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L’ange gardien de Félix Auger-Aliassime

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Félix Auger-Aliassime connaît une progression fulgurante dans le monde du tennis. Il peut compter sur une petite équipe qui comprend les membres de sa famille, ses entraîneurs, mais aussi Bernard Duchesneau.

Avocat de formation, Duchesneau n’a pas de titre précis au sein de ce clan tissé serré. Il n’aime pas s’en attribuer un. On pourrait lui en donner un : ange gardien.

Auger-Aliassime et Duchesneau se sont rencontrés pour la première fois en 2015 au tournoi junior de Roland-Garros.

«Félix m’avait impressionné par son jeu et par sa façon de se comporter, a raconté Bernard Duchesneau lors d’une entrevue avec Le Journal de Montréal. Je le trouvais déjà inspirant et il n’avait que 15 ans. Il possédait déjà une grande maturité.

«J’ai parlé avec ses parents et je leur ai dit ce que je pensais. C’était très positif. Mon premier réflexe était de m’assurer qu’ils ne tombent pas dans les pièges qui étaient sur le point de se présenter devant eux. Je voulais qu’ils aient les ressources pour faire de bons choix.»

En disant ces mots, Duchesneau évite de citer des exemples d’athlètes dont la carrière a pris une mauvaise tangente. Ce n’est pas son style.

Des pièges dangereux

Un athlète peut se retrouver dans un tourbillon avec une séquence de bonnes performances. Duchesneau a identifié deux pièges importants qui peuvent survenir dans une telle situation.

«Il peut arriver que les pieds de l’athlète lui décollent du sol. Il reçoit de l’attention et les gens écrivent des choses sur lui, a-t-il mentionné. C’est gros ce qu’ils vivent. Ils sont jeunes. Le piège est de penser qu’on est déjà arrivés au sommet. Félix est très solide à ce niveau.»

Bien sûr, l’argent peut aussi faire des ravages. Certaines personnes peuvent y voir une occasion en or.

«Il (de l’argent) y en a beaucoup autour du tennis, a informé Duchesneau. Il y a beaucoup de propositions. Partout où il y en a, les gens veulent s’asseoir à table.

Le problème des offres n’est pas l’intérêt, mais l’impact qu’elles peuvent avoir dans la carrière d’un joueur. Chaque joueur a son rythme. On est encore en train de le trouver avec Félix. On y va graduellement.»

Pour le moment, il doit dire non à 99 % des demandes, que ce soit pour un partenariat financier ou une entrevue avec les médias. Duchesneau ne veut rien précipiter. La solidité de fondation de la carrière de Félix est sa priorité pour le moment.

Un travail d’équipe

Quelques fois par année, les membres de l’équipe Auger-Aliassime se réunissent pour faire le point sur la carrière de l’athlète.

«À la fin de la journée, c’est la carrière de Félix qui passe avant tout. Pour sa part, Félix est très responsable et c’est lui qui prend les décisions.

Je m’assure qu’il ne manque de rien et que tout ce qui se passe à l’extérieur du terrain ne viendra pas le déranger. Je fais tout pour qu’il ait la vie la plus simple et la plus normale.»

Et il le fait de concert avec les parents de la 21e raquette mondiale, qui ont la bonne approche avec la carrière de leurs fils.

«Ils sont présents et solides. Ils apportent quelque chose de différent et d’important. Tout le monde a un rôle dans l’équilibre de la vie de Félix.»

Le modèle Nadal

Duchesneau et les autres membres du clan Auger-Aliassime ont un modèle d’équipe qu’ils aimeraient imiter dans les prochaines années. Celui d’un certain Rafael Nadal.

L’Espagnol a la même garde rapprochée depuis plusieurs années.

«Félix doit avoir un environnement stable. Un endroit où il se sent chez lui et où il peut se sortir du tourbillon, a expliqué Duchesneau. Sa famille joue un rôle hyper important et elle fait partie du processus pour lui assurer une stabilité.

Tout le monde a un rôle à jouer pour que Félix connaisse du succès. On prend des décisions en fonction de ce qui est mieux pour lui.»

Imposer des limites

Il doit souvent retenir Félix, qui accepterait toutes les demandes. C’est un athlète très volontaire et qui est déjà conscient de son rôle. Un modèle comme on en voit rarement en 2019.

«On essaie de collaborer avec tout le monde, mais il faut mettre une limite, a indiqué Duchesneau. On doit le protéger. C’est ça, une équipe.»

Un boulot à temps plein

Après quelques années où il travaillait avec Félix Auger-Aliassime sur une base volontaire, Bernard Duchesneau a décidé de faire le grand saut dans les dernières semaines. Il travaille maintenant à temps plein sur la carrière de Félix Auger-Aliassime.

«Un bon défi dans lequel je crois, je n’ai jamais dit non à cela, a indiqué Duchesneau. C’est un projet qui recoupe et qui donne un sens à tout ce que j’ai fait dans ma vie. Mes expériences du passé me servent.

Ça me donne la chance de faire partie d’un mouvement de changement et d’avoir un impact à travers Félix. Il veut avoir un impact. Je crois qu’il peut inspirer et changer la société dans le bon sens.»

Duchesneau n’est pas le dernier venu. Comme avocat, il a fait beaucoup de droit des affaires à l’international. Il a également travaillé dans des bureaux de comptable pendant plusieurs années.

«J’ai la chance d’avoir une expertise à l’international et j’ai touché à beaucoup de choses dans ma vie. C’est important d’être polyvalent dans le domaine du tennis.

Si tu vois ton travail seulement comme des contrats à rédiger, ça peut devenir dangereux. La carrière d’un athlète n’est pas seulement financière. On pense toujours en fonction du futur.»

De la loyauté

Duchesneau est arrivé dans la carrière d’Auger-Aliassime alors qu’il a récolté ses premiers succès importants chez les juniors. Un aspect important pour l’athlète de 18 ans.

«Notre relation est basée sur la loyauté et elle se solidifie un peu plus chaque semaine, a indiqué l’avocat de formation. Il y a également du respect et de la confiance de part et d’autre.

J’essaie seulement de participer à son histoire. Il n’y a pas un montant d’argent que j’échangerais pour un trophée et c’est la même chose pour lui. Nos visions cohabitent très bien. Pour moi, c’est un privilège d’avoir été là avant l’éclosion de sa carrière.»

Le cirque de Montréal

Duchesneau sait très bien que son protégé sera très en demande lors de la prochaine Coupe Rogers présentée à Montréal au début du mois d’août.

«C’est sûr qu’on s’attend à beaucoup d’engouement à l’endroit de Félix, mais le défi est le même à tous les tournois, a-t-il mentionné. On travaille avec la fédération et l’organisation.

Les organisateurs ont les mêmes objectifs que nous. Ils veulent que Félix performe et se rende loin dans le tournoi. La meilleure promotion, c’est la victoire.»