frustrer les gens et ce n’est pas ce que je souhaite», a mentionné Bosa à cet effet, même si ses gazouillis du passé n’ont jamais causé de friction chez les Niners.

«Pas du tout», a réitéré cette semaine le demi de coin Richard Sherman, même s’il est reconnu pour ses prises de position diamétralement opposées.

«Aide-t-il notre équipe ? Est-il un bon coéquipier ? C’est tout ce qui compte. S’il était un mauvais coéquipier, ça deviendrait un problème. Bosa a un talent immense. Je n’ai jamais vu une recrue afficher autant de sang-froid et dominer à ce point.»

Voilà une bonne façon de se faire rapidement des amis.

Mahomes déjà sur un piédestal

Un grand quart-arrière sait souvent en reconnaître un autre. Présent au Super Bowl dans le rôle d’analyste, Kurt Warner estime que Patrick Mahomes possède tous les atouts pour devenir le quart-arrière le plus complet que la NFL ait connu.

Il faut évidemment prendre le tout avec un grain de sel. À plusieurs reprises dans le passé, des constats similaires ont été émis à l’endroit de jeunes quarts-arrière qui ont atteint le Super Bowl dès le début de leur carrière comme partant.

Au fil du temps, des quarts d’un immense talent, tels Dan Marino, Brett Favre, Aaron Rodgers ou Russell Wilson ont conduit leur équipe au Super Bowl rapidement, mais ont ensuite peiné à répéter l’exploit.

Warner, qui a guidé la dévastatrice attaque des Rams au Super Bowl en 1999, est toutefois d’avis que le talent de Mahomes ne fait que poindre.

«Il n’y a rien qu’il n’est pas en mesure de faire sur le terrain. Il a le potentiel pour devenir le quart-arrière le plus complet à avoir joué dans cette ligue. Entre la puissance de son bras, sa présence dans la pochette, sa créativité, il a tout pour lui», s’est extasié celui qui n’a pourtant pas l’habitude de s’emballer, lors d’une rencontre entre les journalistes et différents analystes de NFL Network.

Les comparaisons avec Favre

L’ex-entraîneur-chef Steve Mariucci, qui figurait aussi parmi les commentateurs présents, a dirigé Brett Favre dans une autre vie. Il se dit d’accord avec ceux qui ont tendance à comparer Mahomes à son ancien protégé.

«Ils aiment improviser. Ils sont excitants, ils ont une mentalité de tueur et ils prennent des risques, mais Patrick est quand même plus prudent. Ils aiment tellement le football qu’ils joueraient gratuitement.

«Mahomes est encore un bébé, à 24 ans. C’est ce qui est le plus fou. C’est plaisant de le voir et ça fait peur en même temps. C’est dur de croire tout ce qu’il fait. La plus belle chose, c’est qu’il ne se contente pas de surfer sur son talent, c’est un grand travailleur», a lancé Mariucci.

Énorme contrat à venir

Chose certaine, les Chiefs doivent tout gagner et vite, parce que leur joyau va assurément coûter une fortune sous peu. Un contrat de 40, voire 50 millions $ par saison, pointe à l’horizon, ce qui réduira la marge de manœuvre ailleurs sur l’alignement.

Mahomes a dû patiner toute la semaine aussi habilement qu’il décoche des passes quand il a été question de son futur contrat.

«Les gens de Kansas City m’ont démontré qu’ils se souciaient de moi encore plus comme une personne que comme joueur. C’est un endroit où je veux jouer pour le reste de ma carrière.»