Matthieu Quiviger

Le Blitz de Montréal, l’équipe de football la plus résiliente du Québec?

Le Blitz de Montréal, l’équipe de football la plus résiliente du Québec?

Matthieu Quiviger

Publié 03 mai
Mis à jour 03 mai

Le 27 avril dernier, j’ai assisté à l’entraînement du Blitz de Montréal. Il avait lieu à l’extérieur, sur un terrain de Laval. Il faisait froid ce matin-là comme c’est souvent le cas ce printemps. Des pratiques de foot, j’en ai quand même zieutés plusieurs dans ma vie.

À l’entraînement, rien ne sortait de l’ordinaire: réchauffement, drills d’agilité, ateliers techniques. Pendant la dernière demi-heure, Larry Ghio (entraîneur-chef) commandait une session de travail 12 contre 12. Les passes étaient longues, les ballons bien placés, la défense contrôlait bien les gaps et appliquait une couverture homme à homme (vocabulaire sportif oblige).

Après quelques jeux, le quart-arrière s’évade: «Don’t touch the QB!», s’écrie un secondeur à l’adresse des recrues. Ça me fait rire parce que j’y vois une délicatesse et un fair-play peu communs en pleine action sur un terrain.

Le Blitz de Montréal est une équipe de football sénior entièrement féminine. Les joueuses du Blitz viennent de partout. Leur âge varie de 17 à 33 ans. La plupart sont d’anciennes joueuses de flag-football. Quelques-unes ont joués au football contact avec les garçons, mais ont été mises de côté après leur graduation du Bantam. Elles proviennent également de tous les milieux sportifs : ski, athlétisme, aviron, basketball, rugby, gymnastique... Ce sont aussi des femmes occupées.

Football sénior oblige: presque la moitié de l’équipe travaille à temps plein, les autres poursuivent actuellement leurs études. On retrouve chez les quarante joueuses des enseignantes, des psychologues, des préparateures physiques, des membres de l’Armée Canadienne, des intervenantes sociales, des policières et même une douanière.

Une histoire tumultueuse

L’origine du football féminin québécois remonte au début de ce millénaire. Un regroupement d’athlètes originaires de la région montréalaise évolue avec le Galaxy de Rochester dans l’État de New York. En 2001, Margaret Mayo, fonde une première équipe de football féminin à Kahnawake. 2002 marque l’entrée officielle du Blitz aux États-Unis dans le circuit de la IWFL (Independant Women’s Football League).

Au début, les équipes de l’IWFL tolèrent leurs adversaires montréalaises contre qui elles obtiennent un certain succès. Venir jouer au Nord de la frontière est onéreux, mais les Américaines trouvent le moyen de s’y rendre une fois par saison. Après un bout de temps, les équipes membres de l’IWFL commencent à se joindre à une autre organisation: la WFA (Women’s Football Alliance).

À la fin de la saison 2016, le Blitz quitte la IWFL et on invite la formation montréalaise à se joindre elle aussi à cette ligue. Plus les années passent, plus le Blitz s’améliore. Bientôt, une rivalité intense prend forme entre les Sharks de NY et leurs rivales du Québec.

En 2017, le Blitz commence à prendre le dessus de façon récurrente sur les New-Yorkaises. Pendant la saison régulière, l’autobus des Sharks est stoppé à la frontière. Les Américaines doivent négocier dur leur entrée au Canada en raison de 6 joueuses qui ont un passé judiciaire. L’ensemble de l’équipe arrive finalement au match à la dernière minute (d’une demi-heure ajoutée) et doivent par conséquent réduire considérablement leur temps de préparation. Le Blitz éclate les Sharks.

Cette victoire contribuera à donner aux Montréalaises l’avantage du terrain lors des séries éliminatoires et à alimenter les discussions entre Américaines sur la viabilité des affrontements contre une équipe canadienne. En demi-finale, le Blitz est l’hôte de l’Inferno de Tampa Bay qui, suite aux déboires de leurs compatriotes, refusent de traverser la frontière canadienne. Selon elles, beaucoup de leurs athlètes n’ont pas de passeport et une dizaine (au passé trouble) pourraient se voir refuser l’accès. Après une période de négociation, le Blitz accepte de jouer la partie à Plattsburgh sur un terrain loué à ses frais, loin de ses fans. Les Québécoises sont éliminées.

Malgré la saison tumultueuse, le Blitz souhaite poursuivre ses opérations au sein de la WFA. Cependant, à la suite d’un vote des autres équipes, la ligue émet une condition: que leur terrain «local» soit situé aux États-Unis. Une exigence de taille pour les Québécoises qui refusent.

L’avenir du Blitz

En 2018, le Blitz devient une équipe orpheline. Les joueuses se retrouvent sans adversaire bien qu’elles aient remporté 4 championnats de ligue, un championnat canadien (2012) et comptent dans leurs rangs plusieurs joueuses qui ont contribué à 3 titres mondiaux (Suède 2010, Finlande 2013 et Canada 2017).

En 2018, un sentiment d’urgence habite les administratrices. Elles savent pertinemment qu’une saison sans match pourrait entraîner la dissolution définitive de la seule équipe de football féminine québécoise. Elles acceptent de jouer 4 matches hors-concours contre le MIFA Allstars Ontario de Mississauga tout en nourrissant l’espoir de joindre la MWFL qui compte cinq équipes dans les Maritimes.

Chaque joueuse du Blitz débourse de sa poche près de 1200$ par année pour vivre sa passion du football. Dans les Maritimes, le coût d’inscription est beaucoup moins dispendieux. Pour les footballeuses de l’Est, l’obligation de voyager au Québec, au moins une fois par année ajouterais à la dépense ce qui clos rapidement le débat.

Ce qui m’a particulièrement frappé lors de ma visite à l’entraînement du Blitz est le sens aigu de l’organisation dont témoignent toutes les discussions. La passion du football est évidente chez les administratrices, les joueuses et les entraîneurs. Dans le passé, l’équipe l’a clairement démontré : rien n’est acquis dans son domaine, elle est ouverte à toute les possibilités et prête à se retrousser les manches pour favoriser son adhésion définitive à une ligue féminine viable. Ces athlètes vont tout faire pour continuer d’exister.

Qu’une seule équipe féminine existe au Québec reste surprenant. Chez les hommes, notre province a prouvé depuis longtemps qu’elle demeure l’épicentre du football amateur canadien. D’ailleurs, comme c’est le cas entre les Carabins et le Rouge et Or et anciennement entre le Canadien et les Nordiques, les femmes du Blitz de Montréal rêvent du jour où elles affronteront régulièrement une équipe de Québec. À ce sujet, un dialogue est déjà entamé avec Football Québec. Une équipe dans l’Outaouais est aussi une possibilité qu’elles envisagent.

Pour l’instant, nos Québécoises ont mis au point leur calendrier 2019. Encore cette saison, elles joueront des matches hors-concours. Le 1er juin, elles joueront un premier match contre MIFA à Mississauga. Le 8 juin, elles affronteront les Misfits de Toronto au stade du Centre Claude-Robillard et le 15 juin, elles y recevront le Mifa. Elles prendront ensuite la route vers Saskatoon pour jouer contre les Valkyries en juillet. L’équipe est toujours en attente d’une confirmation pour un 5eme match contre les Maritimes vers la fin juillet.