Ski et planche

Une dernière bataille pour Harvey

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Lieu d’une bataille historique, les plaines d’Abraham s’enrichiront d’une autre forme de souvenirs, durant les trois prochains jours, avec la sortie définitive d’Alex Harvey.

TVA Sports présentera la finale féminine et masculine du sprint 1,5 km style libre dès 13h.

De sa chambre d’hôtel qu’il occupe au centre-ville pour les besoins de ces finales de la Coupe du monde de ski de fond, le skieur le plus prolifique de l’histoire de ce sport au Canada voit clairement le parcours lui servant de scène pour sa dernière prestation en carrière. Dès l’épreuve de sprint de vendredi, c’est toute la ville de Québec qu’il pourrait avoir à ses pieds.

«C’est sûr que je suis nostalgique. Je me rappelle de toute ma carrière, il y a plein d’images qui me reviennent en tête. C’est vraiment spécial. Il y a plein d’émotions dans ma tête, mais en même temps, c’est un état d’esprit combatif. Je veux bien faire, je veux me battre pour le podium. C’est mon rêve de terminer sur un autre podium à la maison», a exprimé le joueur principal à la rencontre de presse de jeudi au Manège militaire.

Contexte différent

Harvey venait de skier durant une heure et demie, en même temps que les plus grands ténors mondiaux de son sport. Durant une boucle, il a partagé ses états d’âme, notamment avec ses amis norvégiens, dont la jeune coqueluche Johannes Hoesflot Klaebo. La communauté internationale devine que ce territoire exotique dans l’industrie du ski, avec les fortifications et le fleuve en guise de décor, appartiendra au Québécois.

Ce contexte de 2019 diffère cependant de celui des finales d’il y a deux ans, présentées sur ce même terrain de jeu, alors qu’il luttait pour le top 3 au cumulatif de la Coupe du monde. Le Québécois avait remporté le titre mondial du 50 km, trois semaines plus tôt.

Mais les coups d’éclat auxquels il nous a habitués se sont faits plus rares durant le dernier hiver, ce qui change son approche. Il avoue lui-même qu’une bonne journée sera requise pour réitérer son podium de 2017, étoilé par sa victoire de la première journée au sprint.

«Il y a deux ans, j’étais l’un des trois ou quatre favoris sur papier, ce qui n’est pas le cas cette année. Ça va être plus difficile. Mais demain [vendredi], tous les compteurs repartent à zéro, comme à chaque course. Je vais vraiment me battre jusqu’au bout», a répété l’athlète de Saint-Ferréol, qui cible davantage sa spécialité de la poursuite de 15 km de dimanche.

«Une boule dans la gorge»

Depuis qu’il a confirmé sa retraite il y a un mois, tout a été dit et écrit sur l’ensemble de l’œuvre du skieur de 30 ans. Sur l’impact qu’il aura eu sur son sport aussi. Ce dernier épisode dans sa vie de haut niveau lui imposera une commande qu’il n’avait encore jamais rencontrée, celle de gérer ses courses entre la rage de gagner et la tristesse des adieux.

Il devait dire vrai quand il a avoué qu’il aura « une boule dans la gorge » en traversant la ligne d’arrivée de la course de dimanche.

«Je m’étais mis beaucoup de pression il y a deux ans, alors que là, j’ai l’impression d’avoir moins d’attentes par rapport aux résultats que j’ai eus. Je me sens quasiment plus relaxe qu’en 2017, les enjeux sont moins grands, mais d’un autre côté, je veux terminer ma carrière d’une belle façon.

«Je veux faire un bon “show” pour la foule. En même temps, il faut que j’oublie tout ça. Pour donner le meilleur, il ne faut pas que je pense à ça. Il faut que je pense à faire les choses comme je les ferais si j’étais au nord de la Finlande. En 2016 et 2017 durant le réchauffement, j’aurais pu donner des “high five” durant une heure le long du parcours, mais je ne l’avais pas fait. J’étais resté dans ma bulle. Je devrai faire ça aussi dans les prochains jours.»

On verra bien...

Globe de cristal: une lutte épique à prévoir 

La foule en aura davantage pour Alex Harvey, durant la fin de semaine, mais il y a aussi un globe de cristal qui scintillera sur les plaines.

Une lutte féroce se trame pour le premier rang au classement général de la Coupe du monde. Seulement 13 points séparent le meneur, Johannes Hoesflot Klaebo, du Russe Alexander Bolshunov. Le Norvégien, qui avait remporté le même mini-tour disputé sur les Plaines il y a deux ans, trouve Québec plutôt jolie pour mettre la main dimanche sur le globe convoité.

«C’est l’une des meilleures places, c’est sûr. J’avais gagné mon premier globe de cristal en sprint ici, il y a deux ans, et ça avait été incroyable comme ambiance. Toute l’équipe avait célébré le dimanche après les courses. Les skieurs de tous les pays, nous avions célébré ensemble. C’est vraiment un bel endroit pour tenir ce type de compétition. Je pense que tous les athlètes l’apprécient aussi», nous a dit le triple champion olympique en faisant une marche à nos côtés à sa sortie du parcours.

«Bolshunov est vraiment fort et je vais essayer le plus possible d’y arriver. Il reste trois courses et je vais pousser fort jusqu’à dimanche», a promis le jeune prodige.

Âgés tous deux de 22 ans, ces deux virtuoses se retrouveront souvent durant la nouvelle époque du ski qu’ils viennent de lancer. Spécialiste évident de l’épreuve du sprint, qu’il a dominée aussi aux récents championnats mondiaux, Klaebo pourrait mettre la table pour le reste de la fin de semaine avec la première étape de vendredi.

Harvey : avantage Klaebo

Bolshunov, vice-champion olympique du 50 km aux Jeux de Pyeongchang, pourrait mettre à profit ses qualités en distance pour répliquer samedi et dimanche.

«Klaebo, je pense», a tranché Alex Harvey sur celui qu’il favorise pour le titre ultime.

«Bolshunov est probablement plus fort, mais Klaebo est plus fin renard, surtout pour le sprint. Il va prendre un avantage là et il va ensuite gérer la course classique et évaluer ce que Bolshunov fera. Il va ensuite le suivre dans la poursuite de dimanche», projette le Québécois.

Un enjeu aussi chez les femmes

Le podium final se jouera aussi chez les femmes. On devra notamment surveiller Therese Johaug, basée au quatrième rang, mais qui a remporté les neuf épreuves individuelles auxquelles elle a participé en Coupe du monde.

La Norvégienne, rappelons-le, a également pulvérisé la concurrence aux championnats mondiaux en Autriche, où elle a signé trois victoires en autant de départs individuels.

Un parcours unique

Alex Harvey a vu des skieurs s’arrêter durant leur entraînement de jeudi pour croquer certaines images avec leur téléphone portable. Ce parcours, coincé entre la ville et le fleuve en plongée, est unique à la Coupe du monde.

«J’adore cette course. Pour nous, nous avons la majorité de nos compétitions en Europe, alors c’est bon de partir plus loin de la maison. C’est quelque chose de nouveau et c’est cool», a partagé le triple champion du monde, Johannes Hoesflot Klaebo.

«Quand la FIS [Fédération internationale de ski] a vu le résultat de la popularité en 2012 [pour le sprint devant le Parlement], elle a voulu aller plus loin ici avec des épreuves de distance», explique le président de Gestev, Patrice Drouin, qui ne s’est pas fait prier pour explorer les Plaines en 2016, en 2017 et cette année.

«Ça donne une belle combinaison entre le sport de haut niveau et la carte promotionnelle pour Québec», affirme l’organisateur.

Derniers moments

Louis Bouchard vit lui aussi les dernières heures de la carrière d’Alex Harvey, avec qui il travaille depuis une quinzaine d’années.

«Tout le monde en parle dans l’équipe. On ne parle que de ça, mais là, on y est arrivé. Durant la saison, tu n’y penses pas trop, tu te concentres sur le présent, mais maintenant, c’est difficile de demeurer concentré parce que ça s’en vient», réalise l’entraîneur, qui n’écarte pas un podium pour boucler la boucle.

«Alex a toujours bien réagi durant sa carrière quand il y avait une grosse foule. Il va avoir du plaisir, il y aura une autre énergie. C’est quelque chose qui lui est favorable.»

La météo ne crée pas de soucis

Le cocktail de neige et de pluie attendu au-dessus de Québec jusqu’à samedi matin tient les farteurs des différentes équipes aux aguets. Les organisateurs semblent plutôt entrevoir un arc-en-ciel et promettent que les horaires ne seront pas bouleversés.

«On a reçu tout ce qui était possible avec de la pluie, du froid et de la neige, la semaine dernière, au Jamboree (Coupe du monde de Big Air). Ça fait 28 ans qu’on joue dehors et, rassurez-vous, tous les scénarios sont prévus», a dit la vice-présidente de Gestev, Chantal Lachance.