Lutte

Cette semaine dans l’univers de la WWE: Les Derniers Vilains, un film pour tous!

Cette semaine dans l’univers de la WWE: Les Derniers Vilains, un film pour tous!

Patric Laprade

Publié 07 décembre 2019
Mis à jour 07 décembre 2019

De Claire Lamarche à Georges St-Pierre, de Chantal Lamarre à Gino Brito, la critique était unanime hier à la sortie de la première montréalaise du film Les Derniers Vilains de Thomas Rinfret: un franc succès!

J’avais eu la chance de voir le film lors du Festival de cinéma de la ville de Québec - Le film y a d’ailleurs remporté le prix Jury cinéphile pour un premier long métrage – en septembre dernier et j’avais tout simplement adoré. Je crois que c’était encore meilleur la deuxième fois. Un des meilleurs films que j’ai eu la chance de voir dans ma vie. Pas un des meilleurs films de lutte, mais un des meilleurs films, point.

Parce que ce n’est pas un film de lutte.

«C’est une leçon de vie», me disait GSP à la sortie de la présentation. Il ne peut aussi bien dire.

Les Dernier Vilains, c’est l’histoire d’un homme, Paul Vachon, que son métier a amené à voyager aux quatre coins du monde. Par conséquent, il a eu une vie remplie de souvenirs, mais en même temps, une vie qui ne lui a pas permis d’être le père qu’il aurait voulu être. Dans une des scènes très touchantes du film, on voit Paul et l’un de ses garçons, André, assis l’un à côté de l’autre, à ne pas savoir quoi se dire et à se poser des questions comme s’il s’agissait de leur première rencontre. On ne peut rester insensible à ça. C’est aussi l’histoire d’un homme qui a fait le même métier que son frère (Maurice), sa sœur (Vivian) et sa fille (Luna), et qui est le dernier survivant, chargé de raconter l’histoire de sa famille.

Remplacez la lutte par un autre métier et vous avez la même histoire.

La force de ce long métrage d’une heure 34 minutes est qu’il va chercher dans toutes les gammes d’émotions. Le film est à la fois drôle, touchant, intelligent, sensible et vrai. Le fan de lutte va bien entendu s’y retrouver, car la production a réussi un tour de force, soit celui d’obtenir des images de la WWE.

Paul Vachon, plus que le frère de Maurice

Paul Vachon, que je connais depuis plusieurs années et qui a toujours été là pour moi, peu importe le projet, m’a dit un jour que son frère Maurice avait eu une grande carrière et qu’un film sur sa vie sera incroyable, mais qu’il croyait dur comme fer qu’un film sur sa propre vie serait encore meilleur.

Je dois avouer avoir douté quelque peu. Après tout, j’ai coécrit la biographie de Maurice et sa vie est réellement digne d’une grosse production hollywoodienne. Mais après avoir vu ce film, Paul n’avait pas tout à fait tort.

Je crois cependant que le format du film y est pour quelque chose. C’est un film documentaire, c’est-à-dire qu’aucun acteur n’y joue les personnages. Thomas Rinfret, Annick Charlebois et leur équipe ont suivi Paul et sa femme, Dee, pendant cinq ans. Cinq ans à parcourir les États-Unis et le Canada, à voir Paul dans toutes ses facettes et à l’entendre raconter la vie de sa célèbre famille.

Je connais bien Paul et ses histoires. L’adage selon lequel si une histoire est assez bonne pour être racontée, elle est assez bonne pour être exagérée, Paul en est un parfait adepte. Mais ça ne paraît pas trop dans le film parce que les émotions prennent le dessus sur tout. Mon côté historien et factuel n’ont pas manqué les quelques erreurs historiques qu’on y retrouve, mais, elles ne sont même pas dignes de mention, parce qu’en fin de compte, dans l’histoire du film, elles ont leur place. Ce n’est pas l’histoire racontée par un historien, c’est l’histoire racontée par Paul Vachon, avec ses forces et ses faiblesses, avec sa mémoire sélective et ses émotions à lui.

Et c’est ce qui rend le film si spécial.

L’un des plus grands promoteurs de son époque

Paul a eu une vraie vie de saltimbanque. Après avoir fait ses débuts au Canada, il a lutté un peu aux États-Unis avant de s’expatrier à l’autre bout du monde. Pendant plusieurs années, il ne reverra pratiquement pas la terre nord-américaine, trop occupé à lutter et faire des films en Australie, en Inde et en Angleterre. Il luttera d’ailleurs devant le Duc d’Édinbourg, le mari de la Reine Élisabeth II. La fin des années 60 l’a ramené à la maison, mais sans le sou. Paul profitait amplement de la vie.

Il a alors commencé à faire équipe avec son frère Maurice et rapidement ils se sont établis comme une des meilleures équipes. Les années 1969 et 1970 ont particulièrement été fructueuses, alors que les Vachon faisaient partie des lutteurs qui attiraient le plus dans le monde de la lutte.

C’est en 1971 qu’ils sont revenus au Québec alors que l’aventure Grand Prix a débuté, dans le but de faire opposition aux As de la Lutte de la famille Rougeau. Cette guerre territoriale a permis au Québec de vivre son plus grand âge d’or. Le record d’assistance au Colisée de Québec était un match entre les frères Vachon et les frères Leduc. Les deux plus grandes foules de lutte dans l’histoire de la province ont également eu lieu à cette époque: Johnny Rougeau contre Abdullah the Butcher en juillet 1972 au stade Jarry devant 26,237 personnes et l’année suivante, Mad Dog Vachon contre Killer Kowalski, toujours au même endroit, devant 29,127 amateurs. Ce furent aussi les dernières bonnes années dans l’arène d’Édouard Carpentier et les débuts du « Géant » Jean Ferré, mieux connu plus tard sous le nom d’André the Giant.

Puisque la Commission Athlétique de Montréal ne permettait pas au promoteur de lutter sur son territoire, Paul Vachon fut choisi par les (trop) nombreux dirigeants de la compagnie. Et ce fut un excellent choix. Paul était en avant de son temps. Il avait une vision de l’industrie que peu de gens avaient à l’époque. Il s’est arrangé pour avoir une émission de télé dans les deux langues officielles, tout en gardant le contrôle sur ses images, ce qui lui permettait de les envoyer d’un océan à l’autre. De cette manière, s’il voulait prendre de l’expansion, il pouvait aller à Winnipeg et y présenter un spectacle, son produit y était déjà diffusé. Ses vedettes étaient donc connues partout au Canada.

Il a soutiré les frères Jos et Paul Leduc aux As de la Lutte, pour créer la plus grande rivalité de l’histoire de la lutte au Québec: les Vachon contre les Leduc. Il a pensé à une série de combats entre le Géant Ferré et Don Leo Jonathan, série qui aura permis au Géant de se faire connaître chez nos voisins du sud. Paul a d’ailleurs été le tout premier à s’occuper du calendrier du Géant. Malgré tout, il a eu l’intelligence de le laisser aller quand ce fut le temps. Avec Paul à sa tête, Lutte Grand Prix a réussi à dominer la scène locale et à battre les As dans sa propre cour. Malgré ce que certains peuvent dire, les chiffres, eux, ne mentent pas. Quand les Vachon ont quitté la compagnie, Lutte Grand Prix ne s’en est jamais remise. Elle perdait sa plus grande vedette et son cerveau.

On parle souvent d’Eddie Quinn comme le meilleur promoteur de l'histoire du Québec, mais je crois sincèrement que Paul Vachon mérite d’être considéré. Il est sous-estimé dans ce rôle.

Un conte pour tous

C’était plaisant de voir, un vendredi soir, dans une salle du Cinéma Beaubien remplie à pleine capacité, des gens de tout acabit.

Le monde de la télévision y était représenté avec Claire Lamarche et Chantal Lamarre. Le monde du sport l’était aussi avec GSP. La famille Vachon y était en grand nombre avec plusieurs neveux et nièces de Paul, dont le fils de Vivian. La lutte d’autrefois y était aussi présente avec Gino Brito, l’ancien promoteur Tony Mulé, les fils de Paul Leduc, Carl et Yan. La lutte d’aujourd’hui y était également, ce qui me réjouit à chaque fois. Si peu de lutteurs actifs s’intéressent à l’histoire de leur « sport ». Vous ne les connaissez peut-être pas, mais ils méritent une mention: Jesse Champagne, Mike Gibson, Dany Foster, Simon Lacroix (de Total Crap) et Joey Soprano.

« Quand je regarde la lutte de votre époque, c’est ça maintenant qui me donne des étoiles dans les yeux », a mentionné Champagne lors de la séance de questions qui a suivi le visionnement.

Mais il y avait aussi des gens de tous âges. Une dame y était avec ses fils et sa mère. Trois générations qui ont vécu des époques complètement différentes et qui se sont tous retrouvées dans l’histoire.

À Québec en septembre, le long métrage avait conquis le célèbre metteur en scène Robert Lepage, le maire de la ville Régis Labeaume, de même que d’autres contemporains de Paul tels que Gilles Poisson et Neil Guay. 

Le film est pour tous les âges. Pour toutes les générations. Que vous soyez amateur de lutte ou pas, il va aller chercher en vous une émotion, une réaction, qui ne vous laisseront pas indifférents.

Et n’est-ce justement pas le but d’un bon film? D’un bon match de lutte? D’une bonne histoire?