SPO-Entrevue avec Rafael Nadal á la Coupe Rogers

Coupe Rogers 2019

Rafael Nadal dans le coin de Félix Auger-Aliassime

Publié | Mis à jour

À l’été 2005, Rafael Nadal n’avait que 19 ans. Il débarquait à Montréal avec une confiance débordante, gagnant de quatre tournois d’importance, ceux de Monte-Carlo, Madrid, Rome et Roland-Garros. Il se préparait déjà à devenir le roi de la terre battue.

À sa première présence en sol montréalais, Nadal a détruit un préjugé contre lui en remportant la Coupe Rogers. Il n’était donc pas uniquement le joueur d’une seule surface.

Nadal a maintenant 33 ans. Il est l’une des légendes vivantes de son sport avec 18 titres du Grand Chelem, seulement deux de moins que Roger Federer et deux de plus que Novak Djokovic.

Malgré les années, l’Espagnol a gardé sa même passion et son sourire de gamin. À la veille de l’ouverture de la Coupe Rogers, il a fait un retour dans le passé pour parler de l’édition de 2005 à Montréal.

«Je ne sais pas quel impact ce tournoi a eu sur ma carrière, pour être honnête avec vous. Mais c’était ma première grosse victoire sur une surface dure. À cette époque, ça représentait beaucoup pour moi. J’avais battu Andre (Agassi) en finale.»

«J’ai toujours un bon sentiment quand je reviens à Montréal, a-t-il poursuivi. J’ai hâte encore une fois à ce tournoi. Je joue d’une façon différente aujourd’hui pour mieux préserver mon corps. Parfois, ça reste difficile. J’ai 33 ans, je n’ai plus 25 ans.»

Une étoile en devenir

Nadal a aussi glissé quelques mots au sujet de Félix Auger-Aliassime. Si le Majorquain a le statut de première tête de série à ce tournoi, il est également conscient qu’un jeune homme de 18 ans se retrouvera au centre de l’attention.

Auger-Aliassime n’a pas gagné quatre tournois importants avant de se présenter à Montréal comme l’avait fait Nadal en 2005, mais il a connu une progression fulgurante au classement de l’ATP. Il est passé du 133e rang mondial au mois d’août 2018 au 22e rang à la dernière parution du classement.

«Oui, Félix peut devenir l’une des prochaines grandes étoiles, a prédit Nadal. Je l’aime beaucoup, j’aime aussi son caractère. Il est un jeune très bien éduqué. Il est une bonne personne et il a une passion pour son sport. Il est exactement le type de joueur que j’aimerais voir réussir, je souhaiterais le voir un jour au sommet. Je crois qu’il le mériterait. Je pense aussi qu’il y arrivera.»

Nadal n’est pas le premier à sortir le violon en décrivant le potentiel du jeune montréalais qui fêtera ses 19 ans le 8 août prochain. L’Espagnol ajoute sa voix à celle de plusieurs collègues sur le circuit de l’ATP.

Un mauvais souvenir

Gagnant de l’édition de 2018 à Toronto, Nadal avait perdu au troisième tour à sa dernière visite sur le site du Parc Jarry. Denis Shapovalov avait surpris la planète tennis en triomphant de l’Espagnol en trois manches.

«C’était un très bon match, s’est remémoré Nadal. J’avais manqué plusieurs bonnes chances. Je n’ai pas une bonne mémoire, mais je jouais pour le premier rang mondial à cette époque. Denis avait bien joué. Il était déterminé et il se servait de l’énergie de la foule. J’avais bousillé des occasions de gagner. Mais c’est ça. C’est un match dans ma carrière, c’était une défaite comme plusieurs autres.»

Deux ans plus tard, Nadal ne croisera pas sur son chemin Shapovalov à moins d’une finale entre les deux joueurs. C’est la même histoire pour Auger-Aliassime qui se retrouve également dans l’autre portion du tableau.

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Plus que trois joueurs

Avec les retraits de Novak Djokovic et Roger Federer, il y a un seul des trois ténors à la Coupe Rogers. Rafael Nadal a honoré Montréal de sa présence comme il l’a toujours fait depuis 2005.

En conférence de presse, le deuxième joueur au monde a esquissé un sourire quand un collègue lui a demandé s’il ressentait une pression additionnelle à l’idée de participer à un tournoi sans Djokovic et Federer.

«Non, je ne ressens pas plus d’attention, a-t-il répliqué. J’ai une tonne d’expérience sur le circuit. Quand j’arrive à un tournoi, je travaille sur mon jeu et je ne me soucie pas des présences ou non de Roger et Novak.»

«Le tennis est plus que trois joueurs, a-t-il poursuivi. Il y a plusieurs très bons joueurs. Et même si Djokovic et Federer participaient à ce tournoi, je les affronterais uniquement en demi-finales ou en finale. J’ai besoin de gagner plusieurs matchs avant de penser à eux.»

Si le tennis est plus que trois joueurs, les chiffres pensent parfois le contraire. Depuis Wimbledon en 2003, Federer (20), Nadal (18) et Djokovic (16) ont remporté 54 des 65 derniers tournois du Grand Chelem.

Une époque différente

À 33 ans, Nadal sait qu’il a maintenant moins d’années devant que derrière lui sur le circuit de l’ATP. Il a établi une comparaison intéressante entre ses débuts et maintenant.

«Quand j’étais plus jeune, j’avais plus d’énergie pour faire des choses, a-t-il noté. Mais il n’y avait pas les réseaux sociaux et il y avait moins d’occasions de regarder des matchs sur un portable. Il y avait plus de contacts entre les joueurs. Quand tu arrivais dans un nouveau pays, tu parlais avec tes collègues sur le circuit pour savoir quoi faire. Je préférais cette époque. Nous vivons maintenant dans un monde où les réseaux sociaux ont une grande importance, les communications sont plus virtuelles. Le monde change.»

«Sur une note personnelle, je comprends mieux comment avoir du plaisir entre les tournois. Avant je retournais pratiquement toujours à la maison après une élimination. Aujourd’hui, je le fais encore quand les tournois se déroulent en Europe. Mais si ça se passe en Amérique du Nord pour quelques semaines, je resterai sur place. Il y a 15 ans, je n’aurais jamais fait ça.»

S’il devait tomber rapidement à la Coupe Rogers, Nadal pourrait déambuler dans les rues de Montréal avant de mettre le cap sur Cincinnati.