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NFL

Le moment d’une vie pour Duvernay-Tardif

Stéphane Cadorette

Publié | Mis à jour

Jean-Philippe Darche se réjouit de voir le garde québécois tout près du Super Bowl.

Jean-Philippe Darche, ancien joueur et maintenant médecin pour les Chiefs, est très bien placé pour comprendre les émotions fortes que s’apprête à vivre Laurent Duvernay-Tardif. Si l’équipe l’emporte en finale de conférence face aux Titans aujourd’hui, les deux amis pourront dire qu’ils auront été les seuls joueurs originaires du Québec à avoir foulé le terrain au Super Bowl.

Darche a évolué dans la NFL de 2000 à 2008 comme spécialiste des longues remises. S’il a terminé sa carrière avec les Chiefs pour ses deux dernières saisons, il a auparavant atteint le match ultime avec les Seahawks au terme de la saison 2005.

Il est d’ailleurs le seul Québécois à avoir pris part au match ultime comme joueur régulier. Depuis, le receveur Samuel Giguère, avec les Colts en 2009, ainsi que le bloqueur David Foucault, avec les Panthers en 2015, ont aussi atteint le pinacle du football, sans toutefois être en uniforme. Même constat pour l’ailier rapproché Deitan Dubuc avec les Panthers en 2003.

Le garde Tom Nutten a joué avec les Rams lors des Super Bowl 34 et 36, mais même s’il a vécu son parcours collégial au Québec, il est natif des États-Unis.

«C’est tellement rare un joueur québécois qui a l’opportunité de se rendre au Super Bowl. Je suis vraiment très excité pour Laurent. C’est un vrai bon gars, quelqu’un qui est extrêmement humble, et je sais à quel point ce serait important pour lui de vivre ce moment très spécial. Il y a déjà très peu de joueurs québécois qui atteignent la NFL et encore moins le Super Bowl», a confié Darche, qui réside à Kansas City depuis la fin de sa carrière, lors d’un entretien avec Le Journal.

Une première étape

Avant de se projeter trop loin, il faut d’abord que les Chiefs viennent à bout des Titans dans un Arrowhead Stadium qui s’annonce survolté. Kansas City n’a pas goûté au Super Bowl depuis 50 ans et a vécu deux échecs en finale de la conférence américaine depuis.

«Laurent a pu vivre la finale de conférence l’an passé à Kansas City, mais il ne pouvait pas jouer en raison de sa blessure. Là, il sera sur le terrain et pour avoir déjà vécu l’ambiance fébrile d’une finale comme joueur, c’est une expérience incroyable qui l’attend.

«Personnellement, je me souviendrai toute ma vie du moment où on a gagné la finale de la conférence nationale avec les Seahawks. Ce sont des célébrations que je n’oublierai jamais et je souhaite tellement à Laurent de goûter à ça. Il y a plein de membres du Temple de la renommée qui n’ont jamais eu cette opportunité que Laurent s’apprête à vivre», a souligné Darche.

Deux complices

Les encouragements de Darche à l’endroit de Duvernay-Tardif sont bien plus que de simples paroles. Depuis que le garde a été repêché par les Chiefs en 2014, les deux fiers représentants de l’Université McGill fraternisent bien au-delà de leurs affinités communes pour le football et la médecine.

« On est assez proches. Non seulement on se côtoie dans l’environnement des Chiefs, mais on se fréquente en dehors régulièrement. On aime bien se voir pour un bon souper.

«Mes enfants n’ont pas des chandails de Patrick Mahomes comme tous les autres jeunes, mais celui de Laurent. Il joue souvent avec eux quand il vient à la maison et pour eux, c’est une idole. C’est vraiment toute la famille qui est derrière lui en fin de semaine», a raconté Darche.

Une deuxième vie dans le football

En dénichant un poste au sein de l’équipe médicale des Chiefs, Jean-Philippe Darche a trouvé la meilleure façon qui soit de conjuguer ses deux passions. Et voilà que c’est avec le sarrau, plutôt que les épaulettes, qu’il pourrait renouer avec le Super Bowl. Embauché l’an dernier, c’est vraiment à partir de la présente saison que l’ancien spécialiste des longues remises a rempli un rôle de médecin à temps plein avec l’équipe.

«J’aime vraiment ça. J’apprécie tout ce qui me permet d’évoluer dans le monde du football et des Chiefs. C’est un travail très exigeant parce que ça amène beaucoup d’ajustements de dernière minute, mais je suis bien là-dedans», a-t-il mentionné.

Celui qui a pris part à 127 matchs, incluant ceux en séries, au cours de sa carrière de joueur, est heureux de redonner ce qu’il a déjà reçu.

«Je n’ai jamais oublié quand je jouais dans la NFL à quel point les médecins d’équipe s’occupaient de moi, mais aussi de ma femme et de mes enfants. Aujourd’hui, c’est moi qui donne des soins aux joueurs et à leurs familles. Ça me fait encore drôle de vivre l’inverse, mais j’adore ça. Et en plus, les matchs sont moins stressants comme médecin que comme joueur!», a-t-il lancé en riant.

Le Super Bowl dans la mire

Le niveau de nervosité risque tout de même de monter d’un cran pour le médecin aujourd’hui. Après tout, les Chiefs, avec une victoire, lui permettraient de renouer d’une tout autre façon avec le Super Bowl, à Miami.

«Quand j’ai joué au Super Bowl, mes enfants avaient quatre ans, deux ans et un an. Aujourd’hui, ils ont 17, 16 et 14 ans. Ils vont réaliser beaucoup plus ce qui se passe si on se rend là. Mon plus vieux et mon plus jeune jouent au football. Ce sont de gros partisans des Chiefs et ils sont pas mal excités à l’idée de vivre le Super Bowl en famille», a dit Darche.