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Crédit : Dominick Gravel/Agence QMI

Baseball - MLB

Une renaissance attendue pour Jesen Therrien

Benoît Rioux

Publié | Mis à jour

MONTRÉAL - Enfin remis d’une opération de type Tommy John subie il y a plus de deux ans, le lanceur québécois Jesen Therrien s’est envolé pour l’Arizona, à la mi-janvier, avec le désir de convaincre une formation du baseball majeur de l’embaucher.

Celui qui a déjà participé à 15 matchs dans l’uniforme des Phillies de Philadelphie en 2017 est joueur autonome après avoir écoulé un contrat de deux ans dans l’organisation des Dodgers de Los Angeles.

«J’ai eu des complications avec ma blessure en 2019, à ma deuxième année avec les Dodgers, a résumé Therrien. On devait prendre une année pour ma réhabilitation et l’objectif était d’arriver plus fort la saison suivante. Au camp, l’an dernier, tout allait bien quand j’ai lancé une première fois à l’entraînement, mais quelques jours plus tard, lors d’une deuxième session, j’ai senti comme un élancement dans mon bras droit. Ce n’était pas une douleur atroce, mais c’était vraiment inconfortable.»

Si de nouveaux tests ont démontré que l’intervention visant à remplacer un ligament au niveau du coude avait bel et bien été un succès, le Québécois a dû prendre du repos et passer plusieurs semaines à retrouver toutes ses forces. Or, le malaise a persisté, si bien que Therrien n’a jamais pu porter officiellement les couleurs des Dodgers ni celles d’un club-école de cette organisation.

Appuyé par Éric Gagné

En Arizona, le Montréalais de 26 ans retrouve ces jours-ci son mentor, l’ancien lanceur Éric Gagné, chez qui il habite pour quelques semaines. Ensemble, ils travailleront pour retrouver la forme optimale. Puis, les différentes organisations du baseball majeur seront invitées à le voir à l’œuvre au début du mois de février.

Une journée de démonstration devrait être organisée dans la cour arrière chez Gagné. Therrien évoque aussi la possibilité de visiter le complexe d’entraînement de différentes formations.

«À 100% de ma forme, je sais que je n’ai aucun problème pour signer avec une équipe et je suis convaincu qu’il y a différents clubs qui seraient heureux de m’avoir, a indiqué Therrien, avec optimisme. En ce moment, je suis vraiment confiant. Tout va bien : mon corps, ma tête. Pour moi, la question présentement, ce n’est pas "est-ce que je vais signer", mais plutôt "avec qui je vais signer".»

Meilleur que jamais?

D’après Therrien, il est peut-être encore meilleur aujourd’hui qu’il ne l’était avant sa fameuse opération subie en septembre 2017. Le Québécois semblait pourtant au sommet de son art à sa dernière année dans l’organisation des Phillies, ayant affiché une extraordinaire moyenne de points mérités de 1,41 en 57 manches et un tiers dans les ligues mineures. Ses performances lui avaient ainsi valu un rappel par le club de Philadelphie.

«Ça fait deux ans que je n’ai pas lancé dans un match, mais pendant ces deux années-là, je n’ai jamais autant regardé de baseball de toute ma vie, a-t-il expliqué. J’ai regardé des vidéos pour voir ce que je pouvais améliorer. Dans ce sens-là, je me sens encore meilleur qu’avant mon opération. Je ne me suis jamais senti aussi bon, aussi confiant.»

Difficile à accepter

Therrien avoue avoir vécu certains moments difficiles dans les dernières années, surtout quand il a subi un recul au dernier camp d’entraînement des Dodgers.

«L’objectif de revenir dans le baseball majeur était repoussé d’une autre année et ça, pour moi, c’était dur à accepter parce que je suis quelqu’un qui aime pousser et qui aime travailler fort. Ç’a été beaucoup plus difficile pour moi mentalement que physiquement, mais au final, c’est ça qui m’a aidé à être plus fort et aussi confiant qu’en ce moment.»

Le lanceur québécois n’exclut pas complètement un possible retour chez les Dodgers, qui l’ont bien traité pendant ses deux années avec l’équipe. Il ne ferme aucune porte.

«Les Dodgers demeurent une organisation de grande classe, ils ont été là et ils m’ont aidé», a-t-il reconnu.

-Malgré une réhabilitation difficile sur le plan mental, Therrien a minimalement vécu un heureux moment dans sa vie personnelle. Sa conjointe Pénélope Drapeau a effectivement accouché, en novembre dernier, de leur premier enfant, un garçon prénommé Maysen.

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Viser la Série mondiale

MONTRÉAL - Le lanceur québécois Jesen Therrien ne sait pas encore avec quelle organisation il se retrouvera au printemps, mais son objectif demeure le même : gagner la Série mondiale.

«À toutes les années depuis que j’ai signé chez les professionnels (en 2011), j’ai toujours eu comme but de gagner une Série mondiale, d’indiquer Therrien. Et cette année, je ne vois pas pourquoi ça changerait.»

Therrien puise aussitôt dans ses souvenirs pour appuyer ses propos.

«À mes débuts, j’étais chez les Phillies dans la Ligue des recrues, le gérant de l’équipe (Roly de Armas) et l’entraîneur des lanceurs étaient venus me voir pour me demander quel était mon objectif pour la prochaine année, a-t-il raconté. Je leur avais répondu que c’était de gagner la Série mondiale, lors de la saison suivante, dans le baseball majeur.»

Le personnel des Phillies avait évidemment pris le tout avec un grain de sel, expliquant à Therrien que son but n’était pas tellement réaliste.

«Moi, j’étais sérieux et je leur avais répondu : peut-être que vous avez raison et que je ne serai pas dans le baseball majeur l’an prochain, mais de gagner la Série mondiale, ça reste mon objectif à chaque année», a ajouté Therrien, en démontrant son ambition.

Le Québécois aura finalement gravi les échelons, un à un, lors des saisons suivantes pour participer à 15 matchs dans l’uniforme des Phillies de Philadelphie, en 2017. Avec un dossier de 66-96, le club n’avait toutefois pas été en mesure de participer aux éliminatoires.

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Solidarité québécoise

MONTRÉAL - Lui-même parmi les rares Québécois à avoir évolué dans le baseball majeur au cours des dernières années, le lanceur Jesen Therrien a suivi avec attention la fulgurante progression d’Abraham Toro dans l’organisation des Astros de Houston en 2019.

«Je n’ai jamais joué avec Toro dans le junior, car je suis un peu plus vieux, mais je ressens beaucoup de fierté de le voir progresser, a qualifié Therrien qui, comme l’espoir des Astros, a déjà évolué avec les Orioles de Montréal, dans la Ligue de baseball junior élite du Québec. Et personnellement, je ne suis pas nécessairement fier parce qu’il a joué dans le baseball majeur. Je suis surtout fier de la personne qu’il est, c’est un gars qui travaille fort et il a mis des efforts à tous les jours pour en arriver là. Je lui souhaite d’accomplir encore beaucoup plus, car il a la capacité de le faire.»

À Montréal, Therrien s’est justement entraîné au cours des derniers mois avec Toro et quelques autres joueurs de baseball québécois, au Centre U Fit, dans l’arrondissement d’Anjou. Le tout sous la supervision de son bon ami Luis Argumedes, préparateur physique.

«On le sent prêt et déterminé à revenir dans le baseball majeur, a noté Argumedes, à propos de Therrien. Il a une éthique de travail exemplaire et il s’entraîne toujours dans la bonne humeur. C’est un gars qui se donne à 200% et ce que j’aime, c’est qu’il vient motiver les autres autour de lui.»

Leblanc, Pelletier et les autres

Therrien attire les projecteurs sur d’autres Québécois qui poursuivent leurs objectifs dans le monde du baseball.

«Je suis fier des autres Québécois qui continuent de pousser, a indiqué Therrien. Il y a Charles Leblanc, Ben Pelletier et des gars qui se retrouvent dans les universités américaines comme Antoine Jean et Raphaël Pelletier. Je suis fier de tous ces gars-là qui ont un seul objectif, celui de se rendre dans le baseball majeur. Et ils donnent leur maximum pour y arriver.»

Quant à son propre avenir, Therrien insiste : il veut absolument s’entendre avec une organisation ayant un plan précis pour lui.

«Ça fait environ deux mois que je fais des sessions avec des receveurs et je lance beaucoup de prises, a-t-il noté, avec confiance. Tous mes lancers vont bien : ma glissante, mon changement de vitesse, ma balle rapide coupée, ma balle rapide régulière. Tout est sous contrôle et les vitesses sont là.»