SPO-IGHTER SUPREME ENTRAÎNEMENT PUBLIC PASCAL VS BOSSÉ

Crédit : Dario Ayala / Agence QMI

Boxe

Le combat de trop?

Le combat de trop?

Nancy Audet

Publié 15 juillet
Mis à jour 15 juillet

Lorsque Jean Pascal a annoncé son retour dans le ring face à Marcus Browne, nous avons été nombreux à sourciller. L’Américain, qui est le champion intérimaire WBA chez les mi-lourds, représente un adversaire dangereux pour le Québécois. Browne a 28 ans. Il est au sommet de carrière. Jean Pascal va célébrer ses 37 ans en octobre et ses meilleurs jours sont derrière lui.

Et si c’était le combat de trop? La question est légitime. Pascal n’est plus le boxeur qu’il a déjà été. On a pu le constater lors de son duel contre Dmitry Bivol le 24 novembre dernier. Il a ralenti. Il a moins d’équilibre. Il est souvent vulnérable. Et il n’a plus l’explosion qui a fait de lui un boxeur dangereux et imprévisible.

Mais l’ancien champion du monde WBC des mi-lourds refuse de prendre sa retraite. Il rêve de reconquérir un titre mondial. Au fil des années, ils ont été très nombreux, comme lui, à refuser d’accrocher leurs gants. Ils ont été nombreux à livrer le combat de trop. En décembre dernier, nous avons constaté, une fois de plus, à quel point le noble art est dangereux. Adonis Stevenson a failli perdre la vie après avoir livré un furieux combat face à Oleksander Gvozdyk. Ces événements ont ébranlé Jean Pascal, mais il a quand même décidé de poursuivre sa carrière.

Quand on regarde en arrière, la liste des grands champions qui ont risqué leur vie dans l’espoir de remporter une autre victoire est longue. On pense notamment à Shane Mosley, Sugar Ray Leonard, Roy Jones Jr, Mike Tyson et Evender Holyfield. Même le grand Muhammad Ali a eu du mal à s’arrêter.

La dernière fois que j’ai rencontré Oscar De La Hoya, je lui ai posé la question. Pourquoi les boxeurs n’arrivent pas à accrocher leurs gants? Sa franchise m’a jetée par terre. Il m’a dit: «ce n’est pas compliqué, il y a trois raisons.»

«La première, c’est la passion. Notre vie tourne autour de la boxe. On vit pour ça. C’est difficile de mettre une croix là-dessus. D’accepter que c’est terminé. »

«La deuxième, c’est la dépendance aux caméras et à l’attention. Rien ne peut égaler le feeling que tu ressens quand tu es acclamé par une foule au milieu d’un ring. Notre égo a besoin de cette attention.»

«La troisième, c’est l’argent. Très peu de boxeurs savent gérer leur argent. Rapidement, le compte en banque se vide. On ne connaît pas d’autres façons de subvenir aux besoins de notre famille. On n’a pas de plan B. Nous sommes donc obligés de revenir dans le ring même quand c’est dangereux pour notre santé.»

Depuis cette discussion, je n’arrête pas de me dire qu’il faudrait avoir des discussions franches avec la nouvelle génération de boxeurs. Leur expliquer justement l’importance d’avoir un plan B. L’importance de bien gérer leur argent. Les carrières sont courtes. On leur fait souvent miroiter des centaines de milliers de dollars en bourse. Mais la réalité est tout autre. On doit aussi leur apprendre à se protéger et à assurer leur avenir.

Oscar Rivas devra livrer le meilleur combat de sa carrière

Samedi soir, Oscar Rivas va se mesurer à Dillian Whyte en Angleterre. C’est la chance qu’il attend depuis des années. Rivas affrontera Whyte (25-1-0, 18 K.-O.) au 02 Arena de Londres pour le titre d’aspirant numéro un de la WBC chez les poids lourds. Tout un défi pour le boxeur de 32 ans. L’Anglais n’a subi qu’une défaite et c’est contre Anthony Joshua en 2015. Se battre en Angleterre, ce n’est pas une partie de plaisir. Parlez en à Lucian Bute et Kevin Bizier.

Le boxeur colombien, installé au Québec depuis 2009, doit absolument remporter ce duel. Il est  plus que temps de passer à l’étape suivante. La vérité, c’est qu’il doit enfin rentabiliser tous les sacrifices qu’il a faits depuis son passage chez les professionnels. Il faut faire de l’argent. Il faut essayer d’assurer son avenir et celui de sa famille. Il aura une tonne de pression sur les épaules avant de monter dans le ring et on verra ce qu’il a dans le ventre.

Reste à espérer que son corps tiendra le coup. Rivas a dû composer avec de nombreuses blessures au cours des dernières années. La pire c’est celle subie à l’œil droit en 2012. La rétine était touchée et il a cru que sa carrière était terminée. Lui aussi accepte les risques liés à cette blessure. Il veut se battre. Il ne le cache pas, il n’a pas de plan B.