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Ski et planche

Vlhova peut-elle rejoindre Shiffrin?

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La saison de la Coupe du monde de ski alpin est à mi-chemin. Avec encore neuf arrêts prévus au calendrier, la Slovaque Petra Vlhova pourrait peut-être réaliser un exploit que peu de gens croyaient possible en début de saison, c’est-à-dire embêter Mikaela Shiffrin dans sa conquête vers un quatrième gros globe de cristal consécutif. 

Même si Shiffrin est en tête du classement général de la Coupe du monde, ses derniers résultats jumelés à ceux de Vlhova permettent de croire que rien ne sera joué avant les deux dernières courses de la saison, à Are en Suède et à Cortina d’Ampezzo, en Italie. 

Lors des deux dernières courses en slalom, soit à Flachau en Autriche et à Zagreb en Croatie, c’est la Slovaque qui a enlevé les grands honneurs, laissant respectivement à l’Américaine la troisième et la deuxième marche du podium. Terminer sur le podium sans l’emporter n’est pas une mauvaise chose en soi, au contraire, à moins de s’appeler Mikaela Shiffrin. Cette dernière n’avait pas gagné une course de slalom à laquelle elle avait participé depuis le 8 janvier 2019, à Flachau. 

Il faut remonter encore plus loin dans le temps pour se rappeler la dernière fois où la championne en titre n’était pas montée sur la plus haute marche du podium à deux épreuves de slalom consécutives. C’était en 2014. À Aspen aux États-Unis, le 30 novembre et à Are le 13 décembre.

Puis, autre fait inhabituel pour la meilleure skieuse au monde; elle n’a pas réussi à compléter une course pour la première fois depuis près de deux ans. En effet, le 12 janvier dernier, à l’épreuve du combiné alpin d’Altenmarkt-Zauchensee en Autriche, Shiffrin a raté une porte lors de la première descente, ce qui a mis fin à sa course. La dernière fois qu’une telle chose s’était produite, nous étions à un mois des Jeux olympiques de Pyeongchang, le 28 janvier 2018 à Lenzerheide, en Suisse, à l’épreuve de slalom.

Ces contre-performances ne s’expliquent pas tant par un ralentissement ou une baisse régime, mais plutôt par la qualité du ski de Petra Vlhova. La Slovaque de 24 ans est dans une forme splendide par les temps qui courent et Shiffrin devra élever son jeu d’un cran et faire fi du succès de sa rivale si elle ne veut pas se faire coiffer au fil d’arrivée. Seulement 335 points séparent les deux skieuses au classement général et 80 points au classement en slalom, leur spécialité. À titre comparatif, la domination de Shiffrin la saison dernière était telle, qu’elle a devancé Vlhova au classement général par 849 points. Évidemment que de terminer la saison au premier rang en slalom, en slalom géant et en Super G a favorisé l’Américaine. Vhlova avait quant à elle fini deuxième en slalom et en slalom géant, elle qui n’avait pris part à aucune course en Super-G. 

Cette saison, Shiffrin pointe au deuxième rang en slalom géant et au sixième échelon en Super G, où elle n’a enregistré qu’un seul podium, une troisième position à St-Moritz, en Suisse. 

Pour revenir à Vlhova, aucune skieuse sur le circuit de la Coupe du monde ne connait de meilleurs moments. Elle a remporté les deux dernières courses de slalom ainsi que le dernier slalom géant. Elle talonne Shiffrin comme peu de skieuses l’ont fait depuis le début de la carrière de l’Américaine.

Une stratégie pour nuire à Vlhova?

En ski comme dans n’importe quel autre sport, les résultats d’un athlète dépendent aussi du rendement de ses adversaires. C’est pourquoi certaines personnes sur le circuit pensent qu’en raison de la menace que représente Vlhova pour Shiffrin, cette dernière pourrait être tentée par l’idée de lui nuire ou de prendre un avantage sur sa rivale, de manière un peu déloyale. Cette idée a fait surface à Flachau, en Autriche, il y a deux semaines, lors de la présentation de l’épreuve de slalom. En conférence de presse, Shiffrin s’est présentée devant les journalistes en sanglots. Non pas parce qu’elle avait terminé sur la dernière marche du podium, mais plutôt car certaines personnes sur le circuit pensaient que la stratégie employée par son équipe avait été organisée autour de l’idée de désavantager Vlhova, qui est quand même sortie gagnante de la seule épreuve en soirée de la saison. 

Puisque c’est l’entraîneur de Shiffrin, Mike Day, qui a dessiné le tracé de la deuxième descente, la skieuse s’est laissé dire que des soupçons pesaient contre son équipe, qui aurait conçu un parcours fait pour défavoriser Vlhova. Dès son arrivée sur le podium pour le point de presse d’après-course, Shiffrin a tenu à rectifier le tir : « Je veux être claire. La chose la plus importante à retenir ce soi, c’est qu’on ne fait pas ce genre de chose. On ne joue pas à ce jeu. On ne peut pas essayer de concevoir un tracé pour désavantager Vlhova présentement, car elle est la meilleure. J’ai dit à mon entraîneur il y a quatre ans : Je ne veux pas savoir lorsque c’est toi qui décides du tracé et je ne veux pas que tu aies comme objectif de désavantager une rivale, parce que je te jure que si cela se produit, tu es congédié.»

Brignone se faufile

Pratiquement absente des podiums la saison dernière, l’Italienne Frederica Brignone est revenue en force sur le circuit de la Coupe du monde.

Celle qui n’avait signé que deux victoires et quatre podiums l’année dernière montre de belles choses depuis le mois d’octobre avec trois victoires, trois deuxièmes places et une deuxième place. Souvent cette saison elle a pris la pause en compagnie de Shiffrin et Vlhova sur le podium au terme d’une course. Sans dire qu’elle fait partie de la même catégorie que les deux autres, Brignone est présentement en deuxième position au classement général, première en slalom géant et deuxième en Super G. Considérant le fait qu’il reste encore la moitié du calendrier à compléter, il lui reste suffisamment de temps pour accumuler les podiums.

Un contraste épatant en comparaison avec la saison 2019, où elle ne figurait dans le top 3 d’aucune épreuve au classement final.

L’avantage considérable qu’elle a sur ses rivales slovaque et américaine, c’est qu’elle performe très bien dans les épreuves de vitesse cette saison, comme en témoigne sa première position au classement cumulatif à l’épreuve du combiné alpin et sa deuxième position au classement en Super G, catégorie dominée par Shiffrin l’an dernier, qui aujourd’hui, pointe au sixième rang.

Le mois de février sera déterminant pour l’Italienne de 29 ans si elle veut grimper au classement, car il y aura plus d’épreuves de vitesse que d’épreuves techniques et c’est dans ce genre d’occasion qu’elle doit tirer son épingle du jeu.

St-Germain continue d’impressionner

Même si c’est un peu moins rose pour les Canadiennes cette saison, la skieuse de St-Ferréol-les-Neiges, Laurence St-Germain, est parvenue à consolider sa place parmi l’élite mondiale en cette première moitié de saison, elle qui occupe présentement le 15e rang mondial en slalom.

Grâce notamment à trois tops 10, dont une cinquième position au slalom parallèle de St-Moritz, en six courses en Coupe du monde, elle pointe au 38e rang du classement général. Au-delà des résultats, la spécialiste du slalom affiche une confiance renouvelée à sa troisième saison complète sur le circuit, elle qui est capable de rivaliser et d’arracher des secondes aux meilleures skieuses au monde, en plus de rester plus longtemps sur la chaise de meneuse qui se trouve au bas de la pente.

Sa première descente à en slalom à Lienz, où elle a enregistré le cinquième temps et sa seconde descente à Zagreb où elle est passée de la 23e position à la septième, prouvent que le meilleur est à venir pour l’athlète de 25 ans, qui entre-temps, poursuit ses études universitaires.

Le Canada en baisse de régime

Mis à part le progrès de St-Germain, c’est plus difficile pour le reste de l’équipe canadienne. Avec le retour de Valérie Grenier qui se fait attendre, les autres membres de l’équipe n’ont pas été en mesure, jusqu’à présent, d’offrir des résultats à la hauteur. À commencer par Roni Remme, qui après avoir terminé la saison au 41e rang du classement général en 2019, à l’aide notamment d’une deuxième position au combiné alpin de Crans-Montana, en Suisse, n’a réussi qu’un seul top 10 depuis le début de la saison; une septième position au slalom de Killington, aux États-Unis, lors de la deuxième course du calendrier. 

Même chose pour Erin Mielzynski, qui a après avoir connu une bonne saison 2019 en terminant au 12e rang en slalom, est en ce moment 23e, n’ayant pu faire mieux qu’une 12e place au slalom de Lienz en Autriche.

Si la tendance se maintient, il n’y aura qu’une seule Canadienne parmi le top 50 à l’issue de la présente saison, contrairement à quatre la saison dernière. Pire encore, le Canada comptait trois skieuses parmi le top 20 mondial en slalom l’année dernière. Jusqu’à présent, seule St-Germain est parvenue à l’intégrer.

Il est difficile d’affirmer si Valérie Grenier, blessée depuis un an à la jambe droite, fera un retour à la compétition d’ici la fin de la saison, en Coupe du monde ou dans un autre circuit. Toutefois, elle est remontée sur ses skis en décembre, après plus de 300 jours sans action. Son retour l’an prochain ne pourra être que bénéfique pour l’équipe canadienne.