Remparts Wildcats

Crédit : Simon Clark/Agence QMI

LHJMQ

Repêchage: la fin d’un chapitre pour les Pelletier

Publié | Mis à jour

Il y a six ans, Jakob Pelletier dominait le Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, marquait trois buts en finale de la classe AA et était nommé le joueur du match. C’est un peu à partir de ce moment que ses proches ont compris qu’il avait un talent spécial. Toutefois, la famille Pelletier ne s’était jamais imaginé que, six ans plus tard, le «bébé» de la famille deviendrait la propriété d’une équipe de la Ligue nationale de hockey.

Parce que Pelletier sera repêché, le week-end prochain à Vancouver. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est où et à quel rang. Les avis sont d’ailleurs partagés, et certains le voient devenir un choix de milieu de première ronde vendredi soir, tandis que d’autres pensent qu’il devra patienter au lendemain, en deuxième ronde.

Mais ça, c’est un peu secondaire pour Pelletier et sa famille à quelques jours à peine du repêchage.

«On essaie de réaliser qu’on est rendus là. On vient à peine de digérer le repêchage de la LHJMQ que celui de la LNH arrive. J’ai l’impression de ne pas avoir pu revenir sur terre encore, que notre bébé va être repêché dans la LNH», mentionne Mario Pelletier, le père d’une famille de trois garçons.

«On dirait qu’on repoussait ça chaque année, ajoute Jakob. À mon année bantam, on disait que c’était encore loin. Même chose midget. Là, on y est. Je ne réalise pas encore que ça s’en vient dans moins d’une semaine.»

Une affaire de famille

Peu importe son rang de repêchage, l’attaquant des Wildcats de Moncton vivra assurément l’un des plus beaux moments de sa jeune carrière. Mais ce ne sera pas une affaire personnelle, assure-t-il.

La famille Pelletier-Latulippe est tissée serrée. La visite du Journal au domicile familial la semaine dernière l’a confirmé. Le grand moment qui s’en vient sera la consécration de plusieurs années de travail et de sacrifices autant pour Jakob que pour sa famille, et ils le vivront ensemble.

Ce sera le début d’un nouveau chapitre.

«C’est la fin d’une étape pour notre famille, estime aussi Charles-Antoine, l’aîné des trois frères. Jakob va être repêché dans la LNH, tandis que moi je quitte la maison pour m’installer à Rivière-du-Loup avec ma copine. C’est un peu comme un dernier voyage familial, et on compte en profiter. Ajoute à ça le repêchage, et ça rend l’expérience parfaite.»

Le fan-club présent

Jakob et sa famille prendront le chemin de Vancouver demain, sans trop d’attentes. Si les chances sont bonnes qu’il devienne une sélection de premier tour, la possibilité qu’il ait à attendre au lendemain avant d’entendre son nom existe également.

Une situation qui apporte, malgré tout, son lot de stress.

«Je pense que c’est ce qui est le plus stressant. À son repêchage de la LHJMQ, on savait quelques semaines à l’avance qu’il allait sortir troisième. Là, on n’a aucune idée. Les gens le placent entre 15 et 45», ajoute Thomas, l’autre frère de la famille.

Ce voyage débutera demain pour le père, Mario, la mère, Nancy, les trois frères et leurs copines respectives. S’ajoutera ensuite à cela une quarantaine d’autres membres de la famille et amis qui se déplaceront jusqu’en Colombie-Britannique pour vivre ce moment avec les Pelletier-Latulippe.

Et peu importe le moment où le nom de Jakob résonnera dans les hauteurs du Rogers Arena, ils vivront un moment magique.

À Vancouver sans attentes

Jakob Pelletier ne cache pas qu’il s’imagine parfois sur le chemin menant à la scène après qu’une équipe de la LNH aurait prononcé son nom en première ronde du repêchage.

De toute façon, s’il avait dit le contraire, on ne l’aurait pas cru. Le repêchage étant devenu ce qu’il est, la première ronde revêt toujours un caractère particulier en raison de toute l’attention médiatique qui y est apportée à travers l’Amérique.

Mais l’attaquant des Wildcats de Moncton se veut réaliste. Il regarde et lit ce qui se dit à son sujet sur les médias sociaux et dans les différents repêchages simulés. Il sait que la majorité des experts le voient comme un choix de fin de première ronde ou début de deuxième. Dans son for intérieur, il sait aussi ce qu’il vaut par rapport aux autres espoirs admissibles en 2019.

D’ailleurs, la majorité des 27 équipes qui l’ont rencontré au dernier Combine de la LNH à Buffalo lui ont posé la question à savoir où il se voyait sortir, vendredi ou samedi prochain. «J’ai été réaliste avec eux. Je me vois sortir entre 15 et 35. Je préfère ne pas me mettre des standards trop hauts ou de la pression parce que, peu importe où je me retrouve, je vais être fier. Je vais arriver au camp d’entraînement avec le même état d’esprit, peu importe mon rang de sélection. Par contre, on ne sera fera pas de cachettes, j’aimerais sortir en première ronde.»

Les quatre équipes n’ayant pas parlé à Pelletier lors du dernier Combine sont les Sharks de San Jose, les Penguins de Pittsburgh, les Capitals de Washington et les Panthers de la Floride.

Comme le repêchage LHJMQ

Même si le jour le plus important de sa jeune carrière de hockeyeur arrive à grands pas, ça n’empêche pas de dormir l’ailier gauche de 18 ans.

«Je ne me sens pas différemment d’avant mon repêchage LHJMQ. Je pense justement que cette expérience m’a préparé à ce qui s’en vient. J’ai décidé de ne pas me mettre de pression supplémentaire par rapport à ça. Je pense aussi que le fait que je n’ai pas vraiment réalisé durant la saison que c’était mon année m’a aidé. Il y en a qui y pensent trop, qui pensent au fait qu’il y a des recruteurs dans les gradins et ça ne les aide pas. Pour moi, ç’a été une année comme l’an dernier et comme l’an prochain.»

«Il ne faut jamais miser contre Jakob» - Mario Pelletier

Mario Pelletier l’avoue en riant: plus jamais il ne misera contre son fils.

Le paternel est toujours demeuré très humble malgré les succès de Jakob. Pas qu’il ne croyait pas en lui, bien au contraire, mais il préférait ne pas se faire des attentes démesurées. Au fil des ans, les détracteurs ont été nombreux à l’endroit de l’attaquant, lequel fait aujourd’hui 5 pi, 9 po et 161 lb. «Il est trop petit», lui a-t-on souvent dit.

Le paternel savait ce dont était capable son fils, mais il préférait demeurer le plus objectif possible au sujet de ses succès.

«Ça part de loin. À cinq ans, il nous disait qu’un jour, il allait jouer pour les Remparts. On ne voulait pas péter sa bulle. On allait à l’aréna avec lui, on regardait les choses aller. Quand il est arrivé bantam, tout le monde disait qu’il allait frapper un mur avec la mise en échec et finalement il a très bien agi. Moi, c’est quand il est arrivé midget AAA que j’ai frappé le mien. Il avait toujours confondu les sceptiques, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il connaisse une aussi bonne saison. Par la suite, il a été repêché dans le junior majeur et a réalisé un rêve. Il me l’a mis dans les dents!» raconte le papa avec humilité et fierté.

Puis, avant qu’il parte pour sa première année junior à Moncton, les membres de sa famille y étaient allés de prédictions — sans que Jakob le sache — sur combien de points il ferait à 16 ans dans le circuit Courteau. Personne, outre son parrain, n’avait prédit qu’il réussirait plus de 30 points. Finalement, il a terminé sa première campagne dans la LHJMQ avec un dossier de 61 points en 60 parties.

«Encore une fois, je l’ai eu dans la face. J’ai maintenant compris qu’il ne faut plus jamais miser contre Jakob», ajoute Mario Pelletier.

Payer ses billets

L’attitude du père, d’ailleurs, reflète en fait celle de toute sa famille. Personne ne l’a mis sur un piédestal. Ils l’ont suivi et soutenu, mais sans jamais en faire une vedette.

Malgré les nombreux rassemblements à la maison des Pelletier pour regarder les matchs des Wildcats, jamais Jakob n’a été traité différemment. Dans la famille, c’est le «TC» ou «Ti-Cousin» et, pour les amis, c’est «Jak».

«C’est vraiment dans le midget AAA qu’on a réalisé qu’il avait le talent pour aller loin. Moi, je l’ai réalisé quand j’ai commencé à payer pour aller le voir jouer ! Quand tu arrives à la porte, qu’il y a une file d’attente, que tu dois payer ton entrée et qu’on t’offre un alignement des deux équipes, tu réalises que c’est un peu plus gros», mentionne son frère Charles-Antoine.