Crédit : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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«On ne peut pas leur passer une p’tite vite» - Pouliot

Publié | Mis à jour

Depuis ses débuts dans le hockey junior en 1989, Mario Pouliot a constaté plusieurs transformations et dirigé des générations aux antipodes. Celle de 2019 n’a rien à voir avec celles des années 1990. Paroles d’un homme qui a relevé bon nombre de défis en carrière.

Sur son chemin, il a croisé les enfants de joueurs qu’il a connus à ses débuts derrière un banc en 1990-1991, à Saint-Hyacinthe. Un signe de longévité dans le domaine!

L’entraîneur qui dirige les Huskies de Rouyn-Noranda aura essuyé des échecs avant d’apprendre à gérer avec succès la génération Y, celle des milléniaux. Une cohorte bien différente de celles qu’il a rencontrées en 1990, 2000 et 2010.

«C’est un défi quotidien, réplique rapidement avec un sourire l’homme de 55 ans, lorsque questionné sur le sujet. Cette génération nous pousse à trouver de nouvelles méthodes d’entraînement et à user de créativité. Ce sont des jeunes excessivement brillants. Chaque journée est valorisante, car le respect doit être commun.»

«Ils sont allumés, à l’affût de tout. Ils savent tout ce qui se passe, renchérit-il. On ne peut surtout pas leur passer une p’tite vite. Ils veulent savoir comment ils peuvent progresser avec ta méthode. C’est un partenariat.»

Ouverture obligatoire

Et puis Mario, toi qui avais franchi le point de non-retour à Baie-Comeau, en 2012, en poussant la note par tes exigences et ton intransigeance, comment t’y es-tu pris pour t’adapter ?

«J’ai dû ouvrir mon esprit, réplique-t-il avec un autre grand sourire, en remerciant André Tourigny de lui avoir accordé une seconde chance. Auparavant, il fallait forcer les joueurs à se rendre à un objectif. Maintenant, ça se fait tout le monde ensemble. Ce n’est pas une affaire de coachs et de joueurs. C’est une question d’unité. Tout le monde fait partie de l’équation. Les temps ont changé. Ils ont beaucoup évolué.»

«Il faut toujours communiquer, ajoute-t-il. Certains aspects, comme la présentation, le style de jeu et l’éthique de travail sont non négociables à mes yeux. Mais ma porte est toujours ouverte. Les joueurs savent qu’ils peuvent venir me parler et que je vais les écouter. Je peux leur livrer mes explications. La relation est dans les deux directions.»

«Tout est dans la façon de le dire. Les joueurs veulent savoir la vérité. Il faut être honnête. Je dis la vérité, mais de manière respectueuse.»

Fierté quotidienne

Dans sa quête quotidienne vers l’excellence, Pouliot retire une énorme satisfaction à voir progresser ses ouailles. Selon lui, un joueur se démarque par son authenticité. «Un vrai va démontrer sa volonté de se surpasser. Peu importe son talent, il aspirera à devenir un bon joueur», assure-t-il.

Pour s’y faire, l’instructeur ne fonde rien sur les résultats. Il établit les bases de la progression sur un processus précis qui le rendra meilleur chaque jour. «Il faut maximiser le potentiel de chacun d’eux. Le reste se fait tout seul», croit-il à propos de l’évolution individuelle.

Quant à l’évolution collective, tout est une question de connexions, autant sur la glace que dans le vestiaire, ou dans la vie quotidienne.

«Il faut bien connaître chaque individu, qui connecte avec qui. Car, en fin de compte, le hockey est une affaire de connexions. Tu peux avoir les meilleurs joueurs et faire n’importe quoi. Il doit y avoir une connexion, sinon ça ne mène à rien.»

Apprentissages

Ces notions, Pouliot les a apprises au fil du temps. Autant dans sa vie familiale que dans sa vie professionnelle. Comme les générations, il a évolué. Il a observé des entraîneurs travailler avec ses trois enfants, au soccer comme au hockey. Il a lu et écouté pour s’améliorer. Il s’est ajusté en ajoutant son grain de sel personnel.

À force d’analyser et de mettre en application ses nouveaux apprentissages, il a corrigé ses erreurs du passé. Par chance, il était bien entouré et son chemin l’a mené vers des gens qui lui ont accordé une chance.

Sa conquête des coupes du Président et Memorial au printemps 2018, avec le Titan, a prouvé qu’il avait changé.

«Je ne suis pas un ancien joueur pro. Je n’ai pas suivi un parcours facile. J’ai su persévérer. J’espère donner espoir à un certain groupe d’entraîneurs qui ne sont pas d’anciens pros. Si on croit en nos moyens, qu’on travaille, qu’on persévère, on va peut-être arriver à quelque chose», insiste l’homme qui sera de retour au tournoi de la coupe Memorial une deuxième année de suite, mais derrière un banc différent.

Il a traversé les âges sans relâcher. C’est là sa plus grande marque de reconnaissance. À 55 ans, il est réaliste. Le temps peut jouer contre lui dans une carrière chez les pros, mais il écouterait les offres. Pour l’instant, il est heureux en développant les talents de demain.