Lutte

Entrevue exclusive: un congé salutaire pour le Québécois Sami Zayn

Entrevue exclusive: un congé salutaire pour le Québécois Sami Zayn

Patric Laprade

Publié 15 avril
Mis à jour 15 avril

À pareille date l’an dernier, plusieurs amateurs se demandaient où s’en allaient les histoires de Sami Zayn à la WWE.

Dans une rivalité avec Bobby Lashley, qui soit dit en passant ne passera pas à l’histoire, les fans se questionnaient sur la suite des choses. Seul Zayn connaissait la réelle destination.

Il était blessé aux deux épaules et avait besoin de se faire opérer. Ce n’était pas une première pour lui, alors qu’il avait été opéré à l’épaule gauche en 2015 suite à une blessure subie à Montréal juste avant un match contre John Cena. Mais l’expérience allait s’avérer tout à fait différente.

«Les deux fois sont très différentes, explique Zayn, de son vrai nom Rami Sebei, dans une entrevue exclusive avec TVA Sports. La première fois, je faisais mes débuts à Montréal contre John Cena et j’étais encore à NXT, alors je ne savais pas si j’étais pour rester sur l’alignement principal ou pas.

«Cette blessure a donc été plus difficile mentalement. Mais cette fois-ci, mes deux épaules me donnaient des problèmes depuis un moment, alors c’était différent. Je terminais mon histoire avec Bobby Lashley et je me faisais opérer. Il y a une grosse différence entre une opération suite à une blessure qui arrive de nulle part et une opération pour laquelle tu as le temps de te préparer.

«Alors j’ai pu davantage apprécier mon congé de maladie, même si les deux opérations ont été douloureuses. Au niveau mental, j’étais complètement ailleurs que la première fois.»

Si lors de cette première fois il avait manqué presque sept mois d’activité, cette fois-ci, il en a été quitte pour presque 10.

«Ça a été un long neuf mois avec bien des hauts et des bas, explique l’ancien champion NXT. Récemment mes épaules ont eu beaucoup d’inflammation et je sens mes épaules et mes bras plus lourds que d’habitude. Même après neuf mois, je ne suis pas exactement où je voudrais être. Mais juste avant ces récents épisodes d’inflammation, je me sentais dans la meilleure forme que j’avais été depuis longtemps.»

Ce congé de maladie a été des plus salutaires pour Zayn. Il en a profité pour faire le vide, passer du temps avec sa femme, sa famille, venir à Montréal pour plus de deux ou trois jours, relaxer et voyager. Il a entre autres visité l’Islande, la Norvège, la Suisse, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et le Mexique.

«C’est la chose avec la WWE. Même si on voyage beaucoup, on a parfois juste trois ou quatre heures dans un pays pour visiter.»

Ce congé forcé lui a aussi permis de prendre une pause de la corvée que peut être de travailler pour la WWE. C’est un horaire difficile, qui peut devenir éreintant et fatigant, autant pour le corps que pour la tête. Zayn a lutté 175 fois en 2016 et 160 fois en 2017, se retrouvant ainsi dans le top 10 des lutteurs qui luttent le plus souvent à la WWE, sans compter être sur la route en moyenne quatre fois par semaine.

Tout comme plusieurs emplois qui peuvent devenir stressant à la longue et mentalement épuisant, la WWE peut devenir un endroit où tu as besoin d’un peu de recul pour voir les choses plus clairement. Et ce congé a permis à Zayn de constater bien des choses le concernant dans sa relation avec son milieu de travail, ce qui lui a inspiré son tout nouveau personnage de vilain.

«C’était un peu inspiré de mon congé de maladie. Je me rendais compte que j’avais pris beaucoup de mauvaises habitudes et la pause m’a permis de les voir et de les corriger. J’avais lancé quelques idées et une de celles-ci s’est rendue un peu plus loin dans le processus, sans toutefois être acceptée. Alors je ne savais plus quoi faire et Robert Evans (scénariste qui vient tout juste de démissionner), qui est un bon ami, m’a suggéré de devenir un genre de critique des fans les plus passionnés. Puis, on a décidé d’ajouter que les mauvaises habitudes que j’avais développées au fil des ans, je blâmerais les amateurs pour ça, que je dirigerais ma colère d’avoir développé ces habitudes vers les fans.»

C’est ce qui fait que lundi dernier, après avoir fait son retour dans l’arène dans une défaite face au champion Intercontinental Finn Balor, il s’est tourné contre la foule. Ce segment a d’ailleurs failli ne jamais voir le jour. En effet, le tout s’est décidé la journée même de l’événement.

«À un moment donné, dans un scénario très optimiste, je devais revenir pour le Royal Rumble, mais ça n’a pas été le cas, nous apprend Zayn. J’ai su la semaine avant l’événement que je revenais au Raw d’après WrestleMania. On avait parlé que je revienne à Mania, mais on ne savait pas quand j’aurais le ok des médecins, que j’ai eu juste une semaine avant WrestleMania finalement. Il y avait aussi une possibilité que je revienne à Raw à Montréal, mais deux ou trois jours avant Mania, c’est là que j’ai su que je faisais mon retour le lundi suivant. Et même rendu là, je ne savais pas que j’étais pour lutter. Au début c’était une promo, puis un segment en arrière-scène, puis finalement un match, alors ça arrive que les plans changent!»

Plusieurs rumeurs ont circulé à l’effet que Zayn avait maintenant la liberté d’écrire ses propres entrevues, un privilège qui n’est accordé à personne sauf peut-être John Cena. Bien qu’il ait eu une plus grande liberté cette fois-ci, Zayn remet les pendules à l’heure.

«J’ai écrit cette promo, confirme-t-il. J’avais un modèle de la promo que je voulais. Je me suis assis avec un agent et je lui ai dicté ma promo. Il l’a écrit et elle a passé le processus de validation. Je ne sais pas si je suis un de ceux qui a ce privilège. Mais cette soirée-là, j’ai eu la chance de dire ce que j’avais personnellement écrit. Parfois tu dis des choses que tu ne veux pas nécessairement dire dans une promo. Et parfois, ça ressemble plus à ce que tu avais en tête.»

Zayn a un but bien précis avec son nouveau personnage et il ne veut absolument pas tomber dans les clichés et devenir juste un autre heel. Un peu comme Daniel Bryan, il veut trouver une façon de se faire détester sans tomber la facilité ou dans ce qui a déjà été fait.

«Mon but avec le personnage, et garde en tête que ça ne veut pas dire que c’est ainsi que ça va se dérouler, c’est d’avoir un personnage qui voit plus clair parce qu’il a eu du temps à l’extérieur de la bulle qu’est la WWE, qui se rend compte que son environnement de travail est toxique et qui décide de blâmer la foule. Je ne veux pas dire par exemple que le Canadien n’a pas fait les séries pour me faire huer, ce n’est pas de cette façon-là que je veux interagir avec la foule. Je veux trouver une façon différente, nouvelle, plus créative et intelligente que ce qu’on voit habituellement. Peu importe la ville où je serai. Je veux parler un langage différent. Parce que les gens ont vu un heel qui blâme les fans pour ses problèmes un million de fois, mais il y a aussi un million de façons de le faire. Alors même si à la base le personnage semble simple, ou même si c’est un type de personnage qu’on a vu à plusieurs reprises, l’exécution peut être différente et la façon de le livrer peut être différente aussi. J’aimerais trouver une façon plus sophistiqué de rendre ce personnage-là.»

Aujourd’hui et mardi ce sera le tout premier «International Shake-Up», le soir dans l’année où on brasse les alignements de Raw et de SmackDown. Dans le fond, il s’agit du même «Shake-Up» que l’an dernier, mais au lieu d’être aux États-Unis, c’est au Canada. Cependant, ce sera un «Shake-Up» différent pour Zayn qui a reçu le statut d’agent libre par la WWE, alors qu’il est apparu autant à Raw qu’à SmackDown la semaine dernière, et pourrait donc se retrouver autant avec l’équipe rouge qu’avec l’équipe bleue.

«Les deux sont cool de différentes façons dit-il. Si j’ai besoin d’avoir un peu plus de temps au micro pour établir mon personnage, Raw et ses trois heures est mieux adaptée pour ça. De l’autre côté, SmackDown va bientôt être à Fox, qui n’est pas une chaîne de télévision câblée, qui peut joindre plus de gens, donc ça aussi c’est un avantage. Alors je n’ai pas vraiment de préférence. Les deux amènent quelque chose.»

À quoi les fans de Montréal peuvent s’attendent du «nouveau» Sami Zayn soit lundi, soit mardi au Centre Bell?

«Ce n’est pas ce à quoi les fans de Montréal peuvent s’attendre de Sami Zayn, mais bien ce à quoi Sami Zayn peut s’attendre des fans. Je pense que la foule va être contente de me voir quand je vais sortir vers l’arène. Mais en même temps, si je les insulte, ils vont peut-être me huer. À Brooklyn, plus je leur disais qu’ils étaient des mauvaises personnes, plus ils m’applaudissaient! Alors je ne sais pas, peut-être que les gens à Montréal vont réagir de la même façon.»

Zayn avait signé un contrat de trois ans peu de temps avant de quitter pour ses opérations, alors puisque le temps passé en maladie bien souvent s’ajoute à la durée du contrat, il lui reste encore environ deux ans et demie sur son entente actuelle. De son côté, l’autre Québécois à la WWE, Kevin Owens, a encore quatre années à son contrat. Il serait donc surprenant qu’avec tout ce temps devant eux, que les deux amis ne soient pas placés dans une rivalité, alors que cette fois-ci, les rôles seraient inversés. Ils ont d’ailleurs fait un segment ensemble hors d’ondes mardi dernier à Brooklyn. Les amateurs du Québec auront peut-être droit à la même chose.

«Ce serait intéressant de revisiter cette histoire qui semble ne jamais vouloir se terminer. Mais pour la première fois dans cette histoire, je serais le vilain et Kevin le bon gars. Ça va dépendre si on est sur la même émission ou pas», conclut Zayn.

Sami Zayn, Kevin Owens et toutes les autres vedettes de la WWE seront à Montréal ce soir et mardi pour «l’International Shake-Up». Qui de Raw passera à SmackDown? Qui de SmackDown passera à Raw et donc, potentiellement à TVA Sports les mercredis? Il faudra être présent au Centre Bell pour en savoir davantage. Comme j’aime bien le dire, c’est un RENDEZ-VOUS!