Boxe : pesée officielle Gala Dooly’s

Crédit : Martin Chevalier / JdeM

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Marie-Ève Dicaire et Stéphane Harnois, seuls contre tous

Marie-Ève Dicaire et Stéphane Harnois, seuls contre tous

Nancy Audet

Publié 22 novembre
Mis à jour 22 novembre

Samedi soir, Marie-Ève Dicaire va défendre son titre IBF des super mi-moyens pour la troisième fois. Un moment émouvant pour la Québécoise qui va disputer ce duel à Québec où elle a été sacrée championne il y a presque un an.

Son entraîneur, Stéphane Harnois, vivra lui aussi de belles émotions. Après tout, ils ont traversé tant de choses ensemble depuis qu’il a accepté de se lancer dans l’aventure de la boxe professionnelle avec elle...sa seule et unique boxeuse.

Leur histoire ressemble un peu à celle du film Jerry Maguire. Une athlète déterminée qui rencontre un homme prêt à l’aider à réaliser son rêve. Ensemble contre vents et marrés. Leur aventure est belle et j’avais envie d’en savoir un peu plus sur leur parcours. Le sympathique entraîneur a accepté de me raconter leur rencontre et ce qui l’a convaincu de travailler avec elle bien avant qu’elle ne devienne championne du monde.

Stéphane Harnois avait huit ans lorsqu’il est entré dans un gym de boxe pour la première fois. Ce fut le coup de foudre instantané. Il savait que ce sport occuperait une grande place dans sa vie. Il a disputé quelques combats, mais a vite su qu’il n’avait pas ce qu’il fallait pour en faire une carrière. Mais la passion était là. Il le dit lui-même : «Je suis un bien meilleur entraîneur que boxeur!»

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Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Un apprentissage à la dure

Il a appris aux côtés d’un certain Marc Ramsay. Un ami et un mentor. Il a aussi appris en mettant les gants avec plusieurs grandes pointures de la boxe québécoise. Antonin Décarie, Jean Pascal, Adrian Diaconu et un certain Leonard Dorin. «J’étais un bon punching bag», dit-il en rigolant. Il a tellement d’anecdotes qu’il pourrait écrire un livre. «Je me souviens d’un entraînement public avec Leonard Dorin. Stéphan Larouche m’avait dit de ne pas me laisser impressionner et j’y suis allé un peu fort. Dorin m’a pincé avec un bon crochet au corps. Il m’avait coupé le souffle devant tout le monde.» Il se souvient aussi d’un entraînement médiatique avec Adrian Diaconu. «Il avait m’a frappé si fort que mon casque a atterri au deuxième rang. Je l’avais un peu cherché je l’avoue.»

Tout ça pour dire qu’il a appris à la dure. Après avoir été le bras droit de Marc Ramsay, il a décidé que c’était terminé la boxe. «Je n’étais pas prêt à faire tous les sacrifices financiers que cela demande. Je n’étais pas prêt, disons à sacrifier ma vie et je voulais fonder une famille.»

En 2013, la boxe lui manquait énormément. Il s’organisait pour ne pas passer trop souvent devant les clubs de boxe. C’est à ce moment que sa femme lui a donné le feu vert pour y retourner. Elle voyait bien que le sport lui manquait. «C’est là que j’ai rencontré Marie-Ève pour la première fois. Je me souviens que je n’avais pas été impressionné. Oui, elle avait des habiletés, mais connaître du succès au gym et connaître du succès lors d’un vrai combat, c’est deux choses différentes.»

En 2014, Marie-Ève a subi une commotion cérébrale. Harnois se souvient qu’elle a traversé des moments très difficiles. Elle a même pensé ne plus jamais monter dans un ring de boxe. C’est après avoir traversé ce grand brouillard qu’elle lui a demandé de devenir son entraîneur. Elle rêvait d’une carrière chez les professionnels. «Je ne voulais pas. Elle m’a dit qu’elle allait prendre ce que je pouvais lui donner», confie Harnois.

«On s’est assis et on a fait un plan. Je lui ai fait promettre de me faire confiance et de m’écouter à 100%.»

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Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Leur plan de match

Ensemble, ils ont disputé quelques combats chez les amateurs. Elle a affronté certaines de ses bêtes noires. Notamment une certaine Caroline Veyre. Une des meilleures boxeuses au pays. Elle en a fait assez pour convaincre Harnois et quelques mois plus tard elle disputait son premier combat professionnel. C’était le 20 novembre 2015 face à Christina Barry. Je me souviens d’avoir couvert ce combat. Si je suis honnête, je me demandais bien où elle s’en allait cette Marie-Ève Dicaire. Cette ancienne championne de karaté.

Quelle ne fut pas ma surprise quelques combats plus tard de constater sa grande progression. J’ai bien compris qu’elle était là pour rester et qu’elle n’allait pas se contenter d’un rôle de boxeuse de sous-carte. Harnois l’admet : «Elle a tellement progressé depuis ses débuts. Il y a tellement de travail, de préparation, de séances de visionnement, d’entraînements avec son préparateur physique et de travail avec son préparateur mental. On n’a rien laissé au hasard.»

«Quand elle m’a demandé d’être son entraîneur, j’ai promis de faire d’elle une championne du monde. Elle a vu que j’ai respecté ma parole. Je suis négociable et je l’écoute aussi. On forme vraiment une équipe.»

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Crédit photo : MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

«Il n’y a pas une cenne à faire avec elle!»

La boxe féminine commence à peine à se faire connaître. Il faut faire preuve d’énormément de persévérance pour percer et arriver à vivre de son sport. Stéphane Harnois se souvient de ce que certains entraîneurs lui disaient : «Je n’entraînerais jamais Marie-Ève Dicaire, car il n’y a pas une cenne à faire avec elle! Je les regarde aujourd’hui et je leur fais un petit clin d’œil.»

«Je ne lui demandais pas d’argent lors de ses premiers combats. Je lui disais de garder ses bourses. Je n’ai jamais demandé d’argent d’ailleurs et elle pourrait le dire. Mais elle insiste pour me payer. Je sais que bientôt ses bourses vont augmenter.»

Samedi soir, elle va affronter Ogleidis Suarez. Une défense optionnelle dans le jargon de la boxe. Dicaire a déjà affronté son aspirante obligatoire. Elle peut donc se permettre de choisir son adversaire parmi le top 10 mondial. Ce choix n’a pas fait l’unanimité. Une commande trop facile selon certains. Harnois persiste et signe : «C’était mon choix. Ça fait quatre ou cinq combats qu’elle affronte des adversaires qui ont le même style. Des fonceuses. Je voulais une technicienne. C’est un passage obligé pour se préparer à affronter des filles comme Hanna Gabriels ou Cecilia Breakhus. Les gros combats s’en viennent et il faudra être prêt.»

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Crédit photo : PIerre-Paul Poulin / JdeM

Pour lui et Dicaire, ce retour au Centre Vidéotron où elle est devenue championne du monde il y a un an servira à mettre un baume sur tout ce qui s’est passé. On se rappelle que le 1er décembre dernier, Adonis Stevenson s’était retrouvé dans le coma après son combat. On avait alors très peu parlé de la victoire de la Québécoise et c’est normal. «Peu importe la foule, ça n’enlèvera rien à l’émotion qu’on va ressentir. On a aussi très hâte de montrer à quel point elle a progressé depuis un an.»