Boxe

La boxe féminine en pleine progression

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La Québécoise Marie-Ève Dicaire défendra son titre IBF des poids super-mi-moyens pour une deuxième fois, vendredi, en étant la tête d’affiche d’un gala tenu au Casino de Montréal et présenté à la télévision à la carte.

Si cela démontre une chose, c’est que la boxe féminine est en pleine progression, ici comme ailleurs.

«Si je compare les conditions dans lesquelles j'évoluais en début de carrière, versus maintenant, j'ai une belle vie, a observé la championne, mercredi. C'est sûr que si je compare ça avec mes homologues masculins, pour le même titre, le même enjeu, on est à des milles. Mais je vis dans le moment présent, j'ai le privilège, le plaisir de me lever le matin et de vivre de ma passion.»

Son adversaire de vendredi, la Suédoise Maria Lindberg, est encore plus à même de constater la progression de ce sport qu’elle pratique depuis plus de deux décennies.

«Les boxeuses deviennent meilleures, a souligné la pugiliste de 42 ans. Si je compare avec ce que c'était à mes débuts, il y a plus de 20 ans, la boxe féminine s'est beaucoup développée. Honnêtement, dans le temps, on n'était pas très bonnes. On était dures, mais pas très bonnes. Maintenant on est bonnes. Et dures. Ça devient vraiment intéressant et j'espère que ça continuera de se développer après ma retraite.»

L’argent viendra

Comme l’a souligné Dicaire, les bourses des boxeuses demeurent bien en deçà de celles de leurs homologues masculins. Cependant, le promoteur de la Québécoise, Yvon Michel, estime que les femmes gagneront éventuellement beaucoup plus d’argent dans ce sport. Peut-être pas autant que les hommes, qui peuvent obtenir plusieurs millions par combat dans certains cas, mais assez pour très, très bien vivre.

«Pour aller chercher des bourses millionnaires, éventuellement ça va arriver, a-t-il avancé. Avec l'arrivée de vedettes, des jeunes boxeuses qui sont allées aux Jeux olympiques et qui passent chez les pros, il y a des réseaux de télé qui embarquent derrière elles.»

«On pense à Claressa Shields, à Katie Taylor, Cecilia Brækhus, a-t-il ajouté. Marie-Ève va se rendre à ce niveau-là éventuellement et quand elle va affronter une autre vedette, à ce moment-là, je suis convaincu qu'il va y avoir une demande et que l'argent va être là.»

Un changement de règles?

Si la boxe féminine doit devenir plus populaire, elle doit devenir encore plus spectaculaire, a pour sa part souligné le réputé entraîneur Stéphan Larouche. Les amateurs de boxe aiment les knock-outs, et ceux-ci ne sont pas assez nombreux chez les dames.

Larouche estime que la durée des rounds, qui est de deux minutes en boxe féminine, est en cause. Récemment, la boxe féminine amateur a fait un retour aux rounds de trois minutes et au niveau professionnel, on tarde à faire pareil.

«Ça n'a pas sens qu'une fille devienne championne olympique en se battant sur du trois minutes et qu'elle devienne ensuite professionnelle pour se battre sur du deux minutes, a-t-il affirmé. Et souvent, cette dernière minute manque. La minute où la fille est fatiguée, où on pourrait avoir une chance d'avoir une fin spectaculaire, un knock-out.»

«Toutes les bonnes filles, les championnes du monde amateur ou olympique, n'ont pas beaucoup de knock-outs, a-t-il poursuivi. Pourquoi? C'est trop vite, deux minutes! Une fille qui ne veut pas se faire "knocker" en deux minutes, elle est capable de survivre. Elle va accrocher quand c'est le temps, elle va se déplacer beaucoup. Sur trois minutes, ça prend plus de temps, plus de jambes, je pense que c'est l'un des gros éléments.»

Plus populaire

Cela dit, la hausse de popularité de Marie-Ève Dicaire ne fait pas de doutes. Yvon Michel en est régulièrement témoin.

«Maintenant on me parle de Marie-Ève quand je suis sur le terrain de golf, quand je me promène en ville, les gens, les artistes, les vedettes s'identifient un peu, aussi, à Marie-Ève, a-t-il indiqué. C'est un beau projet: pensez-y, elle a seulement 15 combats, ça fait trois ans qu'elle boxe et elle fait une finale à la télé à la carte. Avec elle, on a vraiment pris les bouchées doubles tout le temps.»

Le promoteur estime que la championne va éventuellement être «capable de remplir des amphithéâtres».

«Quand je regarde le nombre d'abonnés Facebook que j'ai, je ne peux pas croire qu'il y a tant de gens qui me supportent, a avoué la principale intéressée. Ça, pour moi, ce n'est pas une pression, c'est un moteur, de l'énergie, et ça me permet de redoubler d'effort dans le ring et à l'entraînement.»