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«Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait» - Amanda Gatti

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Au cours de sa fructueuse carrière, Arturo Gatti a livré plusieurs combats furieux qui demeurent toujours, à ce jour, des moments d’anthologie dans ce sport. Pour lui, la boxe était une passion. Un mode de vie.

Après son dernier combat en 2007, il a amorcé une période sombre de sa vie, marquée par des problèmes de consommation de drogue et d’alcool.

Le 11 juillet, alors qu’il était en vacances au Brésil, Gatti trouve la mort dans des circonstances mystérieuses. Quelques heures après son décès, son épouse Amanda Rodrigues est arrêtée et accusée du meurtre de son mari. Elle est finalement libérée par les autorités brésiliennes.

Celle qui avait 23 ans à l’époque n’était pas au bout de ses peines. Elle a dû se battre avec la famille de Gatti pour garder la fortune laissée par son défunt mari. Rodrigues a remporté cet autre bras de fer avec le juge.

Aujourd’hui, 10 ans après la mort du pugiliste, Amanda Gatti, connue sous le nom de Rodrigues à l’époque, a ouvert les portes de son condominium dans le nord de Montréal aux représentants du Journal. C’est une femme accueillante, sereine et confiante qu’on a rencontrée.

«Je suis au bon endroit dans ma vie, a confié Amanda Gatti au cours d’une longue entrevue. Ça m’a pris plusieurs années pour me remettre de tout ce qui s’est passé. Je suis maintenant en paix avec moi-même. C’est la première fois que je me sens aussi bien depuis le départ d’Arturo.»

Durant cette tempête, elle a imité l’ancien boxeur lorsqu’il était dans le ring. Elle a livré de furieuses batailles pour retrouver sa liberté et l’argent de son couple.

«J’ai dû trouver une force intérieure pour être la meilleure mère possible pour élever mon enfant. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Ça m’a pris quatre ou cinq ans pour le réaliser.»

De nombreux coups

La Montréalaise d’origine colombienne ne veut pas revenir sur les événements qui ont mené à la mort de son mari. C’était l’une des conditions qu’elle avait posées avant de nous accorder cette entrevue.

Elle avait cependant remarqué certains changements chez le boxeur dans les mois suivant l’annonce de sa retraite. Avec toutes les guerres qu’il avait livrées entre les câbles, Gatti aurait-il subi les conséquences des nombreux coups qu’il avait encaissés durant sa carrière ? Personne ne le sait.

Son cerveau avait été examiné pour déterminer les causes de son décès. Toutefois, il ne l’avait pas été pour un possible diagnostic d’encéphalopathie traumatique chronique (ECT).

«Il avait pris une bonne décision en accrochant ses gants. C’était difficile, parce que la boxe est l’un des seuls sports où tu ne sais pas dans quel état ton conjoint te reviendra après un combat.

Lorsque tu aimes vraiment quelqu’un, c’est presque impossible à regarder. Je me souviens qu’il avait des problèmes de mémoire et de vision.

Arturo savait que son corps était mûr pour la retraite. C’était très dur à accepter pour lui. Notre mariage en a souffert. C’était la seule chose qu’il savait faire. C’était sa passion.»

Son fils: la pierre angulaire

Gatti a décidé de reprendre le contrôle de sa vie pour son bien et celui de son fils Arturo. Elle a fait plusieurs thérapies et a décidé de se tourner vers Dieu pour l’aider à traverser cette période tumultueuse.

Toutefois, elle a décidé de tout miser sur une personne qui est très chère à ses yeux.

«Cela n’aurait pas été possible sans la présence de Junior. Je ne crois pas que je serais ici pour vous parler. Je dois ma vie à mon fils et il est la raison de mon bonheur aujourd’hui. J’ai l’impression d’avoir une partie d’Arturo toujours avec moi.»

En disant ces paroles, elle embrasse son fils qui est assis à côté d’elle et lui donne une belle accolade. Elle le fera à plusieurs reprises durant notre entretien pour lui exprimer son amour et son affection.

Depuis la fin des procédures pour la fortune de l’ancien boxeur en 2011, Arturo fils n’a pas vu ni reparlé à un membre de la famille Gatti, à l’exception de son oncle Joe qui vit maintenant en Arizona.

«Ils se parlent régulièrement et ils se voient assez souvent, mentionne-t-elle. Joe aime Junior. Sa présence dans nos vies est une bénédiction parce qu’il peut raconter des souvenirs de jeunesse de son frère à Junior.»

Un mari au grand coeur

On a connu Arturo Gatti, le boxeur, mais peu de gens connaissaient le mari et le père de famille. Son ancienne épouse a voulu partager des moments de son intimité avec celui qui a été «l’homme de sa vie».

«J’ai eu les meilleures années de ma vie avec lui. J’ai eu plus de plaisir avec Arturo qu’avec personne d’autre dans ma vie, se souvient-elle. Il aimait danser tout comme moi. Toutes les fins de semaine, on faisait jouer de la musique dans la maison et on dansait.

Il était très romantique. Il m’achetait des fleurs à chacun de ses combats. Il m’a dit des choses que personne ne m’avait dites auparavant.»

Comme dans tous les mariages, les deux amoureux ont connu des moments difficiles, surtout après l’annonce de la retraite de Gatti. À l’instar de plusieurs athlètes, le boxeur avait perdu ses repères. Il se questionnait sur son identité et son avenir en tant que simple citoyen.

«Je l’aimais avec ses qualités et ses défauts. Lorsqu’il franchissait la porte de notre maison, il n’était plus le boxeur ou le champion du monde. Il était mon mari et le père de famille.

C’était difficile pour lui parce que chaque personne de son entourage dans la boxe se l’arrachait. Je sais que j’ai tout fait pour lui et il le savait. J’ai donné tout l’amour que j’avais et je savais qu’il faisait son possible avec l’éducation qu’il avait reçue.»

Après cette phrase, Amanda craque. Les larmes coulent sur ses joues en pensant à ces moments de sa vie. Malgré tout, elle n’a aucun regret.

«J’avais 21 ans quand je me suis mariée et j’en avais 23 lorsqu’Arturo est décédé. Je ne pouvais pas être plus mûre que je l’étais. Je ne referais pas les choses de façon différente. Aujourd’hui, j’ai 33 ans et je suis une femme plus mûre avec tout ce que j’ai traversé. Si je revivais la même chose, je n’agirais peut-être pas de la même façon.»

Après le départ de son mari, Amanda ne l’a jamais remplacé. À ce jour, elle est une mère célibataire, et ça lui convient parfaitement.

Un papa «gaga»

Parmi ses souvenirs avec Gatti, elle se souviendra toujours de la réaction de «Thunder» à la naissance de Junior.

«C’était son rêve d’avoir un garçon, explique la Montréalaise d’origine colombienne. Il était tout ce qu’il avait espéré. Durant la première semaine de Junior, Arturo s’est occupé de tout. Il était tellement heureux de lui donner son bain et de changer ses couches.

Arturo aurait été fier de voir ce que Junior est devenu.»

Arturo et Amanda avaient le projet d’avoir quatre enfants. Même si elle était prête, Amanda voulait attendre que le couple règle ses problèmes avant d’agrandir la famille.

Loin des caméras

Depuis la fin des procédures qui lui ont permis de récupérer les avoirs de son mari, Amanda Gatti s’est éloignée des projecteurs afin de vivre une vie normale avec Arturo fils.

«Je ne suis pas une personnalité publique. J’étais seulement mariée à quelqu’un qui en était une. Je n’ai jamais voulu que ma vie soit étalée sur la place publique. Parfois, on me reconnaît dans la rue. Mon fils l’est davantage, car il ressemble beaucoup à son père. J’ai choisi de garder ma vie privée.»

À l’époque, son nom de famille était Rodrigues. Ce n’est plus le cas.

«J’ai toujours porté le nom Gatti après mon mariage. Arturo a toujours voulu que je le porte.»

Regarder vers l'avenir

La vie continue pour Amanda Gatti. Elle a des projets intéressants.

«Je viens de finir mon cours de chef cuisinière dans les dernières semaines, explique-t-elle. J’aimerais conjuguer ce cours avec mon autre passion : le conditionnement physique. Avec ces deux choses, je souhaite pouvoir devenir entraîneuse privée.»

En attendant, elle a accepté un emploi dans un concessionnaire de véhicules de luxe dans les derniers jours.

Au niveau personnel, elle se rend tous les dimanches dans une église près de chez elle pour se recueillir. Une obligation qu’elle s’est imposée pour assurer son bien-être.

«Je n’aurais pas pu retrouver ma paix intérieure sans la foi. L’église est devenue une sorte de thérapie pour moi. Au fil du temps, c’est devenu un mode de vie.»

Amanda Gatti a aujourd’hui la tête et le cœur libres. Elle souhaite maintenant un avenir paisible où elle pourra se concentrer sur ses projets et l’éducation de son fils Arturo.

L’ancien champion du monde aurait sûrement approuvé ce choix. Même s’il allait au plancher durant un combat, Arturo Gatti finissait toujours par se relever. C’est la leçon qu’il aurait voulu transmettre aux deux amours de sa vie.