Photo : Bjorn Borg et Roger Federer Crédit : AFP

Paul Rivard

Coupe Laver: David contre Goliath?

Coupe Laver: David contre Goliath?

Paul Rivard

Publié 19 septembre
Mis à jour 19 septembre

La troisième édition de la Coupe Laver sera disputée depuis Genève, en Suisse. Les vendredi, samedi et dimanche 20, 21 et 22 septembre, se succéderont à l’écran de TVA Sports une douzaine des meilleures joueurs mondiaux, dont deux des trois hommes qui règnent sans partage sur ce sport depuis près de deux décennies, Roger Federer et Rafael Nadal (39 titres du Grand Chelem sur 66 événements).

Créé en 2017, ce spectaculaire événement de trois jours est un véritable régal pour tout amateur puisqu’il offre des confrontations entre plusieurs vedettes du tennis professionnel masculin, un format innovateur, aussi intéressant qu’efficace.

Le tout dans une ambiance où se mêle compétitivité et camaraderie bon enfant.

L’équipe Europe, menée par un joueur-promoteur-légende, nul autre que Federer, a mérité les honneurs des deux premières éditions, disputées respectivement à Prague (2017) et Chicago (2018)

L’Europe, largement favorite

Et il faudrait un petit miracle pour que le trophée ne soit pas levé pour une troisième fois par Roger et ses équipiers européens drapés du chandail bleu. Car les tennismen en rouge du «Monde» seront encore une fois les négligés. Largement.

Plus loin, j’expliquerai en quoi résidera la seule chance des soldats du capitaine John McEnroe, mais d’abord, il faut jeter un rapide coup d’œil aux classements des Européens dans les deux listes de participants. Et il ne faut pas être un grand connaisseur de tennis pour comprendre que la disparité est presque effrayante.

Tous les guerriers du capitaine Bjorn Borg sont nichés dans les 11 premières positions mondiales, INCLUANT le substitut. Leurs rivaux sont logés entre les 20e et ...210e échelons!

«AYOYE!» pourrait clamer notre sympathique collègue Michel Bergeron...

Équipe Europe

Rafael Nadal (2e)
Roger Federer (3e)
Dominic Thiem (5e)
Alexander Zverev (6e)
Stefanos Tsitsipas (7e)
Fabio Fognini (11e)
Substitut: Roberto Bautista Agut (10e)
Capitaine: Bjorn Borg

Équipe Monde

John Isner (20e)
Milos Raonic (24e)
Nick Kyrgios (27e)
Taylor Fritz (30e)
Denis Shapovalov (33e)
Jack Sock (210e MAIS... 37e – en double)
Substitut: Jordan Thompson (53e)
Capitaine: John McEnroe

Crédit photo : AFP

Mais... (car il y a un «mais») les seules chances pour l’équipe Monde réside dans 1) la chance, justement, 2) dans leur performance en double grâce à leurs puissants serveurs et, enfin 3) dans la fameuse troisième journée.

Car, comme vous le verrez un peu plus loin dans le rappel des règlements en vigueur, le nombre accru de points alloués pour une victoire, au cours de la troisième et dernière journée, permettrait aux négligés vêtus du chandail rouge de pouvoir combler un retard important à l’issue de la première ou/et de la deuxième journée.

C’est exactement ce qui était arrivé lors de la première édition, à Prague en 2017. Après le jour 2, l’Europe avait une confortable avance de 9-3 au pointage. Mais Nick Kyrgios n’était qu’à deux points (face à Federer) de créer une égalité de 12-12 et forcer la tenue d’un match spécial (une seule manche) en guise de prolongation.

D’où le titre de ce texte...

Félix décline... Denis de retour

Quelques mois avant la première édition, il y a deux ans, un jeune gaucher venait de se révéler au monde en atteignant la demi-finale d’un tournoi «ATP Masters 1000», devant ses compatriotes, ici même à Montréal. Il n’en fallait pas plus pour que le blond et charismatique adolescent soit invité à Prague.

Puis, 24 mois plus tard, copié-collé avec un autre jeune loup canadien. Il s’appelle Félix Auger-Aliassime et il a bondi encore plus haut que son ami «Shapo» en cette année émergente. Et il a aussi reçu une invitation.

Auger-Aliassime a donc reçu lui aussi une invitation. Mais il l’a déclinée, à la grande surprise de la planète tennis.

Lors d’un passage à Québec, le 14 septembre dernier, Félix a justifié cette décision alors qu’il rencontrait les médias dans le cadre d’une cause qui lui tient à cœur, l’Académie Hérisset-Bordeleau.

«Je n’ai encore rien gagné, même si j’ai réussi à me hisser dans le top 20 mondial, a-t-il précisé avec son humilité proverbiale. Je préférais plutôt me consacrer à l’entraînement, participer à cette cause, ici à Québec, où j’ai grandi, puis amorcer le dernier droit de la saison.»

Voilà bien une attitude de retenue comme le clan Auger-Aliassime nous y a habitués depuis quelques années, alors qu’on voyait en lui ce phénomène en devenir.

Quant à Shapovalov, il a été réinvité et tentera donc de participer à une première conquête de l’équipe Monde, en compagnie de son vétéran compatriote Milos Raonic.

Denis sera servi comme première journée : un simple contre Dominic Thiem et un double, en compagnie de Jack Sock, face au duo Federer-Zverev.

Un rappel du concept

Cet événement a été pensé et organisé par Federer lui-même, conjointement avec son agence de promotion «Team 8», dirigée par Tony Godsick, le partenaire et ami du tennisman suisse.

- Bâti sur le principe de la Coupe Ryder de golf, il s’agissait de créer un événement par équipe, par lequel l’amateur vivrait des situations captivantes, difficiles à retrouver dans certains tournois, tout en y ajoutant l’élément de saine camaraderie, au sein d’une compétition. Et, tout juste après la quatrième et dernière levée du Grand Chelem de la saison, à New York. Ce dernier critère a certes soulevé plusieurs critiques puisqu’il jetait de l’ombre à l’ancien format de la Coupe Davis dont les matchs de barrage se déroulaient habituellement à cette période.

- Chaque jour, on y programme trois matchs de simple et un match de double. À la différence près que chaque victoire du jour 1 donne un point... chaque victoire du jour 2 donne deux points et chaque victoire du jour 3 donne trois points.

- À 1-1 dans les manches, on dispute un bris d’égalité de 10 points.

- S’il s’avère que les équipes sont à égalité 12-12 après les 11 premiers duels, on dispute un match de double décisif. Mais ce match ne sera que d’une seule manche, régulière, se décidant au traditionnel bris d’égalité si elle se rend à 6-6.

Vous aurez compris que, contrairement à des matchs de la Coupe Davis ou la réalité de tournois du Grand Chelem, pas question ici de traîner avec des matchs de trois ou quatre heures. Car, qui dit nouveau tournoi dit marketing et télévision.

Et force est d’admettre que le succès des deux premières éditions a prouvé le bien-fondé de cette démarche. 

Crédit photo : AFP