Ski et planche

Alex Harvey brillant sur les Plaines!

Agence QMI / Alain Bergeron 

Publié | Mis à jour

Les plaines d’Abraham savent récompenser en amour les grands artistes qui s’y produisent. Alex Harvey l’a vécu en terminant deuxième de l’épreuve de 15 km en style classique, samedi, sur un coup d’éclat qui assure à lui seul le succès des finales de la Coupe du monde de ski de fond à Québec.

Dans une finale d’anthologie, le Québécois a puisé au plus profond de ses réserves pour s’arracher d’un groupe de cinq skieurs dans les 100 derniers mètres. Quand il est entré deuxième au terme de son effort volcanique, la foule survoltée a vite oublié la victoire du Norvégien Johannes Hoesflot Klaebo.

«Cette semaine, je me disais : si je réussis à faire un podium, ça va être difficile de retenir les larmes», a avoué l’étoile du jour.

Hautes émotions

Bien plus que difficile, ça lui a été impossible. Dès le podium confirmé, la deuxième partie du spectacle s’est jouée en émotions. Harvey s’est affalé dans l’aire d’arrivée, exténué, en pleurant toutes les larmes de son corps. Son père Pierre a enjambé une balustrade pour l’y rejoindre, et on a revu la scène touchante d’il y a un an aux Jeux olympiques lorsque les deux hommes s’étaient enlacés, pleurant leur tristesse de sa quatrième place au 50 km.

À 24 heures de sa retraite définitive, le skieur de Saint-Ferréol a mis deux minutes avant de se relever. Debout, il a porté les mains à son visage dans un geste trahissant ses émotions. Des concurrents de toutes les nations lui ont fait l’accolade. Dans la séquence, on a vu des milliers de spectateurs s’essuyer les yeux.

«La foule m’a aidé beaucoup. Ç’a été une saison difficile, mentalement. Pouvoir donner un peu de plaisir à mes supporteurs, à mes farteurs et mes entraîneurs, ça fait du bien», a exprimé, en pleurs, l’athlète de 30 ans, qui s’est autorisé à considérer ce riche moment supérieur à celui de sa victoire au 50 km des championnats mondiaux en 2017.

«En termes d’émotions, c’est plus gros. Ç’a été difficile pour moi cette année. L’exploit sportif est moins grand, déjà qu’à la base le 50 km est l’épreuve la plus difficile et la plus prestigieuse, mais au niveau des émotions, c’est en haut de ça.»

«Harvey, le véritable gagnant»

Cette deuxième place au goût de victoire semblait lui être destinée. Dans le dernier tiers du match, Harvey a saisi l’occasion d’un groupe de 12 skieurs aux intentions claires. À deux kilomètres de la fin, le Russe Alexander Bolshunov, parmi les plus menaçants, a brisé un bâton, s’éloignant ainsi pour de bon du podium. Puis, dans le dernier kilomètre, la sélection finale s’est faite avec cinq candidats, soit Harvey, les Norvégiens Klaebo, Didrik Toenseth et Sjur Roethe, et l’Italien Francesco De Fabiani.

Nourri par les cris, le chouchou du jour a démontré qu’il avait encore l’instinct requis dans les grands rendez-vous. À la cérémonie du podium, le gagnant Klaebo a joué la grande classe en cédant sa première marche au Québécois, pour le délice des photographes.

«Harvey est le véritable gagnant aujourd’hui, a partagé le virtuose norvégien. Il mérite de monter sur le podium et de voir autant de monde l’acclamer. C’est une belle façon de terminer sa carrière. Il le mérite pour ce qu’il a accompli aujourd’hui et ce qu’il a fait pour notre sport. Il le mérite vraiment.»

«Je m’entends bien avec ces gars-là et c’est beau de voir le respect qu’ils me donnent. Tout le monde aussi, des gars à qui je n’ai jamais parlé, des Slovènes, des Allemands, qui viennent me féliciter. Ça me fait quelque chose», a confié le patron de son territoire.

Harvey s’élancera troisième lors de la poursuite de 15 km en style libre de dimanche, à 10 h 45, 52,8 secondes après le meneur Klaebo. Avec l’énergie qu’a générée la foule de samedi pour son skieur préféré, il serait recommandé au Norvégien de regarder fréquemment dans son rétroviseur.

Bonne fête, papa!

«Le plus beau cadeau que tu peux avoir, ce sont tes enfants. Ton enfant qui réussit à finir sa carrière d’athlète international sur une aussi belle note, c’est sûr que c’est le plus beau cadeau. Il n’y a rien au monde qui peut remplacer ça.»

Pierre Harvey célèbre son 62e anniversaire de naissance dimanche. Cet homme qu’on a décrit comme l’un des plus grands athlètes de l’histoire du pays a reçu de son fils Alex, samedi, une surprise qu’il a partagée avec des milliers de spectateurs.

Son deuxième rang à l’épreuve de 15 km, conclue avec des scènes chargées d’émotions, a provoqué chez la famille des moments encore plus intenses que ceux vécus lorsqu’il avait remporté le sprint individuel à ces mêmes finales de la Coupe du monde, il y a deux ans, à Québec.

«C’est une belle fin de carrière. Il y a deux ans, ça avait été de bons moments, ici. Alex était en super forme, il y avait du monde et il faisait beau, alors je me disais que ça ne pourrait pas être aussi beau, cette semaine. Aujourd’hui [samedi], il a réussi à rendre ça aussi beau», estime le père.

Les souvenirs olympiques

La journée magique de samedi a réveillé des souvenirs aussi émouvants vécus aux Jeux de Pyeongchang, où Alex Harvey avait raté la dernière occasion d’obtenir un podium olympique dans sa carrière en terminant quatrième à l’épreuve de 50 km.

«Ce qu’il vient de faire montre au reste du monde qu’il avait le talent pour être là. Tu n’as pas toujours les occasions de faire une course comme celle-là, qui arrive tous les quatre ans. Quand ça s’appelle les Olympiques et que les 20 meilleurs au monde veulent tous sortir leur meilleure course à vie cette journée-là, il n’y en a qu’un qui gagne», a rappelé le paternel.

«Comme un championnat du monde»

«C’est surprenant, et ça ne l’est pas en même temps», lui a rendu hommage son entraîneur Louis Bouchard au sujet de son résultat de samedi.

«Finir sur une note comme celle-là, c’est comme le Championnat du monde pour lui, ici.»