Impact de Montréal

Crédit : PIerre-Paul Poulin / JdeM

Impact de Montréal

Plonger tête première

Publié | Mis à jour

Olivier Renard est directeur sportif de l’Impact depuis moins de deux mois, mais le Belge de 40 ans est loin de se tourner les pouces.

La preuve en est l’embauche de Thierry Henry comme nouvel entraîneur-chef de l’équipe, jeudi dernier. Comme premier coup, on peut dire qu’il a frappé dans le mille surtout que le dossier a été bouclé rapidement.

Renard a préféré ne pas commenter sa nouvelle acquisition avant la conférence de presse au cours de laquelle Henry fera sa rentrée montréalaise, lundi.

On l’a toutefois rencontré, à la fin du mois dernier, dans la magnifique salle de conférence du Centre Nutrilait. Quand on arrive, il travaille sur son iPad avec deux téléphones à ses côtés qui sonnent à tour de rôle. Peut-être était-il déjà au travail sur le dossier Henry, qui sait?

Il faut dire que s’il connaissait la MLS, ce n’est que plus récemment qu’il a commencé à s’y intéresser, lui qui a été directeur sportif en Belgique, à Malines et Liège, en plus d’agir comme consultant pour Anvers.

«J’aime regarder des ligues que personne ne regarde. Ce qui est flagrant à mes yeux, c’est que quand j’ai commencé comme directeur sportif, je ne regardais pas la MLS parce qu’il n’y avait pas de joueur qui pouvait venir en Europe.

Maintenant, c’est dans les deux sens, il y a des transferts vers l’Europe. Ça veut dire qu’il y a du poisson à pêcher ici.»

Un test

Olivier Renard aime se remettre en question et se lancer des défis. Il ne le cache pas, s’il a accepté le poste chez l’Impact, c’est beaucoup parce qu’il avait envie de se tester.

Pour lui, venir travailler en MLS, c’était presque recommencer à zéro tant le contexte est différent.

«Ce qui m’a fortement attiré ici, c’est la MLS parce qu’il y a tellement de complexités ici qui n’existent pas en Europe. Être directeur sportif en Europe, c’est complètement différent d’ici.

Je pars du principe que tu as toujours besoin d’avoir une bonne équipe autour de toi et c’est encore plus vrai ici parce qu’il y a tellement de choses qui te font réfléchir plus que dans d’autres pays où, si tu as les moyens de t’offrir un joueur X, tu le signes.»

Recette

On lui fait remarquer qu’il arrive dans un contexte où les chantiers sont nombreux avec l’embauche d’un nouvel entraîneur-chef, le statut plus ou moins clair de Nacho Piatti et de nombreux contrats à gérer, dont celui de Samuel Piette, mais il ne bronche pas.

«Je pars du principe que des chantiers, il y en a chaque année. Un club qui a eu du succès une année peut ne pas en avoir l’année suivante.

Je prends en exemple Leicester City qui a été un champion surprenant en Premier League. Ils ont gardé les mêmes joueurs l’année d’après et après une dizaine de matchs, l’entraîneur a été limogé.»

Il ajoute ensuite qu’il n’y a pas de recette miracle et que le travail est continuellement à refaire.

«Un boulanger qui fait son pain avec les mêmes ingrédients va arriver à avoir le même pain neuf fois sur dix. Une équipe de foot qui va commencer un match avec le même XI partant, ça sera dix matchs complètement différents.»

En tant que directeur sportif, il est donc aussi bon que son dernier transfert tout en évoquant l’importance du contexte dans lequel on place les joueurs.

«Je transfère un joueur qui est bon, il vient chez moi et ne touche pas un ballon, je suis considéré comme un directeur sportif qui a raté son transfert. Il s’en va à Los Angeles et met 25 buts. Est-ce que c’est le joueur ou le contexte qui était le problème?»

Près du terrain

Olivier Renard n’est pas un homme de bureau, il aime être près du terrain non pas parce qu’il est interventionniste, mais parce qu’il veut avoir le ressenti de l’équipe sans intermédiaire.

«J’aime regarder les entraînements parce que quand j’ai une discussion avec le coach, si je ne regarde pas les entraînements, je vais devoir me fier seulement aux impressions d’autres personnes. J’aime bien pouvoir avoir mon avis sur la situation.»

De la même manière, il se fie à ses recruteurs, mais il aime aussi aller faire son propre repérage pour se faire une tête sur le joueur ciblé. Mais il assure qu’il a besoin d’un bon entourage.

«Je suis plus proche du vestiaire que des bureaux. C’est mon passé de joueur. Mais vouloir tout faire soi-même, ça peut être dangereux parce que tu peux être aveuglé.

Je n’ai pas envie d’être entraîneur, mais si un jour je le suis, mon adjoint, s’il me dit toujours oui, c’est le premier que je fais partir. Il doit me faire comprendre ce qui ne va pas, c’est ça le travail d’équipe. Il faut toujours se remettre en question, dans les bonnes choses comme dans les mauvaises.»

Projet familial

Après être venu à Montréal pour officialiser son embauche au début du mois d’octobre, Olivier Renard est rentré en Belgique pour régler les derniers détails du déménagement avant de revenir avec femme et enfants à la mi-octobre.

Le nouveau directeur sportif de l’Impact n’a pas eu trop de mal à convaincre la famille de franchir l’Atlantique pour plonger dans le vide dans une nouvelle culture et sur un nouveau continent.

Il faut dire qu’il y a quelques années, sa conjointe lui avait fait une confession qu’il n’avait pas oubliée.

«J’ai rencontré ma femme après ma période en Italie et je sais qu’elle aurait bien aimé connaître l’étranger quand j’étais joueur. J’ai gardé cette information en tête», avoue-t-il avec le sourire.

Cachet

Quand il a quitté le Standard de Liège, le printemps dernier, Olivier Renard était un homme sollicité, mais il n’était pas prêt à écouter toutes les offres.

«J’avais la possibilité de gagner beaucoup d’argent, mais dans des pays où il n’y avait pas de projet sportif et rien pour ma famille non plus.

Ici, j’avais tous les paramètres qui correspondaient pour que je quitte la Belgique.»

Il avoue par ailleurs que le caractère francophone et le cachet de Montréal ont pesé dans la balance.

«On est en Amérique, mais il y a un caractère européen assez fort.»

Adaptation

C’est sans doute son fils et sa fille qui vont devoir vivre la plus grande adaptation en raison de l’école.

«La difficulté pour eux est que je suis francophone, mais ma femme et mes enfants sont Flamands. À la maison, ils parlent français avec moi et flamand avec leur maman, mais ils parlaient aussi flamand à l’école.»

Ils doivent donc s’intégrer dans un nouveau milieu en plus de se familiariser avec l’école dans une nouvelle langue même s’ils parlent la langue en question, et Renard croit avoir trouver l’endroit idéal à l’École Charles-Perrault.

«Pour eux, entre parler en français avec leur papa et étudier en français, c’est autre chose. Prenons l’exemple des mathématiques. Le petit, s’il se tait, il va faire le bon calcul, mais s’il essaie de l’expliquer, il va avoir du mal parce que les chiffres sont à l’envers dans la langue flamande. Mais je n’ai pas de crainte, des enfants c’est comme des éponges.»

Milieu de vie

Olivier Renard a opté pour Laval quand il a choisi où sa famille allait s’installer et la raison est fort simple.

«Je ne suis pas habitué à vivre dans une très grande ville. Même si Montréal est une très belle ville, dans le centre même, moi je suis habitué à avoir de la verdure et un jardin.

Les priorités étaient aussi d’avoir une école près de la maison et de trouver des centres commerciaux un peu comme on en trouve en Europe, et à Laval, ma femme n’est pas trop dépaysée alors qu’au centre-ville, c’est un peu plus compliqué.»

Quant à l’éloignement avec les familles restées en Belgique, ce n’est pas du tout un souci.

«Avec la modernité maintenant, tout est simple, assure-t-il. Mes parents partagent leur temps entre la Belgique et l’Espagne, même quand j’étais en Belgique je ne les voyais que quatre ou cinq fois par année, mais on se parle deux fois par jour. Comme dit mon père, qu’est-ce que ça change?»

Pas calculé, mais préparé

Dans le monde du sport, les gardiens ont la réputation d’être des êtres singuliers. Olivier Renard est un gardien de formation et de métier. Il est différent, mais pour les bonnes raisons.

De nature curieuse, Renard a vite compris qu’il devait ajouter plusieurs cordes à son arc.

«Quand tu es joueur de football, tu as beaucoup de temps libres, mais tu ne sais pas que tu as beaucoup de temps libres, tu crois que t’es occupé et tu ne t’en rends pas compte avant d’être plus vieux.

En fait, directeur sportif a été mon premier job parce que joueur de foot, c’est une passion qui m’a permis de gagner ma vie.»

Il n’a donc pas vraiment eu à préparer son après-carrière puisqu’il a pris sa retraite à 35 ans en plein milieu de la saison en raison d’une hernie discale pour devenir adjoint au directeur sportif qu’il a remplacé la saison suivante dans une transition qu’il avoue ne pas avoir calculée.

«L’après-carrière est souvent compliquée pour les joueurs de foot parce que c’est compliqué de trouver quelque chose qui te plaît, j’ai eu cette chance.»

Anticipation

Mais l’homme est tout sauf bête, il avait quand même commencé à étudier ce qui l’intéresserait une fois les gants et les crampons accrochés.

Olivier Renard peut se fier à son anticipation, une vertu très importante dans son métier. Une qualité qui s’apparente au flair, pourrait-on dire.

«L’anticipation est un trait de caractère, ce n’est pas un don, modère-t-il. Quand j’étais encore joueur, j’ai eu une demande de la télévision belge pour faire les commentaires de la Ligue des champions.

Je me suis dit que j’allais essayer puisque j’étais plus proche de ma fin de carrière que du début. Je voulais voir si ça allait me plaire. Je l’ai fait pendant quatre ans comme joueur et encore un an alors que j’étais directeur sportif.»

Comme c’est un homme prévoyant qui aime avoir tous les outils à sa disposition, il a également obtenu presque toutes les licences d’entraîneur, il ne lui manque que la licence pro de L’UEFA même s’il n’a aucune envie d’être entraîneur.

Caméléon

On peut aussi dire d’Olivier Renard que c’est un caméléon puisqu’il s’adapte facilement à son environnement.

Ce n’est pas pour rien qu’il parle français, italien, flamand, qu’il a un anglais perfectible pour répondre à ses standards et qu’il a une base d’allemand.

Pourtant, il aura fallu qu’il attende la fin de l’adolescence pour se découvrir cette adaptabilité.

«Je ne savais pas que j’avais cette faculté d’être caméléon, j’étais plutôt cocon familial.

Quand je suis parti en Italie à 19 ans, je dis que mon meilleur club a été Udinese parce que c’est là que j’ai été formé en tant qu’homme. J’ai appris à payer une facture tout seul et à faire les courses parce qu’avant c’était papa et maman qui faisaient tout.»

On n’a plus rien à craindre maintenant, son cocon familial c’est désormais le Centre Nutrilait.