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Crédit : AFP

NFL

Laurent Duvernay-Tardif à un pas du Super Bowl

Publié | Mis à jour

KANSAS CITY – Laurent Duvernay-Tardif s’apprête à disputer avec les Chiefs de Kansas City le match le plus important de sa carrière, en finale de la conférence américaine face aux Titans du Tennessee. À l’enjeu, une première présence au Super Bowl en 50 ans pour son équipe et l’opportunité de faire partie d’un club sélect restreint de joueurs québécois ayant atteint le match ultime dans la NFL.

Le gagnant de l’affrontement de dimanche à Kansas City obtiendra sa place pour le Super Bowl 54, le 2 février, à Miami. Il y a exactement 50 ans, en janvier 1970, les Chiefs remportaient le grand match pour la seule fois de leur histoire. Ils n’y sont jamais retournés depuis.

Quant aux Québécois qui ont pris part à cet événement plus grand que nature, on les compte sur les doigts d’une main.

David Foucault, bloqueur pour les Panthers en 2015, ainsi que Samuel Giguère, receveur pour les Colts en 2009, ont été les derniers, eux qui étaient membres de l’équipe de réserve de leurs formations. Même constat pour l’ailier rapproché Deitan Dubuc, avec les Panthers, en 2003.

Le spécialiste des longues remises Jean-Philippe Darche a quant à lui vécu l’expérience avec les Seahawks en 2005. Puis, il y a le cas de Tom Nütten, né aux États-Unis, mais qui a vécu son adolescence à Magog, qui a vécu deux fois le Super Bowl avec les Rams, en 1999 et 2001.

Première expérience

Mais pour Laurent Duvernay-Tardif, pas question de regarder trop loin dans le temps quand des adversaires coriaces comme les Titans se profilent d’abord à l’horizon.

L’an passé, il n’avait pas eu l’opportunité d’enfiler l’uniforme des Chiefs lors de leur défaite crève-cœur face aux Patriots dans le même match de finale de conférence. Il pourra cette fois vivre pleinement le moment.

«Personnellement, je ne me suis jamais rendu aussi loin. On a encore un goût amer par rapport à la finale de l’an passé. Il y a quand même deux semaines entre les deux matchs si on gagne... ou plutôt quand on va gagner!» a-t-il lancé mercredi en éclatant de rire, dans le vestiaire des siens avant un entraînement.

«Donc je me concentre vraiment sur le match face aux Titans. Je n’ai aucune idée comment ça fonctionne ensuite le Super Bowl si on s’y rend, mais on a en masse de choses à penser en ce moment avant d’affronter une équipe qui joue du gros football.»

Au sommet

Au terme de la remontée complètement folle de dimanche dernier aux dépens des Texans et au cours de laquelle les Chiefs ont inscrit 41 points sans riposte, l’équipe semble plus confiante que jamais.

Dans un coin du vestiaire, les uns se détendaient mercredi en s’adonnant à une partie amicale de basketball. Les autres, en entrevue, ne laissaient aucun doute sur leur état d’esprit aussi positif que combatif.

«La semaine dernière, c’est du passé. Mais je sens que la chimie dans notre équipe est encore plus forte parce que nous avons vécu cette expérience dans une situation critique pour s’en sortir ensemble. En même temps, on ne peut pas s’attendre à ce que ça fonctionne à tous les coups. Nous sommes tous sur la même longueur d’ondes et nous sommes passés au match suivant», a indiqué Duvernay-Tardif.

En novembre, le garde montréalais avait été tenu à l’écart en raison d’une blessure lors du duel face aux Titans. Patrick Mahomes avait été victime de deux sacs. Depuis son retour au jeu le 18 novembre, Duvernay-Tardif joue son meilleur football.

«C’est le fun quand tu sens que tu atteins ton apogée au bon moment. J’ai joué un bon match la semaine passée et mentalement, je suis confiant. Comme ligne à l’attaque, on a connu un gros match en ne donnant aucun sac à un très bon front défensif. On a vraiment donné une pochette claire à Pat (Mahomes) et c’est le même défi qu’il faut relever dimanche.»

Quand le Québec s'identifie aux Chiefs

Quand Laurent Duvernay-Tardif a pris place devant son casier, une question brûlait les lèvres des journalistes de Kansas City qui sont allés à sa rencontre. Est-ce plus gros ce que le Québécois vit en ce moment ou la Coupe Stanley?

«Venant de Montréal, qui est une ville de hockey, je ne peux pas faire autrement que de dire que c’est la Coupe Stanley. Mais le Super Bowl est deuxième», a-t-il souri.

Sauf que Duvernay-Tardif sait pertinemment que le Canadien de Montréal n’est pas aussi près de la Coupe Stanley que lui se rapproche du trophée Vince-Lombardi.

D’ailleurs, il n’a pas manqué de remercier ses supporteurs au Québec, de plus en plus nombreux à se ranger derrière lui et sa quête.

«J’ai vraiment le feeling que non seulement à Montréal, mais au Québec et dans le reste du pays, le support des fans est incroyable. Quand tu joues pour le Canadien de Montréal, pendant un moment tu es bon, puis les gens finissent par te blâmer, puis tu gagnes trop d’argent...

«De mon côté, je me sens privilégié de recevoir autant d’appui. Je ne dis pas que tout est positif à 100%, mais presque. Le fait de sentir ce soutien jusqu’ici, ça fait du bien. Même quand je retourne à la maison, je vois plein de gens avec des casquettes des Chiefs. Je n’avais jamais vu la moindre casquette des Chiefs à Montréal quand je jouais pour McGill!», a-t-il témoigné.

Fin prêt

En comparaison avec la finale de conférence de l’an dernier, c’est le jour et la nuit pour Duvernay-Tardif, qui avait raté 11 matchs de saison régulière et les deux en séries en raison d’une fracture du péroné.

«En septembre, quand la saison a commencé, je pensais que tout irait bien, mais il a fallu me remettre dans le bain. Je ne jouais peut-être pas avec le même niveau de confiance. Là, je me sens très bien. En fait, je ne me suis jamais senti aussi bien, aussi tard dans la saison», assure le docteur qui a bien étudié ses prochains patients.

«On affronte une défensive qui applique le blitz de plusieurs façons et qui te met dans des situations qui vont être plus difficiles pour nous à identifier. Ils sont moins prévisibles que d’autres défensives, ce qui fait que nous devrons bien communiquer. Jouer à la maison est un gros avantage dans une situation comme ça.»

Le frisé et le docteur

Sur la route menant votre humble serviteur au Arrowhead Stadium à bord d’un véhicule Uber, la conversation a vite tourné autour des Chiefs, évidemment.

Charles, le conducteur, s’est présenté comme un fier détenteur d’un billet de saison depuis 1968. Il a donc vécu l’unique Super Bowl des Chiefs un an plus tard et ronge son frein depuis. Cette fois, il croit que cette saison sera la bonne.

«On a un vrai bon quart-arrière en Patrick Mahomes. Il a une bonne tête sur les épaules et la seule chose, c’est que depuis qu’il est ici, plein de jeunes enfants à Kansas City ont la même coupe folle avec ses petits cheveux frisés», a raconté le moulin à paroles, ajoutant qu’il aimait aussi beaucoup notre «docteur canadien», en faisant allusion à Duvernay-Tardif.

La bête noire de Reid

Pour toutes sortes de raisons, l’entraîneur-chef des Chiefs, Andy Reid, n’a jamais su élucider le mystère des Titans, face auxquels il montre un piètre dossier d’une victoire et huit défaites en carrière.

Questionné à ce sujet lors d’un appel conférence, son vis-à-vis Mike Vrabel a vite sorti l’encensoir. «Je ne veux pas ridiculiser la question, mais Andy est un excellent entraîneur.

Cette ligue est meilleure parce que Andy Reid en fait partie. Il a dirigé de grosses équipes et a préparé plusieurs adjoints à devenir des entraîneurs en chef. Il a été un mentor pour moi. Peu importe sa fiche contre les Titans, ça n’aura aucun impact sur l’issue du match de dimanche», a tranché le pilote des Titans.

Au royaume du barbecue

Kansas City, c’est bien entendu le royaume des Chiefs, mais aussi celui du barbecue.

Entre les Jack Stack, Q39, Char Bar, Arthur Bryant’s Barbecue, Slap’s, Joe’s et autres restaurants où il fait bon se salir les doigts, il devient facile de s’égarer à travers les ribs, burgers ou beef briskets qui pullulent à tous les coins de rue.

Chacun dans la ville, y compris les joueurs des Chiefs, prennent un malin plaisir à émettre leurs recommandations et ne jurent que par celles-ci. La rumeur dit que c’est dans cette ville que les véganes versent la plus grande quantité de larmes sur le continent...