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Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Impact

La semaine torontoise de l’Impact

La semaine torontoise de l’Impact

Patrice Bernier

Publié 08 juillet
Mis à jour 08 juillet

L’Impact a devant lui une «semaine torontoise», alors qu’il affrontera le York 9 FC au troisième tour du Championnat canadien, mercredi, avant de recevoir le Toronto FC, samedi, au Stade Saputo.

Nul besoin de dire que ces matchs, surtout le deuxième, seront riches en émotions. Il y a une rivalité réelle entre Montréal et Toronto, qui va même parfois au-delà du sport. Au hockey, les Canadiens et les Maple Leafs se prennent au collet depuis des décennies. Mais au soccer, l’animosité entre l’Impact et le Toronto FC n’est vraiment pas en reste.

C’est même, à mon avis, la meilleure rivalité de toute la MLS.

Mais comment s’est-elle bâtie, cette rivalité, au-delà de l’histoire du pays et des affrontements entre les partisans des deux clubs? Qu’est-ce qu’elle peut avoir comme impact dans une saison? Parfois, une victoire redonne le moral aux troupes et peut relancer une saison. En revanche, une défaite peut faire sombrer tout le monde dans le doute. Quand on gagne, on repart le torse bombé. Quand on perd, on prend des notes, on tire des leçons pour éviter pareil résultat par la suite.

Ces matchs-là laissent souvent plus de traces que les autres.

On peut facilement identifier cinq moments, au cours des dernières années, où la rivalité entre l’Impact et le Toronto FC s’est approfondie, voire envenimée. Chaque fois, il s’agissait de matchs où l’une des deux équipes (ou les deux) se battait pour plus que les trois points de la victoire.

Des bâtons dans les roues en 2013

Le premier qui me vient en tête est cette rencontre du 26 octobre 2013 disputée au BMO Field. Ce match devait avoir une incidence sur l’allure de la saison complète du Bleu, blanc et noir, qui tentait alors d’accéder aux éliminatoires de la MLS pour la première fois toute en traversant une sérieuse disette. Le TFC, lui, était déjà écarté du portrait, comme à chaque saison depuis son entrée en MLS en 2007.

L’Impact a finalement perdu 1-0, mais a fait les séries par la peau des dents, grâce à une victoire des Red Bulls de New York contre le Fire de Chicago. C’était tout de même la première fois que le TFC venait ouvrir une plaie chez l’Impact.

2014, la vengeance

Un an plus tard, les rôles sont inversés. Le 18 octobre 2014, les deux équipes s’affrontent alors que Toronto s’accroche à un mince espoir d’entrer en éliminatoires et que l’Impact traverse sa pire saison en MLS. L’Impact soutire un verdict nul de 1-1 et Toronto est éliminé de la course. Je me souviendrai toujours de cette bannière déployée par les partisans de l’Impact dans les estrades :

Quand on connaît une mauvaise saison, si on peut au moins empêcher notre plus grand rival d’atteindre ses objectifs, ça rend les choses un peu moins douloureuses.

2015, l’enjeu augmente

Cette fois, les deux équipes sont en position de participer aux éliminatoires lorsqu’elles s’affrontent deux fois de suite en octobre. Le premier match était le dernier de la saison régulière : la victoire de 2-1 de l’Impact à domicile assurait que les deux clubs s’affronteraient de nouveau en rencontre de barrage quatre jours plus tard, encore au Stade Saputo. Cela devait donc être le premier match du TFC en séries et aussi le premier derby Montréal-Toronto dans ce contexte.

Mais cette fois, c’est le Toronto FC 2.0, si on peut dire, qui se mesurait à l’Impact. Les Michael Bradley, Sebastian Giovinco et Jozy Altidore étaient en place et pour la première fois, l’équipe était vraiment redoutable. Ça allait tout de même être une bataille de grandes stars, puisque l’Impact n’était pas en reste avec Didier Drogba et Ignacio Piatti.

Votre humble serviteur s’est fait plaisir en marquant le premier but du match, qui s’est terminé sur un score de 3-0, avec justement de grandes performances de Drogba et Nacho. Il n’y a rien de mieux que de marquer contre Toronto pour ensuite les battre de façon convaincante, à domicile, lors d’un match de séries.  

2016, pour une place en finale

Cette élimination subie aux mains de l’Impact a été une véritable claque pour le Toronto FC, qui s’en est servi comme carburant pour connaître une excellente saison 2016. Comme le hasard fait parfois bien les choses, c’est en finale de l’Est, lors de matchs aller-retour, que la rivalité s’est poursuivie cette année-là. C’est, jusqu’ici, LE point culminant de la rivalité entre les deux clubs. Après tout, une place en finale de la Coupe MLS était à l’enjeu. Le gagnant deviendrait la première équipe canadienne à y accéder. Près de 100 000 personnes, au total, ont assisté à ces deux matchs.

Qui ne se souvient pas du «line gate», au stade Olympique? Certains membres du TFC avaient cru que les lignes autour des filets avaient été volontairement mal tracées pour donner le temps aux partisans de l’Impact de bien remplir le stade pendant qu’elles étaient refaites, tout en calmant un peu  la tension de l’avant-match.

En fin de compte, c’est le TFC qui est parvenu, non sans mal, à accéder à la finale de la Coupe MLS.

2017, la pique de Jozy

Il n’y a pas vraiment eu de match décisif entre Toronto et l’Impact en 2017, mais je retiens cependant une déclaration faite durant l’été par l’attaquant du TFC Jozy Altidore, qui avait affirmé qu’il souhaitait mettre fin aux espoirs de l’Impact d’entrer en séries.

Cette fois, ça ne venait pas des partisans, ou des joueurs canadiens comme moi ou Jonathan Osorio. Ça venait d’un Américain, un joueur étranger qui n’a pas grandi dans ce contexte particulier. C’est là qu’on a vu que tous les joueurs comprenaient l’ampleur de la rivalité.

Samedi, le «Canadian clasico» arrive alors que Toronto ne va pas très bien, avec une victoire, six défaites et quatre nulles à ses onze derniers matchs, séquence durant laquelle le club a eu la deuxième pire défense de la ligue. L’Impact, lui, va un peu mieux, au moins en ce qui concerne le classement.

Ce match-là pourrait, tel que mentionné plus haut, «booster» la saison du gagnant et envoyer le vaincu à la dérive.

Mon expérience

Sur une note plus personnelle, il faut dire qu’en tant que Montréalais, j’encerclais les dates des matchs contre Toronto sur mon calendrier dès le début de la saison, question d’identifier le moment de l’année où on aurait à les affronter.

La préparation, pour ces matchs, se fait naturellement.

L’adrénaline monte, mais il faut éviter que les émotions prennent le dessus sur l’enjeu. J’utilisais cette émotion-là pour être un motivateur, un catalyseur pour performer à un plus haut niveau.

Il fallait aussi faire de visualisation, d’autant plus qu’au fil des années, le Toronto FC est devenu une puissance de la MLS. Qui allait être là, de l’autre bord? Quand tu vois Michael Bradley, qu’on considère comme l’un des meilleurs à sa position dans la ligue, un Altidore, un Giovinco, ou maintenant, un Alejandro Pozuelo... et n’oublions pas Laurent Ciman, qui est rendu «de l’autre bord» après avoir porté le maillot de l’Impact.

Ce sont les matchs qu’on attend durant une saison. Ce sont de petites finales. Ces rencontres ne sont pas toujours déterminantes au classement, ou sur l’ensemble de la campagne, mais les partisans aiment avoir le dessus sur ceux de l’autre équipe. Ça dépasse ce qui se produit sur le terrain. Même dans le vestiaire, on ne laisse pas un coéquipier porter la couleur de l’autre équipe.

Il reviendra à Samuel Piette, pour l’Impact, et à Jonathan Osorio, pour Toronto, de prendre le flambeau et de faire comprendre à leurs coéquipiers l’importance de ce match.