Isaac Ratcliffe et Nick Suzuki

Photo : Isaac Ratcliffe et Nick Suzuki Crédit : Marc DesRosiers / Agence QMI

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Suzuki et Ratcliffe: comme des frères

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C’était l’après-midi du 8 janvier. Le Storm de Guelph préparait son match face aux Knights à London, en soirée. Isaac Ratcliffe se réveillait tranquillement d’une sieste quand son cellulaire a sonné. C’était son ami d’enfance, Nick Suzuki.

«Que fais-tu?» lui demande le convoité petit attaquant de l’OHL, qui portait alors les couleurs de l’Attack d’Owen Sound.

Ratcliffe lui répond qu’il se réveille et prépare son match dans sa ville natale en lui renvoyant la même question.

«Je m’en vais te rejoindre, réplique Suzuki. Je suis en route. Je joue maintenant pour le Storm.»

Le capitaine a bondi du lit d’un trait. Il était si excité qu’il serait descendu dans la rue pour festoyer. Il ne rêvait pas. Son complice au hockey mineur, celui qui lui avait refilé des centaines de rondelles de 2013 à 2015 chez les Junior Knights, finirait la saison à ses côtés. Ce soir-là, il a inscrit deux buts dans l’amphithéâtre où il traînait avec son copain à l’adolescence.

À 6 pi 6 po et 204 livres, on pourrait croire que Ratcliffe est le grand frère de Suzuki. Tout dépend de la manière dont on voit leur relation. Parfois, c’est celui de 5 pi 11 po qui met l’autre sur le droit chemin. Mais ensemble, ils font la paire.

L’entraineur-chef, George Burnett, les a vite rassemblés au sein du même trio.

L’un pour l’autre

«C’est une chance unique. Nick est probablement l’un des meilleurs joueurs de notre ligue, sinon le meilleur, et il est à mes côtés», signale avec enthousiasme le gentil géant, qui a récolté 44 points en jouant à l’aile de Suzuki en deuxième moitié de saison. L’espoir du Canadien l’a devancé avec 49 points en 29 matchs de saison régulière dans l’uniforme du Storm. Depuis le début des séries, ils en totalisent 54.

«Nous avons joué ensemble à partir de l’âge de 7 ans. Il a toujours été à mes côtés dans les rangs mineurs, même dans les équipes de développement», raconte Ratcliffe.

«Nous avons connu beaucoup de succès ensemble. C’est en grande partie grâce à Nick, poursuit-il avec reconnaissance. Il a une intelligence du jeu si développée, un tir foudroyant et des habiletés que je n’ai jamais vues au hockey.»

«Il s’est toujours appliqué à faire les bonnes choses, que ce soit à l’attaque ou en défensive. J’ai vraiment bénéficié de son talent dans ma carrière. Et il a aussi profité du mien», relate l’attaquant de 20 ans dans un concert d’éloges.

«C’est un grand meneur. Avoir la chance de terminer ma carrière junior avec lui et l’opportunité de gagner un championnat ensemble, c’est inespéré.»

Ratcliffe attend ce moment depuis qu’il a mis les pieds à Guelph. À ses deux premières saisons, le Storm a terminé dans la cave au classement général de la Ligue de l’Ontario. Il a vécu la traversée du désert à ses quatre campagnes juniors. Il a vu l’arrivée de son «pote» comme une récompense.

Le «miracle» 

Ratcliffe et Suzuki ont en quelque sorte vécu leur «miracle sur glace» le 16 avril. Tirant de l’arrière 0-3 dans la série de second tour face aux Knights de London, le Storm a nivelé la série et forcé la tenue d’un septième match au Budweiser Gardens.

Sous les huées de la foule, les deux natifs de London s’y sont éclatés devant leur famille et une armée de partisans qui avaient fait le voyage de 90 minutes. Ils ont chacun amassé trois points dans la victoire de 6 à 3 pour éliminer la prestigieuse organisation des frères Hunter.

«C’est le plus gros match auquel j’ai participé dans ma vie, assure l’espoir des Flyers de Philadelphie avec fierté. Pouvoir éliminer les Knights au Bud, l’équipe que j’ai regardée durant toute ma jeunesse, en comblant un déficit de 0-3, c’était incroyablement excitant.»

Plus jeune, il était de l’autre côté des baies vitrées à encourager les Knights par tous les moyens possibles et rêvait de se retrouver un jour sur la glace. Réaliser un rarissime exploit à sa dernière année junior, un moment de grande joie partagé avec son complice de toujours, restera à jamais gravé dans sa mémoire.

«La façon dont Nick et moi avons travaillé ensemble au fil de ces années, voir où nous sommes rendus en repoussant nos limites l’un et l’autre, c’est spectaculaire», souligne-t-il.

L’espoir de l’organisation évoluant dans la ville de l’amour fraternel doit savourer chaque moment, car très bientôt il aura à pourchasser son «frère» qui, lui, portera l’uniforme du Canadien.