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Vigneault, Therrien et Laperrière, les «Rocky» de Philadelphie

Publié | Mis à jour

Rocky Balboa, personnage mythique incarné par Sylvester Stallone, dépasse la fiction. Gagnant de l’Oscar du meilleur film en 1976, avec un budget dérisoire, Rocky reste lié à Philadelphie. Sa statue, qui est de retour près des marches du Musée des arts, fait partie des cartes postales de la ville.

À deux jours de l’ouverture de la saison des Flyers à Philadelphie, Alain Vigneault, Michel Therrien et Ian Laperrière ont posé aux côtés du monument. Entre deux touristes à la recherche du parfait cliché pour une publication sur Instagram, les trois entraîneurs ont accepté de se prêter au jeu.

Ils l’ont fait avec le sourire, dans la bonne humeur et dans un anonymat assez relatif. Il y avait toutefois plus de visiteurs venus de la Chine ou du Mexique à cette heure que d’inconditionnels des Flyers.

Le personnage de Rocky incarne la détermination, le courage et la force. Le boxeur est tombé plus d’une fois au tapis dans ses films. Même le Russe Ivan Drago n’a pas réussi à le détruire malgré plusieurs droites percutantes. Dans la vie de tous les jours, Vigneault, Therrien et Laperrière ont aussi eu à se relever d’épreuves difficiles, derrière un banc, comme joueur ou dans le quotidien.

Les trois entraîneurs des Flyers ont partagé leur moment «Rocky».

Du Canadien à la LHJMQ

Assis dans son bureau au centre d’entraînement des Flyers à Voorhees, Vigneault a replongé dans ses souvenirs plus douloureux.

«Quand je me suis fait mettre dehors du Canadien (novembre 2000), je me suis retrouvé au tapis, a-t-il raconté en entrevue au Journal. Je n’ai pas trouvé d’ouvrage pendant six mois. Il n’y avait aucun débouché. La famille Savard m’a sorti de mon sans-emploi pour me ramener au Centre Bell, mais comme coach du Rocket de Montréal. Je passais d’une foule de 21 000 personnes pour le Canadien à 1000 personnes pour le Rocket. L’année suivante, je suis parti pour l’Île-du-Prince-Édouard avec le Rocket, encore dans la LHJMQ.»

«Tu peux nommer ça un moment Rocky ou tout simplement un moment difficile. Premièrement, je traversais un divorce dans ma vie personnelle. Deuxièmement, je ne sais pas si j’avais vraiment du mérite. Je retournais simplement travailler. Mon père m’a toujours dit que travailler, c’est honorable. J’avais besoin de travailler puisque je devais payer des factures. Le seul endroit où je pouvais trouver un boulot, c’était le Rocket de Montréal. Je me suis donc retrouvé là.

«Après, j’ai remonté les échelons. J’ai accepté un poste avec le Moose du Manitoba, l’équipe-école des Canucks. Un an plus tard, je dirigeais les Canucks. Quand tu es un père de famille, tu dois partir où il y a de l’ouvrage. Moi, mon travail et mon métier, c’est de coacher. Ils voulaient de moi avec le Rocket à Montréal et ensuite à Charlottetown. Est-ce que j’aurais aimé mieux rester plus proche de mes deux filles ? Je dirais oui à 100 %. Mais je devais partir pour travailler. Comme n’importe qui, je devais rapporter de l’argent au moulin !»

Grimper dans des poteaux

Une petite porte s’ouvre et on entre dans la salle des entraîneurs adjoints. On y retrouve Michel Therrien.

«Je me suis toujours battu dans la vie, a-t-il lancé fièrement. Je me suis battu, mais je suis un privilégié. J’ai toujours réussi à m’entourer de bonnes personnes. J’ai eu cette chance et ce flair. Ça remonte à mes années dans le junior avec les frères Morrissette.»

«Avant mes années comme entraîneur, je travaillais pour Bell, a-t-il continué. Je grimpais dans des poteaux et j’avais le vertige. Je savais que ce n’était pas trop ma destinée ! Je ne pouvais pas m’imaginer où je suis plusieurs années plus tard. J’ai travaillé fort et je me suis donné cœur et âme. Mais je n’aurais jamais cru très humblement vivre tout ce que j’ai déjà vécu.»

Après une pause, l’adjoint de Vigneault poursuit sa réponse.

«Je suis souvent tombé au tapis, a dit Therrien. Ça nous arrive à tous. Il y a des chemins cahoteux pour tout le monde, pas juste les coachs. C’est la réalité de la vie.»

«Je suis heureux de mon parcours. J’apprécie cette nouvelle chance à Philadelphie. J’apprends à découvrir la culture des Flyers. Lors de notre voyage en Europe pour un match préparatoire et le premier match de la saison, j’ai parlé avec Bobby Clarke. Il était encore là ce matin, j’ai pris un café avec lui. Ils sont tellement fiers des Flyers. C’est la même chose pour Paul Holmgren. Ils sont l’image des Flyers. J’aime ça les voir autour de nous.»

Une contusion au cerveau

À sa septième saison comme entraîneur adjoint avec les Flyers, Ian Laperrière a redéfini le mot courage à plusieurs reprises. Au printemps 2010, il était revenu au jeu quelques jours après une contusion au cerveau, conséquence d’un tir frappé de Paul Martin, des Devils du New Jersey, directement à la tête.

«Mon moment Rocky, c’est quand j’ai reçu une ovation au deuxième tour des séries contre Boston. Je n’avais pas joué face aux Bruins, mais on m’avait présenté à la foule. J’ai juste joué un an pour les Flyers, je n’ai pas passé 20 ans avec eux. Mais c’est comme s’ils me disaient que je faisais partie de la ville. J’imagine que les gens de Philadelphie s’identifiaient à mon courage. Ça m’a toujours touché.»