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«Ils vont se trouver un autre gars à détester!» - Nick De Santis

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Mettre un terme à une association professionnelle de 26 ans, c’est un peu comme une rupture amoureuse. Nick De Santis est donc passé par toute la gamme des émotions depuis l’annonce officielle de son départ de l’Impact de Montréal, dimanche.

Attablé au fond d’un café du quartier de la Petite-Italie, c’est un homme serein et en paix avec sa décision que Le Journal de Montréal a rencontré, mardi. Il est tout sauf amer.

«Je veux insister sur le fait que je suis reconnaissant envers la famille Saputo pour le respect qu’elle m’a témoigné au fil des années et pour m’avoir fait sentir comme un membre de la famille. C’est très important pour moi», a-t-il répété plus d’une fois.

On est loin d’un homme qui part en mauvais termes ou qui a été poussé vers la porte. C’est même tout le contraire. Si vous pensiez que De Santis était impulsif, il a plutôt longuement mûri cette décision.

Et quand on lui demande si c’est la décision la plus difficile qu’il a eu à prendre, il répond «oui». Juste oui. On sent alors qu’il contient ses émotions parce que c’est encore tout frais. 

De bonnes relations

«J’ai eu une conversation avec Kevin Gilmore [le président] quand j’ai eu vraiment l’impression que le temps était venu. J’ai passé les sept derniers mois à tout évaluer et j’en suis venu à la conclusion qu’il était temps pour moi de partir.»

Dans ses fonctions de vice-président des relations internationales et du développement technique, De Santis sentait que son rôle était de moins en moins important.

«J’avais l’impression que ma contribution envers le club n’était plus la bonne. Tout se termine un jour, même si on veut penser le contraire. Le club va dans une différente direction avec l’embauche d’un directeur général à Bologne et d’un directeur sportif ici, et c’est correct ainsi.»

Des rumeurs ont circulé sur sa relation avec le propriétaire Joey Saputo, voulant qu’elle se soit étiolée au cours des derniers mois, mais l’homme de 51 ans assure que ce n’est pas du tout le cas.

«C’est une relation de 26 ans avec des hauts et des bas, mais toujours basée sur la confiance.»

C’est surtout parce qu’il y avait un nouveau patron au stade Saputo que De Santis s’est mis à moins discuter avec Saputo. Il ne voulait pas empiéter sur le territoire de son nouveau président.

«Quand Kevin Gilmore est arrivé, j’ai respecté les lignes de communication, et Kevin était désormais mon supérieur. Je parlais moins à Joey parce que je respectais Kevin.»

La cible des partisans

Au cours des dernières saisons, le Montréalais a souvent été pris à partie par certains amateurs qui le rendaient responsable de toutes les tares du club. Il avoue que ça n’a pas toujours été facile à vivre.

«Je comprends que les partisans aient une opinion. Est-ce que ça fait mal? Pas pour moi parce que je comprends l’industrie dans laquelle je suis, mais c’était plus dur pour ma famille et mes enfants. J’étais peut-être une cible facile parce que les gens se disaient que j’allais toujours être là. Là, ils vont se trouver un nouveau gars à détester», lance l’ancien joueur et entraîneur dans un éclat de rire.

N’empêche que sa fierté en tant que membre de l’Impact a été touchée, surtout quand certains observateurs ont déclaré, lors de l’embauche de Rémi Garde, que le club n’avait jamais rien fait.

«Jesse Marsch a voulu rendre l’équipe compétitive et il l’a fait. Marco Schällibaum a mené l’équipe en séries, Frank Klopas l’a menée en finale de la Ligue des champions [de la CONCACAF] et Mauro Biello a atteint la demi-finale et la finale d’Association dans l’une des séries les plus incroyables de l’histoire du soccer canadien.

«Au lieu de toujours mettre l’accent sur le négatif, on doit regarder le positif, dit De Santis avec une étincelle dans les yeux. Tout ça s’est passé en seulement sept ans. Ce n’est pas vrai que ce club n’a jamais rien fait, il faut connaître son histoire. Ça, ça m’a fait mal.»

Prendre le temps de décanter

Maintenant qu’il ne fait plus partie de l’Impact, que fera Nick De Santis ?

Il avoue qu’il ne le sait pas encore et qu’il a l’intention d’être patient avant de prendre une décision.

«Je veux prendre un peu de temps pour absorber tout ça et relaxer un peu. Mais la seule chose que je connais, c’est le soccer.»

Il ne veut pas précipiter les choses et veut aussi laisser un peu plus de place à son épouse qui mène des projets importants dans sa carrière.

«Est-ce que j’aurai des opportunités? Oui. Est-ce que ce sera comme agent ou avec un autre club? Je ne le sais pas. C’est trop tôt pour dire si je serais prêt à déménager pour me joindre à une autre équipe.»

Passer au suivant

Une chose est sûre, De Santis a l’intention de faire profiter les jeunes de ses compétences et connaissances.

«J’entraîne déjà ma fille et mon fils chez les U9 et les U13. J’essaie de voir ce que je peux redonner grâce à mon expérience. Je n’ai pas perdu la passion, je suis encore nerveux quand je vais aux matchs de mes enfants, le feu y est toujours.»

D’ailleurs, il a pris le temps de réunir ses jeunes joueurs le week-end dernier pour leur expliquer sa décision. On ne l’a pas assez dit, De Santis a une grande classe et beaucoup de bonté, plus que ce que les gens pensent.

Fidèle

Comme il ne s’agit pas d’une séparation amère, l’ex-milieu de terrain retournera au stade Saputo et il avoue qu’il n’a pas vraiment le choix.

«Je vais continuer d’aller aux matchs. C’est la première question que mes enfants m’ont posée: "Est-ce qu’on va encore pouvoir aller aux matchs ?"»

Il serait difficile qu’il en soit autrement puisque le Bleu-Blanc-Noir fait partie de son ADN.

«Pour moi, ç’a été comme la réalisation d’un rêve que de travailler dans ce club pendant aussi longtemps. J’ai vécu de grands moments en gagnant des championnats comme joueur ou comme entraîneur.

«Même la défaite en Ligue des champions [de la CONCACAF] est l’un des moments les plus forts de ma vie émotivement. On était à 45 minutes de gagner et tout ce monde a vécu ces émotions.»

Avec les légendes

De Santis, qui assure avoir toujours eu l’intérêt du club comme principale préoccupation a vécu de très belles émotions au début du mois quand il a retrouvé d’anciens coéquipiers pour le match des légendes contre une formation brésilienne.

«J’étais dans un vestiaire avec Valerio Gazzola, John Limniatis, Eduardo Sebrango et Didier Drogba!, s’exclame-t-il. C’était incroyable! Et j’ai eu la chance d’aller rivaliser devant tous ces gens à 50 ans. C’était magique, comme la cerise sur le gâteau. J’avais une bonne idée que je partais, mais je ne l’ai pas vu comme un chant du cygne.»

Comme un parent

En fin de compte, il quitte l’esprit en paix, un peu comme un parent qui regarde son enfant partir de la maison.

«Peu de gens ont ce genre d’occasion, alors je me considère comme chanceux. C’est comme si j’avais vu un enfant grandir. C’est une partie de l’histoire que j’ai contribué à construire.»

Juste pour ça, Nick De Santis a sa place parmi les grands de l’histoire du soccer au Québec.

(Dans la vidéo ci-dessus, tirée de l’émission Les Partants, voyez une entrevue avec Marc Dos Santos, qui commente le départ de Nick De Santis de l’Impact.)