Ski et planche

Retour émotif pour Maxence Parrot aux X Games

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Les 12 séances de chimiothérapie qui le jetaient au plancher, les nausées des jours suivants, les cheveux et les sourcils qui tombent, l’inquiétude liée à sa maladie; Maxence Parrot a plongé au creux de la souffrance jusqu’à sa victoire récente contre le cancer. Quand il s’élancera du sommet de la rampe vertigineuse aux X Games de demain à Oslo, il aura sa propre définition d’un sport extrême.

Avec sa barbe de quelques jours et son sourire facile, le planchiste québécois n’a pas laissé la pluie maussade de jeudi brimer son plaisir à son arrivée au Telenor Arena. Depuis que les médecins lui ont annoncé sa guérison du lymphome de Hodgkin, au début de juillet, le seul bonheur d’être ici circulait en lui dans cet immense stade multifonctionnel d’une banlieue de la capitale de la Norvège, où se produiront demain les plus habiles casse-cous comme lui de la planche à neige, avec d’autres du ski, de la moto et du skateboard.

«Juste d’être ici et de "rider" avec les autres athlètes, je suis déjà très content. Peu importe ce qui va arriver, je vais être content d’être revenu dans ma carrière, mais c’est certain que mon but est de gagner ici. Je ne vais jamais à une compétition juste pour le plaisir d’y participer. Je la fais toujours pour gagner», a affirmé l’athlète de Bromont, en prévision du concours impliquant 10 concurrents, dont le Canadien Mark McMorris.

«J’ai eu envie de tout arrêter»

Jouer pour gagner, le vice-champion olympique nous y a habitués depuis longtemps, sauf que le défi qu’il vient de surmonter n’avait rien d’un jeu. Diagnostiqué de ce cancer maudit le 21 décembre 2018, Parrot a dû encaisser des décharges chimiques durant les six mois suivants, à coup d’une séance aux deux semaines.

Chaque traitement apportait son lot de désagréments durant cinq à six jours: maux de cœur et de tête, goûts fétides en bouche, sommeil sans arrêt de 13 à 14 heures. Il restait ensuite trois ou quatre jours pour retrouver un semblant de forme jusqu’à la visite suivante.

Même si 95 % de son cancer avait disparu après les six premiers traitements, les médecins lui ont expliqué qu’il devait continuer. Une minuscule tache restante aurait caché un risque de récidive. Pas le choix, il lui a donc fallu subir la balance du supplice, chaque fois de plus en plus difficile à encaisser, et qui lui fait dire, encore aujourd’hui, que «j’en avais assez».

C’est pour cette raison que, fraîchement sorti de ce calvaire, Parrot considère qu’il est encore trop tôt pour clamer sa fierté d’avoir maîtrisé la bête.

«La fierté, c’est quand tu regardes derrière pour quelque chose que tu as bien réussi. En ce moment, je ne regarde pas encore vers l’arrière. Je regarde vers l’avant. Je ne peux pas vraiment dire si je suis fier ou non. J’ai encore mon but en tête et il faut que je l’atteigne», a-t-il sagement observé en faisant allusion à son retour à la compétition.

Apprécier la vie... encore plus

Avec neuf podiums à ces prestigieux X Games, dont quatre médailles d’or à Aspen à l’épreuve de Big Air comme celle disputée samedi, l’athlète de 25 ans se connaît mieux que quiconque. Il ne se dit pas du genre émotif, alors aucun sentiment ne lui traversera le corps au moment de se produire devant les milliers de spectateurs qui l’attendront au bas de la piste.

Par contre, sa victoire contre la maladie a assurément façonné un nouvel homme.

«Il y a une chose de moi qui a changé, c’est que je m’assure vraiment de faire les choses que j’aime. J’appréciais déjà la vie énormément, mais maintenant, je l’apprécie encore plus. J’essaie de passer de plus en plus de bon temps, que ce soit avec mes amis ou sur ma planche. J’essaie de sourire plus.»

«Quand tu passes à travers cette chose, tu te rends compte que la vie est très précieuse. J’ai envie d’en profiter au maximum. Je suis pas mal certain que d’autres nouvelles choses vont sortir avec le temps, mais pour l’instant, c’est comme ça.»

Médaillé ou non, le résultat final de demain n’égalera jamais celui obtenu dans le cabinet du médecin au début de l’été.

Un documentaire sur son combat contre le cancer

En plus d’en incarner la preuve en chair et en os, Maxence Parrot veut prouver sa victoire contre le cancer grâce à un documentaire.

Du premier jour de chimiothérapie à son retour à la compétition de samedi aux X Games à Oslo, le planchiste de Bromont a laissé une caméra s’inviter dans sa vie jusqu’à cinq jours par semaine depuis le mois de janvier. Le but derrière ce «beau projet», évalué à quelque 450 000 $, se veut tout simple.

«Pour moi, c’était une façon de continuer ma carrière, même si je devais prendre une saison "off". Au moins, j’avais quelque chose. J’avais un projet. Ça me motivait à vaincre le cancer. Je me disais "si je le bats, on va le voir à la télé, et on va montrer comment je l’ai battu". Ça m’a aidé à passer au travers», a-t-il expliqué.

Des moments difficiles...

L’idée vient de l’athlète lui-même. Il a mis dans le coup son ami d’enfance avec qui il a effectué ses premières descentes en planche à neige, Antoine Senay-Latendresse, justement propriétaire d’une boîte spécialisée dans le domaine (Tarzan Studio).

Le documentaire d’une cinquantaine de minutes est destiné pour la télévision et des approches ont déjà été faites auprès de certains diffuseurs, selon Parrot. Le produit révélera les beaux moments comme les plus difficiles, a-t-il assuré. L’amitié a parfois aidé à mieux accepter la présence de la caméra.

«Souvent, tu n’as pas envie de voir qui que ce soit. Même pas ma copine. Il y a des moments où je voulais être complètement seul, mais j’avais pourtant une caméra dans la face! Ç'a été difficile. Quand j’étais à l’hôpital, la caméra était là. Quand je ne filais pas bien, la caméra était là. Au moins, ce sont des gars que je connaissais, ce qui a rendu la tâche plus facile», a-t-il raconté.

...d’autres plus joyeux

Il y aura aussi des scènes plus heureuses. Avec le coordonnateur Marc-Antoine Daignault, Laurent Désilet et Antoine Senay-Latendresse se sont partagé la captation d’images, tantôt dans la ville d’Oslo, tantôt pour accompagner Parrot au Telenor Arena où il confirmera son retour au jeu. Ils l’ont également suivi à Saas Fee en Suisse, durant la dernière semaine, lors de l’entraînement pour son retour sur la neige.

«Il m’est arrivé, à 2 h du matin, de visionner du matériel qu’on avait tourné, et je revois des scènes qui me font réaliser que Max a vécu quelque chose de très dur. Il donne pourtant l’impression que tout allait bien. La façon avec laquelle il a passé au travers est inspirante», a dit Senay-Latendresse, son ami désormais inséparable.

Presque seul

À part sa sœur et son copain, qui profiteront de vacances en Islande pour faire un crochet à Oslo, Maxence Parrot sera pratiquement seul pour effectuer son retour à la compétition. Dans l’assistance, il y aura également Jean-François Ménard, le psychologue sportif qui était à ses côtés aux Jeux olympiques de Pyeongchang lors de sa médaille d’argent à l’épreuve de slopestyle.

«C’est correct. J’aime être dans ma bulle durant des compétitions, ce qui me permet de garder le "focus". C’est sûr que mes parents vont vivre sur place un jour l’ambiance des X Games», prévoit toutefois le planchiste de Bromont.

Juste au bon moment

Ces X Games d’Oslo avaient été présentés au mois de mai en 2018. Déjà privé de participer à la prestigieuse édition hivernale à Aspen en janvier dernier, en raison de la maladie, Maxence Parrot croyait également devoir mettre une croix sur Oslo...jusqu’à ce qu’il apprenne que l’événement aurait plutôt lieu le 31 août cette année.

«Quand j’ai reçu leur invitation au mois d’avril, j’ai dit "c’est parfait, je veux y aller". C’est la compétition que tu ne veux pas manquer», a expliqué le Québécois, qui s’est investi dans un programme d’entraînement intensif dès les premiers jours de juillet.

«J’ai travaillé vraiment fort pour y arriver et je ne pourrais pas me sentir plus prêt. Si ça avait eu lieu un mois plus tôt et même une semaine plus tôt (à Oslo), par contre, ça aurait changé quelque chose. Mais là, le "timing" est juste bon.»

Journée à l'eau

Maxence Parrot a dû contenir ses ardeurs, jeudi. La pluie du jour a empêché tout entraînement sur la rampe du Big Air, dont la partie supérieure est exposée à l’extérieur avant de plonger pour se terminer à l’intérieur du Telenor Arena. Parrot, ainsi que les Québécois Alex Beaulieu-Marchand (ski) et Laurie Blouin (snowboard), qui feront également partie du spectacle de samedi, pourraient donc se reprendre aujourd’hui si la nature collabore.

La journée de Parrot s’est limitée à la conférence de presse tenue dans les gradins d’un coin du stade, où il était l’un des cinq athlètes de la compétition invités. C’est avec lui, le premier, que l’animateur s’est entretenu devant les médias en abordant sa victoire récente contre le cancer.