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Canadiens

Marc Bergevin critiqué par des homologues

Publié | Mis à jour

Marc Bergevin a surpris bien du monde en déposant une offre hostile à Sebastian Aho. À commencer par ses homologues. Sondés de façon anonyme par Le Journal de Montréal, ils sont plusieurs à remettre en question cette décision du Canadien.

Au moment d’expliquer sa stratégie, en début de semaine, le directeur général du Tricolore avait soutenu avoir identifié une situation dans laquelle une équipe se trouvait en position de vulnérabilité.

Il a sans doute cru que le fait que les Hurricanes ne roulent pas sur l’or et que Tom Dundon, leur propriétaire, éprouve apparemment certains problèmes de liquidité allait jouer en sa faveur. Or, selon un membre de la direction d’une formation de l’Association de l’Est, Bergevin a non seulement été incapable de profiter de cette situation, il a également donné un sapré coup de main à son adversaire.

«Dundon devrait remercier le Canadien. Les Hurricanes ont maintenant sous contrat un excellent joueur dont l’empreinte sous le plafond est raisonnable, a-t-il indiqué. À mon avis, Aho aurait été en droit de s’attendre à un contrat de 10 M$.»

«En plus, les Hurricanes auraient pu se retrouver dans une situation similaire à celle des Leafs de l’an dernier lorsque William Nylander a raté le début de la saison», a-t-il ajouté, faisant référence au fait que la formation torontoise et l’attaquant ont mis jusqu’au 1er décembre avant de parvenir à s’entendre.

Puisque Aho pourrait faire sauter la banque à 27 ans au lieu de devoir attendre trois ans de plus (les Hurricanes voulaient le mettre sous contrat pour huit ans), faut-il comprendre que tout le monde a gagné dans ce jeu, sauf Bergevin?

«C’est en plein ça», a confirmé l’intervenant.

«On est blindé»

D’ailleurs, cette idée de «situation vulnérable» a paru quelque peu saugrenue aux yeux d’un autre homologue de Bergevin.

«Depuis quelques semaines, chaque équipe effectue des calculs pour s’assurer de pouvoir pallier toutes les éventualités. On est blindé. Personne ne veut rien laisser au hasard», a-t-il argué.

À titre d’exemple, les Leafs se sont départis de Nazem Kadri pour manœuvrer plus aisément dans le dossier de Mitch Marner. À Winnipeg, on a fait de même en transigeant Jacob Trouba pour se garder de l’espace pour Patrik Laine et Kyle Connor.

Par conséquent, il fallait un peu avoir la tête dans les nuages pour penser que les Hurricanes n’allaient pas égaler l’offre, surtout que la charge semblait timide aux yeux de plusieurs.

«Je ne sais pas si le plan est maintenant de tenter sa chance du côté de Brayden Point. Mais si c’est le cas, il va falloir qu’il mise beaucoup plus haut», a lancé un autre DG de l’Est.

Sauf qu’avec la signature de Ben Chiarot, la marge de manœuvre de Bergevin, sous le plafond, n’est plus que de 8,46 M$.

«La principale raison pour laquelle ce n’est pas plus fréquent, c’est que c’est une stratégie risquée, a-t-il ajouté. Plusieurs croient qu’il n’y a pas de bénéfice à en tirer et que le taux de réussite est trop mince. En plus, ça coûte beaucoup trop cher en termes de choix au repêchage.»

«Rien de personnel»

Il semble que, historiquement, les directeurs généraux qui ont procédé de cette façon pour acquérir un joueur autonome se soient mis des confrères à dos.

Toutefois, l’un des plus expérimentés directeur général du circuit a assuré à l’auteur de ces lignes que Bergevin n’aurait aucun problème à trouver des partenaires pour danser dans l’avenir. Que cette offre hostile ne contrevient pas à une loi non écrite et n’est pas perçue comme une trahison au sein de la confrérie.

«Ça me fait toujours sourire d’entendre ça. Ma relation avec Marc ne sera pas différente. C’est dans la convention collective, alors tout le monde est en droit d’utiliser cette façon de faire», a-t-il soutenu.

La position de ce directeur général rejoint celle de certains autres. Plus tôt cette semaine, Ray Shero, directeur général des Devils, a offert cette analyse aux collègues du New Jersey lors de son bilan du 1er juillet.

«Il y a différentes avenues pour améliorer son équipe, c’en est une. Marc Bergevin a beaucoup de respect pour Don Waddell. Ce n’est rien de personnel. Quand tu déposes une offre hostile, tu penses à ton équipe, pas à celle de l’autre.»

Les relations de Bergevin seraient donc sauves. Sa réputation de joueur de poker, un peu moins.