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Bianca Andreescu écrit encore l'histoire

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Dire que Bianca Andreescu a eu besoin de tout son petit change pour défaire la Belge Elise Mertens mercredi est un euphémisme. Dans un match où elle a semblé moins énergique qu’à l’habitude, surtout au début, la raquette de 19 ans a tout de même trouvé le moyen de devenir la première Canadienne à atteindre la demi-finale des Internationaux des États-Unis depuis Carling Bassett en 1984.

Cette année-là, à New York, Bassett avait été défaite par Chris Evert en demi-finale.

Pour revenir à Andreescu, sa victoire ne fut pas une mince tâche. Sa rivale, qui n’avait échappé que 16 petits jeux en quatre matchs depuis le début du tournoi, a laissé une Andreescu un peu à plat émotionnellement sans réponse la plupart du temps.

Comme si tout ce qu’elle tentait fonctionnait. À plusieurs reprises, la Belge a frôlé la ligne avec des passings parfaits qui, pour certains, ont nécessité la reprise vidéo pour confirmer la précision.

Pendant ce temps, Andreescu n’était qu’une pâle copie d’elle-même.

Tel un rouleau compresseur, la Belge a mis un terme au premier acte au compte de 6-3.

Tout ça, dans une ambiance particulière au stade Arthur-Ashe, mercredi. Non seulement faisait-il très chaud et humide à New York, mais la foule présente, habituellement engagée et bruyante, semblait un peu distraite. Comme si la majorité des gens présents étaient assis en attendant le match suivant, celui entre Rafael Nadal et David Schwartzman. Comme si on était à la première partie d’un gros spectacle à venir.

Entre les échanges, on pouvait entendre un constant bruit de fond, les gens discutant allègrement pendant que les deux raquettes en décousaient sur le court.

Enfin de l'émotion

Après n’avoir démontré que très peu de la fougue et de l’énergie qui la caractérisent habituellement, on a senti un petit réveil de la Canadienne en début de deuxième manche. Dès le premier jeu, qu’elle a remporté au service, elle a lancé un «Come on!» bien senti en regardant son entraîneur, Sylvain Bruneau.

Ce fut par la suite une meilleure démonstration de talent d’Andreescu qui, après avoir vu Mertens niveler les chances à 2-2 après que la Canadienne eut entamé la manche en remportant les deux premiers jeux, a remporté les quatre suivants pour forcer une manche ultime.

«Let’s go! Come on!», s’est-elle alors écriée.

Comme si elle reprenait vie, petit à petit.

«Vraiment fière»

Nez à nez avec son adversaire lors des sept premiers jeux, Andreescu a réussi un bris fort important pour prendre les devants 5-3 et ainsi servir pour le match, ce qu’elle a fait avec succès. Une fois la victoire en poche, elle s’est retournée vers ses proches en leur demandant: «Est-ce la vraie vie?»

«Même au travers des moments difficiles, j’ai essayé de demeurer le plus optimiste possible. Si quelqu’un m’avait dit que je serais de la demi-finale des Internationaux des États-Unis, il y a un an, je lui aurais répondu qu’il est fou. Je suis vraiment fière de la façon dont j’ai géré les derniers mois, surtout avec les blessures, et que j’ai pu maintenir la même passion.»

Force de caractère

En l’emportant en trois manches mercredi, Andreescu a remporté ses 12 derniers matchs lorsque ceux-ci se rendent à la limite.

«Ça témoigne de sa combattivité, a analysé Sylvain Bruneau. Lorsqu’elle est poussée dans ses retranchements, elle offre souvent son meilleur tennis.»

Andreescu aura rendez-vous avec Belinda Bencic jeudi soir en demi-finale. L’autre match du carré d’as opposera Serena Williams et Elina Svitolina. La finale aura quant à elle lieu samedi.

D’ailleurs, avec cette victoire, la Canadienne est maintenant assurée de terminer le tournoi à l’intérieur du top-10 de la WTA. Si elle devait remporter la finale, elle pourrait grimper jusqu’au cinquième rang mondial.

Un rêve réalisé pour Bencic

La Suissesse Belinda Bencic savait que ce jour viendrait, mais peut-être pas aussi tard.

La prochaine adversaire de Bianca Andreescu, qui a défait la Croate Donna Vekic en deux manches de 7-6 et 6-3 mercredi, participera elle aussi à une première demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem en carrière.

En 2014, alors qu’elle n’était âgée que de 17 ans, elle était devenue la plus jeune quart de finaliste aux Internationaux des États-Unis depuis sa compatriote Martina Hingis en 1997.

Elle avait par la suite remporté ses deux premiers titres de la WTA en 2015 avant de faire son entrée dans le top 10 en février 2016, à seulement 18 ans. Mais les blessures, notamment au dos, au poignet et à un pied, ont passablement contrecarré ses plans par la suite.

De retour

Maintenant en santé, elle est de retour parmi la crème du tennis féminin.

Pour se rendre jusqu’au carré d’as à Flushing Meadows, elle a notamment montré la porte de sortie à la première joueuse au monde, Naomi Osaka, au quatrième tour.

«Je rêvais que ce jour arrive, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. J’ai travaillé fort pour en arriver là et ce n’est pas comme si je ne croyais pas en mes chances de le faire. Par contre, j’essayais de ne pas trop y penser et de rester dans le moment présent.»

Alors que c’était tout nouveau tout beau en 2014, Bencic avouait que le sentiment était différent mercredi de ce qu’elle a ressenti à l’âge de 17 ans.

«De jouer les quarts de finale à 17 ans était déjà un exploit. Je n’étais pas déçue après ma défaite. Aujourd’hui, j’étais très nerveuse avant le match, mais j’avais le sentiment que c’était à ma portée. C’est un sentiment incroyable», a mentionné la raquette de 22 ans qui a évidemment regardé avec attention la partie entre Andreescu et Elise Mertens mercredi soir.

«Andreescu a beaucoup de diversité dans son jeu», a-t-elle simplement analysé.

Dernière Suisse

D’ailleurs, peu de gens auraient misé sur le fait que Bencic serait la dernière raquette suisse à être toujours en vie en demi-finale, autant chez les hommes que chez les femmes.

Les défaites de Roger Federer et Stan Wawrinka, mardi soir, font en sorte qu’il ne reste que Bencic pour représenter sa nation.

«Je suis surprise autant que tout le monde. Ça aurait été vraiment bien si les gars avaient été en mesure de se rendre en demi-finale aussi. Je suis heureuse d’avoir l’opportunité de jouer pour eux. Je ne les laisserai pas tomber.»

Berrettini passe

Chez les hommes, Matteo Berrettini, 25e mondial, s’est qualifié pour sa première demi-finale de Grand Chelem en éliminant au terme d’un combat épique le Français Gaël Monfils (13e) 3-6, 6-3, 6-2, 3-6, 7-6 (7/5).

Au prochain tour, l’Italien de 23 ans affrontera le gagnant du duel entre Rafael Nadal (2e) et Diego Schwartzman (21e). Au moment de mettre sous presse, Nadal avait remporté le premier set 6-4 et menait 5-2 au second.