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Une année de vérité pour Marc Bergevin

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Les Canadiens suscitent la même question que l’an dernier à l’approche du camp d’entraînement. Seront-il des séries le printemps prochain? Sauf que la donne n’est pas la même cette année. Après être passé si près de l’objectif la saison dernière, le Tricolore se doit maintenant de l’atteindre. C’est primordial.

C'est jour de rentrée pour les Canadiens, qui tiennent leur traditionnel tournoi de golf à Laval-sur-le-Lac. TVA Sports vous présente une émission spéciale à compter de 9h.

Les amateurs n’ont pas trop rouspété à la fin de la dernière campagne, car ils ont vu une équipe qui jouait à fond de train la plupart du temps. Cela a eu l’effet d’un baume par rapport à la saison désastreuse que les Canadiens avaient connue l’année précédente.

La pilule a mieux passé. Mais les fans en voudront plus de leur équipe cette saison. Ils ne s’attendront à rien de moins qu’une participation aux séries.

Un recul serait inacceptable. Le Tricolore a déjà raté les séries trois fois au cours des quatre dernières années.

C’est déjà trop.

Une quatrième exclusion en cinq ans ferait probablement déborder le vase. Surtout s’il fallait que le manque à gagner soit de plusieurs points.

Price et Weber ont peu de temps

C’est une année de vérité pour Marc Bergevin. Il en va de même pour Claude Julien. Geoff Molson a beau se dire optimiste pour les «trois à huit prochaines années», il n’apprécierait sûrement pas de vivre une autre année sans du hockey des séries dans son Centre Bell. Si cela se produisait, accorderait-il une autre chance à Bergevin ? La question se pose.

Avant de partir en vacances en avril dernier, Carey Price et Shea Weber ont dit que le temps commençait à presser en ce qui a trait à leurs chances de remporter la Coupe Stanley. Dans trois ans, Price sera âgé de 35 ans. Weber aura pour sa part 37 ans. Pour eux, l’avenir, c’est le plus vite possible.

Bergevin le sait très bien. Ce n’est pas pour rien qu’il a soumis une offre hostile à Sebastian Aho. C’était peut-être le seul moyen aussi dont il disposait pour mettre le grappin sur un joueur de qualité supérieure.

Pour toutes sortes d’excuses que l’on connaît bien, Montréal n’est pas une destination prisée par les joueurs autonomes sans compensation. De plus — et il faut être d’accord là-dessus avec Bergevin —, les mauvais contrats sont trop souvent ceux qui se donnent le 1er juillet.

Le flambeau est aux jeunes

Dans une Ligue nationale qui n’a jamais été aussi jeune, les joueurs autonomes avec compensation sont les meilleures cibles. Ils ont déjà fait leurs preuves et le meilleur est à venir. Ils ne veulent plus accepter des contrats passerelles.

Bergevin a tenté le coup avec Aho et il s’est retrouvé Gros-Jean comme devant. Son audace ne lui a pas rapporté. Il lui aurait peut-être fallu pousser son offre au maximum, mais il se serait aliéné ses homologues directeurs généraux.

Que faire ?

Ainsi, à ce jour, les deux mêmes besoins criants n’ont toujours pas été comblés. Il manque toujours un défenseur gaucher capable de jouer au côté de Weber et un attaquant de calibre pour l’un des deux premiers trios.

Plusieurs excellents jeunes joueurs demeurent sans contrat à quelques jours de l’ouverture des camps, mais on ne voit pas comment Bergevin pourrait acquérir l’un d’entre eux par voie de transaction.

Ça lui coûterait un bras et une jambe ! Genre un joueur établi et un bon espoir.

Rien ne dit qu’il ne bougera pas au cours des prochains jours. Le nom de Jason Pominville circule, mais le Repentignois d’origine aura 37 ans à la fin novembre.

Andrei Markov aimerait revenir à Montréal pour y terminer sa carrière, mais Bergevin aurait dû retenir ses services il y a deux ans. Il est probablement trop tard aujourd’hui. Markov n’a sûrement pas gagné en vitesse à l’approche de ses 41 ans.

Pour le moment, Bergevin s’en remet aux effectifs qu’il a conservés à la fin de la dernière saison et aux nouveaux venus qu’il a ajoutés à sa formation pendant l’entre-saison, c’est-à-dire le gardien auxiliaire Keith Kinkaid, le défenseur Ben Chiarot et les attaquants Nick Cousins, Riley Barber et Phil Varone.

Les deux derniers sont destinés à jouer avec le Rocket de Laval.

Les astres devront être alignés

La course aux séries s’annonce d’autant plus difficile que des équipes comme les Panthers de la Floride et les Devils du New Jersey, qui n’étaient pas des séries la saison dernière, se sont sensiblement améliorées.

Les Flyers et les Sabres pourraient être aussi au plus fort de la lutte.

Il faudra que les astres soient bien alignés pour le Tricolore.

Price et Weber devront demeurer en santé et performer au meilleur de leurs capacités.

Brendan Gallagher, Max Domi, Philipp Danault, Tomas Tatar et Jeff Petry devront être aussi productifs que l’an dernier.

À Drouin de s’affranchir

L’heure de vérité a sonné aussi pour Jonathan Drouin. Son âge ne peut plus être invoqué comme excuse. À 24 ans, le temps est venu pour lui de s’affranchir. Il est le joueur qui pourrait faire la différence pour son équipe.

Une plus grande constance en termes d’efforts et de production serait de précieux atouts pour les siens. Il joue son avenir. Il n’en tient qu’à lui.

Il sera intéressant de voir comment Jesperi Kotkaniemi s’en tirera à sa deuxième saison dans la LNH. S’il échappe à la guigne qui s’abat souvent sur les joueurs de deuxième année, il pourrait servir bien la cause de son équipe.

En ce qui concerne Ryan Poehling et Nick Suzuki, il est tôt pour se prononcer. Le temps fera foi de tout dans ces deux cas. Chez les défenseurs, Chiarot devrait être un bon complément à Petry. Une bonne contribution de Kinkaid serait bienvenue. Des victoires de sa part seraient profitables au Tricolore, ainsi que pour Price, qui n’aurait pas à se taper presque tout le travail devant le filet.

Une solution pour l’attaque à cinq ?

Enfin, cette analyse ne serait pas complète sans un mot au sujet de l’attaque à cinq, qui a fait perdre de précieux points au Canadien la saison dernière.

A-t-on besoin de rappeler que le Tricolore a terminé avant-dernier à ce chapitre avec une pauvre moyenne d’efficacité de 13,3 % ? Seuls les Predators de Nashville ont fait pire (12,9 %).

Il faudrait bien trouver un moyen pour que ça débloque, cette affaire-là ! Si vous pensez avoir des solutions miracles, envoyez-les à Claude Julien.

Le repêchage ne garantit pas le succès

Geoff Molson voit l’avenir de son équipe en rose. C’est tout à fait légitime. Lorsqu’il se dit optimiste de voir le Canadien parmi les meilleures formations de la Ligue nationale dans les trois à huit prochaines années, c’est probablement les projections que lui ont faites ses hommes de hockey.

L’organisation a regarni sa banque d’espoirs au cours des trois derniers repêchages. Jesperi Kotkaniemi lui a donné raison de l’avoir choisi au troisième rang l’an dernier.

Comme bien des jeunes répertoriés parmi les cinq premiers choix, le Finlandais a fait la démonstration qu’il était prêt pour la Ligue nationale à 18 ans.

Alex Romanov, Jesse Ylönen et Jacob Olofsson ont été repêchés, tout comme lui, en 2018.

Ryan Poehling, Josh Brook, Cale Fleury, Cayden Primeau et Joni Ikonen proviennent de la cuvée 2017.

On dit aussi le plus grand bien de Cole Caufield, premier choix en juin dernier, et de Jayden Struble que le Canadien a sélectionné au deuxième tour.

S’ajoutent à ces noms Noah Juulsen, premier choix de 2015 dont le développement a été ralenti par des blessures, ainsi que Nick Suzuki, premier choix des Golden Knights de Vegas obtenu dans la transaction qui a envoyé Max Pacioretty dans la capitale du jeu.

Entre le rêve et la réalité

Combien parmi ces 13 joueurs se tailleront une place avec le grand club ?

Dans un monde idéal, ils y parviendraient tous, mais l’expérience nous a appris qu’il y a une différence entre le rêve et la réalité.

L’histoire dit aussi qu’il faut souvent beaucoup de temps pour remporter les grands honneurs. Les Blackhawks de Chicago et les Capitals de Washington ne sont pas devenus champions du jour au lendemain.

Les Oilers d’Edmonton et les Sabres de Buffalo, qui ont repêché plusieurs fois dans le top cinq ces dernières années, mettent du temps à s’implanter.

Les Oilers n’ont pris part aux séries qu’une fois en quatre ans avec Connor McDavid et Leon Draisaitl dans la formation.

Avant la séance de repêchage de juin dernier, les Sabres de Buffalo avaient bénéficié de six choix dans le top 10 en sept ans. Pourtant, ils ont raté les séries au cours des huit dernières saisons et rien ne garantit qu’ils en seront le printemps prochain.

Comme quoi il n’est pas facile de rebâtir.

De quoi espérer

Après plusieurs années d’insuccès avec ses premiers choix, le Canadien est sur une bonne lancée depuis 2015.

Juulsen (2015) et Poehling (2017) frappent à la porte. Kotkaniemi (2018) a déjà fait sa place avec le grand club.

Le premier choix de 2016, Mikhail Sergachev, qui a été échangé en retour de Jonathan Drouin, tire bien son épingle du jeu avec le Lightning de Tampa Bay.

Reste à Drouin de démontrer que le Tricolore a fait la bonne chose en allant le chercher.