Canadiens de Montréal

Alex Belzile a conquis Joël Bouchard en... 2012!

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Libre à quiconque de croire ou non au karma et au destin. Alex Belzile y croit. Plus que jamais depuis qu’il enfile l’uniforme du Rocket de Laval.

L’attaquant québécois de 28 ans apparaît pour l’une des premières fois de sa carrière sur le radar d’une équipe de la LNH. Celle de son enfance : le Canadien.

Ayant continuellement progressé depuis son arrivée chez le Rocket sous les ordres de Joël Bouchard, il apparaît sur la courte liste des joueurs pouvant être rappelés par le Tricolore si le besoin se faisait sentir d’ici quelques semaines.

Selon la ferveur populaire, Ryan Poehling trône évidemment au sommet de la courte liste. Mais avec les déclarations de l’entraîneur-chef du club-école cette semaine, le vaillant espoir aurait encore des croûtes à manger dans la Ligue américaine avant un rappel.

Un premier match officiel dans la grande ligue serait un cadeau obtenu à la sueur de son front pour Belzile. Jamais il n’a été repêché. Mais il n’a jamais pour autant baissé les bras et la tête. Il a foncé, espéré et travaillé d’arrache-pied à tous les échelons. Que ce soit dans l’une des cinq formations avec lesquelles il a évolué dans la Ligue de la Côte-Est ou les trois de la Ligue américaine.

L’attaquant carbure littéralement à la passion du jeu. Il a appris son métier à la dure, à des milliers de kilomètres de sa minuscule ville natale de Saint-Éloi, dans le Bas-Saint-Laurent.

S’il devait faire le grand saut dans la LNH, une étoile indiquant une recrue apparaîtrait au bout de son nom. À 28 ans... Dans une ligue où les jeunes ont la cote, où le pinacle d’une carrière ne cesse de dégringoler vers le milieu de la vingtaine.

«Les statistiques ne me touchent pas. Je ne me compare pas aux autres. Je fais mon petit bout de chemin. J’ai confiance en mon processus», signale-t-il dans une entrevue accordée au Journal de Montréal.

«J’ai toujours la pédale au plancher. Je me donne à 100 %. Je n’ai pas le même parcours que les autres, ce qui fait en sorte que ma passion est différente, souligne-t-il. J’ai toujours été un nerd de hockey. J’en mange depuis que je suis tout jeune. Comme quelqu’un qui mange de la médecine.»

Combinaison

La passion et le travail, c’est ce qui a amené Belzile à cogner aux portes de la LNH, croit Bouchard : «Avec ces deux qualités, son jeu a progressé rapidement. Il faut ajouter le talent et le sens du hockey. Mais sa qualité primaire, c’est la passion», mentionne l’entraîneur, qui l’a perçue rapidement à leur première rencontre à l’aube de la campagne 2018-2019.

«Tout a commencé dans le groupe C sur l’autre patinoire, au camp du Canadien à Brossard, l’an passé, se rappelle-t-il. Je lui disais quoi faire, et il acceptait tout. Un gars qui écoute, c’est idéal.»

«Cale Fleury écoutait, poursuit-il. Il a fait ce qu’on disait. Il répondait toujours oui. Il faisait le travail. Il est avec le Canadien maintenant.»

Mais dans le cas de Belzile, Bouchard a affaire à un différent type de joueur. «Alex a plus de caractère. Il a 28 ans. Il est passionné. Il pose plus de questions. On lui dit et on l’explique. Après, on peut débattre.»

L’enjeu pour l’attaquant? «Le coaching et les systèmes de jeu m’intéressent beaucoup. Quand je comprends, j’exécute mieux sur la glace», répond Belzile.

Bouchard réplique : «Ce n’est pas un tour de magie, monter dans la LNH. Il faut toujours s’améliorer, écouter les consignes et accomplir ses tâches chaque jour. Alex n’est pas parfait. Je dois le ramener à l’ordre comme n’importe qui. Mais dans ses qualités, il comprend qu’il peut faire des erreurs. Il les corrige. Et il ne peut surtout pas se permettre de démontrer une mauvaise attitude quant à ses tâches.»

Un soir d’avril 2012

Signe du destin, ce n’est pas un hasard si Belzile se retrouve à Laval. Quand il a vu son nom sur la liste des joueurs disponibles, Bouchard a bondi sur l’occasion. Il se souvenait très bien d’un soir d’avril 2012. Son Armada de Blainville-Boisbriand affrontait l’Océanic de Rimouski de Belzile en quarts de finale de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Une série poussée à la limite de sept matchs qui a pris un scénario dramatique au duel ultime. Belzile avait brillé avec ses 10 points dans l’affrontement remporté par les «Nics».

À leur rencontre, six ans plus tard, les deux hommes ont effleuré le sujet. Bouchard savait toutefois qu’il avait déniché un attaquant doté d’un grand talent et d’un flair particuliers.

«On fait notre propre destin avec nos actions, notre comportement et nos réactions dans certaines situations, croit Belzile. On dicte ainsi la voie à prendre. Peu importe ce qu’on fait, où on le fait, on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir. C’est important d’être authentique. Cette histoire nous le prouve bien. Mon comportement de l’époque m’a suivi jusqu’ici.»

Aucune journée de congé

L’entraîneur du Rocket de Laval Joël Bouchard voue un respect sans borne à son vétéran joueur Alex Belzile.

Les étiquettes collées au dos d’Alex Belzile sont nombreuses. Produit du midget CC du Bas-du-Fleuve et débarqué dans la LHJMQ du Québec à 18 ans, il n’a jamais reçu le privilège d’être sélectionné à l’encan de la LNH. En passant par des racoins américains, son parcours lui rappelle chaque jour qu’il ne peut prendre une journée de congé.

«J’ai un parcours différent des autres. Je suis passé par la Ligue de la Côte Est (ECHL). Ça change beaucoup les perceptions. Il faut grimper les échelons. Et comme dans mon parcours mineur, j’ai toujours un challenge additionnel.

Crédit photo : MARC GRANDMAISON/AGENCE QMI

C’est de l’adversité, assure Belzile. À long terme, ça m’a fait du bien et ça m’a endurci. À 28 ans, les gens commencent à me découvrir. Je sais qu’avec le bagage amassé partout où je suis passé je serai récompensé un jour.»

Parmi ses nombreuses étiquettes, l’attaquant de 6 pi et 180 lb est particulièrement fier de porter celle de champion de la coupe Kelly, remportée avec les Eagles du Colorado, la filiale de l’Avalanche, au printemps 2017.

Ses 14 buts et 26 points durant ce périple éliminatoire ont mis la table à la suite de sa carrière. «Quand on évolue dans une équipe gagnante, on est davantage vu. C’est positif dans une carrière d’avoir l’étiquette d’un champion», témoigne celui qui était âgé de 25 ans lors de sa conquête.

La saison suivante, il est demeuré avec le Rampage de San Antonio, dans la LAH, cumulant 34 points. Il a ainsi fait son chemin jusqu’à Laval.

Éternel positif

Bien que Belzile soit animé d’une énergie positive quasi irrationnelle par moment, comme il le dit si bien, son histoire aurait pu prendre une tournure différente à l’aube de la saison 2013-2014, qui l’a envoyé jusqu’en Alaska.

Après qu’il eut terminé sa première campagne chez les pros avec les Bulldogs, à Hamilton, une commotion cérébrale au camp d’entraînement l’a forcé à manquer cinq mois d’activités.

«Je croyais être monté dans la roue de la Ligue américaine. Tout allait bien et, soudainement, il fallait tout recommencer. J’ai perdu une année complète. Je suis retourné dans la ECHL à Gwinnett et, certains matchs, je n’étais même pas dans l’alignement. C’était très dur sur le moral», raconte celui qui a mis deux ans avant de revenir dans la LAH.

«Je suis resté positif, a-t-il soutenu. Je devais me convaincre que ce serait payant à long terme. J’avais 22 ans. Je savais que la route vers la LNH serait longue. J’avais du temps.»

Derrière chaque homme...

Dans ce moment plus sombre où il n’a jamais baissé les bras et pensé à un plan B, il était solidement épaulé par sa copine, Marie-Christine Ouellet-Bélanger, avec qui il partage sa vie depuis son stage junior à Rimouski. Elle l’a suivi aux quatre coins de l’Amérique. Le 20 novembre prochain, ils célébreront d’ailleurs leurs neuf ans de vie commune.

«Elle sera contente que je me souvienne de la date, s’est exclamé Alex en blaguant. Elle m’a toujours encouragé et appuyé sans afficher un doute. Ma vie est le hockey. Elle veut que je fasse ce que j’aime en montrant une bonne attitude.

Je suis maintenant aux portes de la LNH. Je suis heureux et fier d’y être. Je suis en quelque sorte récompensé.»

Maturité payante

Dans son parcours parsemé d’obstacles, Belzile affirme avoir appris de grandes leçons. Joël Bouchard estime que la maturité l’amène aussi à se surpasser. L’attaquant n’est pas au même point de sa carrière que les Poehling, Evans et Primeau.

«C’est son véritable gagne-pain. Le hockey, c’est sa job, sa vie », admet le volubile instructeur à propos de celui qui a signé un contrat à deux volets de la LNH de 175 000 $. «Il est passé d’un contrat de la ECHL à un contrat de la LNH. C’est pas mal plus intéressant.

Mais Alex ne joue pas pour l’argent, poursuit-il. Il sait comment ça fonctionne. Il n’est pas cave. Il est investi à 100 % dans ce qu’il fait. C’est pourquoi il accomplit bien son travail.»

Parmi les raisons des succès de Belzile, l’instructeur dénote sa capacité à accomplir ces petits détails dont on ne peut pas toujours s’apercevoir dans le feu de l’action. En les répétant correctement, il accroît son taux de réussite, et sa courbe de progression grimpe en flèche.

Bouchard ne peut prédire le futur. Il sait toutefois qu’Alex peut parvenir à la Ligue nationale en poursuivant sa progression et en travaillant sans relâche.