Félix Auger-Aliassime

Photo : Félix Auger-Aliassime Crédit : AFP

Tennis

«Auger-Aliassime n’a aucune faiblesse»

Publié | Mis à jour

Il a été le premier joueur de tennis canadien à se hisser parmi les 100 meilleurs au monde en 1978. Cette année-là, le Québécois Réjean Genois avait créé tout un émoi aux Internationaux des États-Unis en battant la 10e raquette mondiale.

Plus de 40 ans plus tard, un autre talent local fait écarquiller bien des yeux sur la planète tennistique en Félix Auger-Aliassime. Genois s’émerveille en parlant du prodige de 18 ans qu’il considère comme la future «plus grosse vedette sportive du Québec pour les dix prochaines années s’il continue sa progression».

Venant d’une des grandes figures du tennis québécois et canadien, membre entre autres du Panthéon des sports du Québec, la remarque n’a rien de banal. Président de Tennis Québec depuis 1989, Réjean Genois a vu une tonne de joueurs passer dans sa cour au fil des ans, mais aucun ne l’a autant impressionné que le joueur de L’Ancienne-Lorette actuellement 57e au classement de l’ATP. À la prochaine parution, demain, il frôlera le top 30.

«Son jeu est tellement complet, souligne-t-il sans hésitation au cours d’une généreuse entrevue téléphonique avec Le Journal de Québec. Il n’a aucune faiblesse. Il est parti pour une progression constante. Ce n’est pas le genre de joueur qui va atteindre des sommets et qui va dégringoler. Toutes les marches qu’il va monter, il va réussir à y rester.»

Sa plus grande qualité? «C’est un fier compétiteur [...] J’aime beaucoup sa combativité. Il a le jeu parfait pour aller avec sa combativité. De plus, il a su développer des armes puissantes, et au tennis professionnel, ça te prend une grosse arme pour atteindre les plus hauts sommets. Son coup droit et son service se sont grandement améliorés.»

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Si Auger-Aliassime a grandi à L’Ancienne-Lorette avant de déménager à Montréal pour faire partie du Centre national de Tennis Canada, il y a quelques années, Genois a fait ses premières armes avec une raquette et une balle à quelques pas de là, à Loretteville, aujourd’hui un quartier de la ville de Québec.

«Je peux encore me targuer d’être le plus grand joueur de l’histoire de Loretteville!, rigole-t-il. Avant, je disais que j’étais le plus grand joueur de la ville de Québec, mais je laisse maintenant ça à Félix.»

Les similitudes s’arrêtent toutefois là. Les structures mises en place partout au pays étaient quasi inexistantes au milieu des années 1970 et les joueurs étaient pratiquement laissés à eux-mêmes, contrairement à la relève actuelle du tennis canadien.

«Ça n’avait rien à voir avec aujourd’hui! L’ATP a été créée en 1972 et c’était les premières années avec un classement. À 18 ans, moi, je partais avec Richard Legendre pour aller étudier aux États-Unis pendant quatre ans pour parfaire mon tennis, lance celui dont le meilleur classement a été le 86e rang mondial. Jusqu’à 18 ans, je jouais une fois par année au tennis, l’hiver, dans un gymnase, et je jouais l’été sur le circuit canadien. On était un peu à l’époque préhistorique du tennis.»

Encadrement primordial

Ce qui veut dire aussi que les nombreuses distractions potentielles qui guettent aujourd’hui les athlètes professionnels à l’ère des réseaux sociaux, où les sollicitations peuvent venir de toutes parts, étaient absentes du temps de Genois. À ce sujet, il croit que Félix a tous les outils pour ne pas s’écarter du chemin qui le mènera à connaître une prolifique carrière.

«Il est bien encadré, et Félix, je le connais un peu, et il a les deux pieds sur terre. Il n’aura pas la grosse tête. Il ne s’éparpillera pas. Et je pense que ce sera ça aussi pour Bianca Andreescu. Ils veulent atteindre de très hauts sommets au tennis et ils ont des carrières extraordinaires devant eux.»

«Félix n’est pas là pour être le plus populaire, il est là pour jouer au tennis, et il est là pour atteindre ses grands objectifs et ses grandes ambitions. Leurs objectifs et leurs ambitions sont sur la scène tennistique, et non pas sur la scène mondaine.»

N’empêche qu’il faut un mental d’acier pour gravir les échelons. Comme le dit l’expression : il est plus difficile de rester au sommet que d’y arriver.

«Ça prend une bonne tête, reconnaît Genois. Si tu es moindrement fragile et que tu décides de jouer à la vedette, d’essayer de profiter de tout et de délaisser ton entraînement en ayant moins l’accent sur ton jeu, ça peut être dangereux. Il faut avoir de grands objectifs. Et ce n’est pas une garantie non plus d’être le numéro un, parce que ça pousse ailleurs aussi.»