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Tennis

Roland-Garros : à la recherche d’un champion

Publié | Mis à jour

PARIS - La France n’a vu aucun de ses talents masculins locaux remporter le tournoi de Roland-Garros depuis le sacre de Yannick Noah en 1983. Même s’ils continuent d’espérer, les perspectives ne sont pas nécessairement encourageantes.

À l’heure actuelle, Gaël Monfils est assurément le joueur natif de l’Hexagone ayant le plus de chance de mettre fin à cette disette. Classé 17e au monde – un sommet chez les joueurs français –, Monfils avait fait une entrée prometteuse au milieu des années 2000. Jeune, fougueux et charismatique, il avait atteint les huitièmes de finale à Roland-Garros en 2006, à l’âge de 19 ans, puis la demi-finale deux ans plus tard, s’inclinant face à Roger Federer, alors premier joueur mondial.

Monfils n’a toutefois jamais été en mesure de répéter ses exploits. Aujourd’hui âgé de 32 ans, il compte tout de même huit titres en carrière sur le circuit de l’ATP et a atteint le 6e rang mondial en 2016.

Néanmoins, à 32 ans, il n’a toujours pas mis la main sur un titre majeur.

«Je veux gagner un titre majeur, un gros tournoi. Évidemment, ça inclut Roland-Garros», avait-il assuré en début de compétition.

Monfils n’a pas toujours été épargné par la presse autant française qu’internationale. L’ancien joueur John McEnroe en avait même parlé comme de la plus grande déception de l’histoire, en 2016.

Toutefois, les médias français en parlent récemment comme d’un joueur transformé, plus mature, plus sérieux.

«De temps en temps, mon jeu est correct et parfois il est excellent. Parfois, je ne me sens pas aussi bien, mais ça ne veut pas dire que mes ambitions changent. C’est ce que j’aimerais que les gens comprennent. Tu peux avoir de grandes ambitions même si ton jeu n’est pas à son meilleur.»

Monfils affrontera au troisième tour, samedi, son jeune compatriote de 20 ans Antoine Hoang.

Une ère difficile

D’un autre côté, soyons honnêtes. Il n’y a eu que quatre champions différents à Roland-Garros au cours des 14 dernières années, soit depuis 2005, dont Rafael Nadal qui a remporté le titre à 11 reprises. Les trois autres à être parvenus à détrôner Nadal ont été Roger Federer (2009), Stanislas Wawrinka (2015) et Novak Djokovic (2016).

Il n’y a donc pas que la France qui attend depuis longtemps un champion à Roland-Garros.

«Rafa, Djokovic et Roger sont les plus grands palmarès depuis un siècle et ils jouent tous dans la même époque. Forcément, les joueurs français prennent ce qui reste. Même si tu es capable de battre une fois Federer ou Djokovic, de battre les deux dans un même tournoi, en Grand Chelem, en cinq sets, peu de joueurs peuvent faire ça», estime le directeur de Roland-Garros.

Guy Forget, dans sa carrière de joueur, a atteint les huitièmes de finale à deux reprises aux Internationaux de France, soit en 1986 et 1991.

La fédé en cause ?

Selon lui, il est fondé à se questionner sur le travail de développement de la Fédération française de tennis, mais il reste que, selon lui, il y a un grand facteur chance dans le développement d’athlètes d’élite.

«Il y a des choses qui sont propres à l’inné. Je ne pense pas que Federer est ce qu’il est parce que la Fédération suisse a fait un programme innovant. Il aurait sorti du lot même s’il était né à Cape Town en Afrique du Sud.»

Un voyage dans le temps pour Federer

Roger Federer l’avoue : sa première participation au tournoi de Roland-Garros en quatre ans lui fait vivre un véritable voyage dans le temps.

Bien sûr, les médias ici se l’arrachent et les questions vont d’époque en époque. On lui parle évidemment souvent de sa seule victoire à Paris, en 2009, et, vendredi, un journaliste lui a demandé de raconter les souvenirs de sa première rencontre avec Kim Clijsters, en 1998, lorsqu’il était rentré au restaurant avec ses cheveux blonds.

Tout ça en plus du fait que vendredi, il a affronté – et battu – le jeune norvégien de 20 ans Casper Ruud, dont le père, Christian Rudd, a évolué pendant dix ans sur le circuit de l’ATP et contre qui Federer a évidemment déjà joué.

«J’ai l’impression que mes 20 années sur le circuit ont passé trop vite. J’aime penser à Florence en 1998, ou les juniors avant, parce que j’avais eu beaucoup de plaisir. Quand tu joues contre des joueurs comme Casper Ruud, les gens demandent comment c’était à l’époque. Quand j’ai commencé sur le circuit, il n’était presque pas né. Il y a donc beaucoup de gens qui, sans dire qu’ils vivent dans le passé, ont plusieurs souvenirs. J’imagine que c’est aussi dû au fait que je ne suis pas venu ici depuis plusieurs années. Par contre, soyez assurés que je regarde le pointage pour savoir l’identité de mon futur adversaire parce que je suis toujours dans le présent», a-t-il mentionné en riant et en pointant l’écran, à sa droite, affichant les scores des autres matchs en temps réel.

Un 400e match

Le jeune Ruud, sans dire qu’il l’a embêté, lui a tout de même offert une belle opposition vendredi, notamment lors de la troisième manche qu’il a forcé Federer à remporter 10-8.

Malgré tout, Federer continue sa marche vers l’histoire. Il s’agissait vendredi de son 400e match en tournoi du Grand Chelem.

«Je suis très content. Il y a quelques mois, je ne savais pas à quoi m’attendre. Maintenant, je sais quel est mon niveau. Je ne sais toujours pas si je peux être au sommet de ma forme, mais il semble que je m’y approche. Peut-être pas non plus. Je suis simplement heureux d’avoir la chance de le découvrir.»

Au prochain tour, Federer affrontera l’Argentin Leonardo Mayer, qui a défait, vendredi, le vétéran français Nicolas Mahut (voir texte ci-contre).

Par ailleurs, Rafael Nadal a lui aussi continué son chemin à Roland-Garros en l’emportant en quatre manches de 6-1, 6-3, 4-6 et 6-3 contre le Belge David Goffin.

Les larmes de Nicolas Mahut

Le parcours de rêve du vétéran Nicolas Mahut a pris fin vendredi, au troisième tour, avec une défaite en quatre manches contre Leonardo Mayer. La foule parisienne n’a toutefois pas passé sous silence l’exploit de la raquette de 37 ans, en lui offrant une longue ovation après le match. Les larmes aux yeux, Mahut a par la suite reçu la visite de son fils sur le court, question d’attendrir les cœurs les plus durs. Même Mayer s’est joint à la foule en se levant et en acclamant le favori local, les larmes aux yeux lui aussi.

«C’était un mélange d’émotions. La fatigue du match, mon corps faisait mal de partout. Et une fois ce match finit, qu’il vienne me réconforter... Normalement, c’est lui qui pleure et moi qui le réconforte, mais, aujourd’hui, c’était le contraire. C’était très émouvant», a mentionné Mahut, qui a peut-être disputé son dernier Roland-Garros en carrière.

Monfils, son «coach» et sa «meuf»

Gaël Monfils partage sa vie avec la joueuse ukrainienne Elina Svitolina, mais il l’assure : ce n’est pas cette histoire d’amour qui en fait un joueur transformé ! Le joueur français a esquissé un sourire, lorsque questionné à ce sujet après son match de jeudi.

«Je veux mettre quelque chose au clair. Avec Elina, c’est magnifique, c’est cool. Ça fait un certain temps qu’on est ensemble et c’est fabuleux. Mais si les gens commencent à me dire que je joue mieux au tennis, que je suis plus rigoureux à cause d’elle... Cette année, j’ai changé d’entraîneur [il a engagé l’Américain Liam Smith]. J’ai l’impression que j’ai plus peur de mon coach que de ma meuf ! Tu vois ce que je veux dire ? Si je suis en retard, qu’est-ce qu’Elina va dire ? Mais mon entraîneur, lui, il va dire quelque chose. [...] Mon entraîneur perd le crédit qui lui revient.»

Le jour des marathons

Il a coulé de la sueur sur les différents courts de Roland-Garros, vendredi, et pas seulement parce qu’il s’agissait de la plus belle journée de la quinzaine jusqu’à maintenant ! Lors du premier match de la journée sur le court Suzanne-Lenglen, la Belge Élise Mertens et la Lettone Anastasija Sevastova se sont livré une véritable guerre de tranchées de 3 h 18 min, notamment en raison de la dernière manche, qui s’est soldée 11-9 en faveur de Sevastova. Le Japonais Kei Nishikori et le Serbe Laslo Djere ont eux aussi fait durer le suspense, sur le court numéro 1. Malgré une belle bataille de son rival et 31e tête de série, Nishikori est venu à bout de ce dernier en cinq manches et 4 h 26 min.