Tennis

Félix inspiré par Bianca

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La victoire de Bianca Andreescu aux Internationaux des États-Unis la semaine dernière n’a pas qu’inspiré les jeunes raquettes canadiennes en devenir, elle a aussi confirmé à son compatriote et 21e joueur au monde, Félix Auger-Aliassime, qu’il était possible d’atteindre le sommet en ayant été développé au Canada.

Andreescu a en quelque sorte confirmé que l’ascension du tennis canadien n’était pas de la frime et plusieurs s’attendent déjà à ce qu’un représentant masculin de la feuille d’érable suive ses pas rapidement. Évidemment, les noms d’Auger-Aliassime et Denis Shapovalov sont ceux qui reviennent le plus souvent.

«C’est inspirant de voir ce que Bianca a fait, a exprimé celui qui était de passage à Québec samedi pour y offrir un atelier à des jeunes de l’Académie de tennis Hérisset-Bordeleau, que dirige son père Sam Aliassime.

«Je lui ai écrit un message pour la féliciter et la remercier de l’inspiration qu’elle est pour moi, mais aussi pour d’autres joueurs, dont Shapovalov. Elle nous a prouvé que c’était possible. On a grandi avec elle, on a fait des tournois juniors ensemble, et de la voir gagner à ce niveau, c’est très inspirant pour moi.»

Il n’y a rien de garanti ou d’assuré dans le sport, mais la progression de l’athlète, qui vient tout juste d’avoir 19 ans, donne assurément l’espoir que le meilleur est à venir. Toutefois, avant de remporter un tournoi du grand chelem, il devra trouver un moyen de détrôner l’un des trois ténors de l’ATP, soit Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer. Ces abonnés aux finales des tournois majeurs ont remporté les 12 derniers tournois du grand chelem.

Battre le Big Three

Si certains croient qu’il sera impossible d’atteindre le niveau de ce «Big Three» réunissant les trois joueurs considérés comme les meilleurs de l’histoire du tennis, Auger-Aliassime demeure confiant.

«Je me dis que si on leur avait demandé, quand ils avaient mon âge, s’ils auraient pensé gagner 19 ou 20 tournois du grand chelem, je ne pense pas qu’ils auraient dit oui. On verra ce que l’avenir nous réserve. J’essaie de faire les choses du mieux que je peux et d’optimiser mes chances de devenir le meilleur joueur possible.

«Si le meilleur joueur que je peux devenir gagne dix grands chelems, ce sera tant mieux. Mais je ne peux pas savoir. Pour l’instant, leur niveau semble inatteignable, mais si j’y vais pas à pas, peut-être que j’y arriverai un jour.»

Présent à l’événement samedi, son entraîneur Guillaume Marx a lui aussi fait preuve de beaucoup d’optimisme quant à l’avenir de son protégé.

«Ces joueurs sont des talents d’exception, assure-t-il en parlant de Djokovic, Nadal et Federer. Cela étant dit, je pense que Félix en est capable, car il est un talent d’exception lui aussi. Après, il faut rester sur le bon chemin et savoir être patient.

«C’est la recette des meilleurs joueurs, ils ne se laissent pas détourner de leurs objectifs.»

Gérer les attentes

Il ne fait aucun doute que Félix Auger-Aliassime est déjà considéré comme une méga vedette de son sport. Certains des plus grands magazines et quotidiens du monde se l’arrachent pour des entrevues.

Il s’agit là d’un nouvel aspect à gérer pour le Québécois.

«Ça se passe plutôt bien de ce côté, a-t-il assuré. La base reste de demeurer la même personne, de continuer à faire ce que je faisais bien et de poursuivre mon chemin. Par contre, oui, il y a un ajustement à faire pour gérer la pression médiatique.

«J’ai beaucoup de discussions avec mes entraîneurs et ma psychologue sportive à ce sujet. Je dois apprendre à avoir une étanchéité face à la pression que certaines personnes de l’extérieur vont mettre ou certains commentaires qui seront faits.»

Auger-Aliassime mettra le cap sur l’Asie dans les prochains jours où il participera à une série de tournois en sol chinois, à commencer par l’Omnium de Chengdu qui se met en branle le 23 septembre. Sa saison prendra fin avec les finales de la Coupe Davis, à la fin du mois de novembre.

Une pause bénéfique

Félix Auger-Aliassime avait mentionné ressentir de la fatigue mentale récemment, dont après sa défaite au premier tour du US Open face à Denis Shapovalov. Il a pris les dernières semaines pour se reposer, retourner à l’entraînement, mais surtout, revenir aux sources chez lui, à Québec.

Le Québécois n’était assurément pas obligé de venir dans la Vieille Capitale pour y rencontrer les jeunes raquettes de l’académie de son père, à travers un horaire extrêmement chargé. Mais il tenait à le faire.

«C’est important pour moi de revenir et voir le fruit de nos investissements et de voir ce qui se fait à l’académie de mon père, a-t-il expliqué. Je suis aussi très heureux de revoir certains visages connus ici.»

L’athlète ne se le cache pas, Québec est un endroit particulier pour lui.

«Pour moi, Québec, ça représente plusieurs lieux importants, le Club Avantages, la maison de mon père. Ça représente beaucoup de souvenirs incroyables de mon enfance, et c’est ici que j’ai fait mes débuts au tennis. Après l’école, c’est ici que je passais la fin de mes journées.

«C’est plus que le tennis pour moi et c’est ce que je veux que les jeunes d’ici retiennent. Oui, j’ai ma carrière et je suis déménagé, mais ça demeure l’un des plus beaux souvenirs de ma vie.»

De son côté, un des cofondateurs de l’Académie Hérisset-Bordeleau, Jacques Hérisset, était aux anges à cause de la présence de celui qu’il a vu évoluer au sein de l’académie pour laquelle il œuvre toujours à titre de consultant.

«Quel personnage le fun! Il fait ça de façon détendue et se prête au jeu. Pour Félix, de redonner au suivant, ça date de plusieurs années», a-t-il indiqué.

Croire en ses rêves

Auger-Aliassime a pris le temps d’échanger des balles avec les jeunes de 5 à 10 ans inscrits à l’atelier de samedi. Il a ensuite participé à un tournoi de type Pro-Am dans l’après-midi servant à amasser des fonds pour aider le développement des joueurs à l’Académie Hérisset-Bordeleau dans l’espoir, peut-être, de développer de prochains Félix.

Mais d’ici là, le 21e joueur au monde tient à ce que les petits se souviennent d’une chose : il faut d’abord et avant tout s’amuser et ne pas se prendre au sérieux.

Et s’il avait un conseil à donner au Félix de 10 ans, quel serait-il ?

«Je me pose souvent cette question, a-t-il confié. Je répéterais d’être patient, que les choses vont arriver quand elles doivent arriver. J’étais un peu impatient à l’époque parce que tu es dans l’action et tu veux des résultats immédiats.

«Il faut donc que les jeunes fassent preuve de patience et croient en leur travail, parce que c’est ce qui va les mener où ils veulent.»

Un premier titre dans la ligne de mire

La saison 2019 de Félix Auger-Aliassime est loin d’être terminée, et il a un objectif bien précis pour la conclusion de cette année.

«J’aimerais remporter un premier titre, a-t-il indiqué. J’ai déjà fait trois finales cette année et j’aimerais enfin récolter ma première victoire sur le circuit de l’ATP. Pour ce faire, je devrai jouer du bon tennis. Ça, c’est la première chose. Ensuite, si je le fais, j’arriverai à me donner une chance.»

Le Québécois avait atteint la première finale de sa carrière sur le circuit de l’ATP à Rio de Janeiro en février dernier, s’inclinant face à Laslo Djere. Il a ensuite disputé le match ultime à Lyon en mai (défaite contre Benoît Paire), puis à Stuttgart en juin (revers contre Matteo Berrettini).

Crédit photo : DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QUEBEC

Pas de Coupe Laver

Auger-Aliassime a pris la décision de ne pas participer à la Coupe Laver à Genève du 20 au 22 septembre prochains. Pour lui, certaines autres étapes doivent être franchies avant d’accepter ce genre d’invitation.

«Je préférais me reposer et m’entraîner, participer à des événements comme ici [à Québec]. Je suis encore jeune, et beaucoup de gens veulent mettre la charrue avant les bœufs. Ils veulent faire des choses qui sont bien pour des joueurs installés sur le circuit et qui ont gagné plusieurs tournois dans leur carrière.

«Je n’ai toujours pas gagné de titres, je ne compte pas plusieurs années d’expérience sur le circuit. Pour ma première vraie année sur le circuit, je trouvais plus logique de m’entraîner et de poursuivre mon développement en participant à des tournois ATP.»

La Coupe Laver est un tournoi opposant deux équipes, l’une formée de joueurs natifs d’Europe et l’autre, de raquettes natives du reste du monde. Denis Shapovalov représentera l’équipe Monde, pour une deuxième année consécutive.

La demande du paternel

Sam Aliassime le reconnaît : le Québec possède des infrastructures de tennis intérieur qui n’ont rien à envier à plusieurs autres endroits dans le monde. Mais, à l’extérieur, c’est une autre paire de manches, et il croit que des investissements en ce sens devront être faits si le Québec désire produire plus de joueurs de haut niveau comme son fils.

«Malheureusement, on a plus de difficultés à développer le tennis l’été que l’hiver. Il faut qu’on ait plus de terrains extérieurs pour que les enfants puissent y faire des tournois dans le but, un jour, de participer à des compétitions de haut niveau.

«Ça prend des infrastructures de qualité pour rassembler le plus d’enfants possible dans un parc. De ce côté, on n’est pas gâtés ici», a-t-il déploré.