Zachary Lauzon

Photo : Zachary Lauzon Crédit : AFP

LHJMQ

Zachary Lauzon se prépare pour sa deuxième vie

Zachary Lauzon se prépare pour sa deuxième vie

Mikaël Lalancette

Publié 11 septembre
Mis à jour 11 septembre

Il y a deux ans, Zachary Lauzon vivait le rêve de tous les jeunes passionnés de hockey en enfilant un uniforme d'une équipe de la Ligue nationale de hockey.

Les Penguins de Pittsburgh en faisaient leur choix de deuxième tour, la 51e sélection au total. Les Canadiens de Montréal l'avaient aussi dans leur mire, mais Lauzon n'était plus disponible quand ils ont sélectionné Josh Brook (au 56e échelon) et Joni Ikonen (au 58e rang).

Le défenseur natif de Val-d'Or en Abitibi croyait son rêve à portée de main.

Mais le château de cartes, monté après des années d'efforts, s'est affaissé.

Les symptômes d’une commotion cérébrale et d'une entorse cervicale subies durant l'année de son repêchage lui ont pourri la vie. Il a été tenu à l'écart de la patinoire pendant des mois, ne sachant plus quand il pourrait à nouveau s'entraîner et jouer.

Pendant deux ans, il a lutté. Il s'est accroché à son rêve, désireux de signer un premier contrat professionnel avec l'équipe qui lui a fait confiance.

Le défenseur gaucher a effectué un retour au jeu la saison suivante, disputant 30 matchs avec les Huskies de Rouyn-Noranda à 18 ans.

Il a tout essayé

Trente matchs, entremêlés de rencontres avec les spécialistes. Des rendez-vous à la tonne. Une armée de chiropraticiens, d’ostéopathes, de physiothérapeutes, de neurologues, de psychologues du sport et de tout ce que vous voudrez. Il a tout essayé.

Y compris des rencontres avec le docteur Ted Carrick, le médecin qui a travaillé avec Sidney Crosby lors de ses épisodes de symptômes de commotion...

Quand il a touché le fond du baril l'an dernier, Lauzon a pensé tout lâcher. Son corps lui lançait des messages, comme cette fracture du pied subie alors qu'il pensait remonter la pente. Mais le verbe «abandonner» ne fait pas partie du dictionnaire de la famille Lauzon, des Abitibiens fiers et combatifs.

Les Penguins ne lui ont pas offert de contrat cette année, mais ils lui ont tout de même lancé une invitation en vue de leur camp des recrues. Il est devenu libre comme l'air, mais dans son cœur il est toujours un membre de l'organisation qui lui a fait confiance en juin 2017.

Le jeune homme, qui aura 21 ans en octobre prochain, s'est ensuite entendu avec l'Université du Nouveau-Brunswick, désireux de préparer la suite des choses tout à coup que sa santé ne lui permettait pas de revenir au sommet.

«Je me suis fait la promesse que j'allais être honnête avec moi-même, confie-t-il. J'étais confiant, j'avais hâte de me tester. En même temps, j'étais réaliste pour la suite.»

Dès la première séance d'entraînement, fin août, les maux de tête et les étourdissements sont revenus.

Quelques heures plus tard, le verdict est tombé comme une fatalité. Lauzon a pris la décision la plus difficile de sa vie : il allait accrocher ses patins et s'éloigner du hockey.

«La décision la plus difficile mais la plus intelligente à prendre», précise-t-il.

Se retirer la tête haute

Il se retire la tête haute, fier d'avoir pu être repêché par une équipe de la LNH.

Zachary Lauzon aura lutté contre son corps de toutes ses forces.

Ce défenseur complet, reconnu pour son caractère et son amour du jeu physique, ne pouvait hélas plus encaisser de chocs.

«Je n'étais plus à l'aise de prendre des contacts routiniers. Je changeais mon jeu. Je me sentais fragile.»

Il se retire néanmoins rempli de fierté.

«Je suis fier d'être allé jusqu'au bout, explique-t-il. C'est une décision mûrie. C'est plate car la passion est encore là. J'aurais pu jouer au hockey encore longtemps, mais je ne suis plus prêt à prendre de chances et à subir la commotion de trop.»

Un battant

Dans ces trois années à broyer du noir, Lauzon a grandi comme être humain.

«Mentalement, j'ai vraiment vieilli, philosophe-t-il. J'ai appris à me connaître et à développer d'autres champs d'intérêt que le hockey.»

L'Université du Nouveau-Brunswick lui a proposé de demeurer dans l'entourage de l'équipe, tout en continuant de subir des traitements, mais il a préféré rentrer chez lui, à la maison, où ses parents l'ont accueilli à bras ouverts.

«Je pense qu'ils sont fiers de moi, observe-t-il. Leur objectif numéro un, c'était que je n'aie aucun regret. Ils m'ont supporté beaucoup avec les traitements. Quand je lui ai annoncé ma décision, j'ai senti que ma mère était contente et soulagée.»

Zachary Lauzon a aussi reçu le support de ses agents, Pat Brisson et André Ruel, et de l'organisation des Penguins. Il a été épaulé du début à la fin.

«Je suis super fier et choyé d'avoir pu être repêché par les Penguins, une équipe qui considère vraiment le côté humain, fait-il remarquer. On a tous vu comment ils ont agi avec l'état de santé de Mario Lemieux, Kristopher Letang et Sidney Crosby. Jamais ils ne m'ont pressé.»

Tout rêve qui s'éteint est suivi par une période de deuil.

Ce deuxième d'une famille de trois hockeyeurs (son frère Jérémy évolue dans l'organisation des Bruins de Boston depuis 2015 et Émile est un attaquant des Foreurs de Val-d'Or dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec) en est bien conscient.

«Je vais délaisser le hockey un petit bout, dit celui à qui on a offert des fonctions d'entraîneur. J'en ai assez donné dans les dernières années. Je vais préparer ma deuxième vie.»

Une deuxième vie qui, j'en suis convaincu, sera aussi réussie que la première. Car Zachary Lauzon se bat toujours jusqu'à la fin.