Ski et planche

Philippe Marquis part la tête haute

Publié | Mis à jour

S’il avait été contraint de mettre un terme à sa carrière après les Jeux olympiques de Pyeongchang, Philippe Marquis serait probablement parti avec un sentiment d’amertume, du devoir non accompli. Toutefois, lorsqu’il a descendu de façon symbolique dimanche la piste portant son nom de famille à la station de ski de Stoneham, entouré de sa famille, de ses amis et de ses coéquipiers de l’équipe nationale, il a tiré sa révérence avec l’âme en paix.

Voyez le reportage de Stéphane Turcot dans la vidéo ci-dessus.

Le skieur de 29 ans a officiellement annoncé qu’il accrochait ses skis là où tout a commencé pour lui.

«C’était important pour moi de le faire ici, entouré des gens qui me sont chers, afin de pouvoir leur dire merci de vive voix. Il y a tellement d’histoires pour la famille Marquis ici. C’est génial et ça fait du bien de passer à autre chose», a-t-il lancé au bas de la piste Marquis, qu’il a descendue avec ses proches, mais aussi avec plusieurs skieurs de la relève.

Aucun regret

Marquis a bouclé la boucle sur une carrière bien remplie qui lui aura fait vivre plusieurs hauts, mais aussi plusieurs bas, notamment lors de la dernière année. Sa déchirure à un ligament du genou, à quelques semaines des Jeux de Pyeongchang, aura assurément été l’un de ses plus gros défis.

Le fait qu’il ait réussi à y prendre part quand même «sur une jambe», comme il le dit, et qu’il soit en plus revenu cette saison après avoir complété la rééducation de son genou à la suite d’une opération, lui a permis hier de partir avec le sourire. Surtout qu’en février, il a décroché une médaille d’argent à la Coupe du monde de ski acrobatique de Tazawako, au Japon.

«Je n’ai pas de regrets, a-t-il lancé après avoir hésité quelques secondes. J’ai été capable de faire la paix avec des moments qui me hantaient. Revenir une saison de plus m’a permis de faire la paix avec les Olympiques et d’en finir avec cette blessure. J’ai prouvé que je pouvais revenir en santé et parmi l’élite.»

Un père émotif

Quelque part dans l’assistance, pendant que Philippe annonçait officiellement sa retraite et que son frère, Vincent, lui rendait un bel hommage devant l’assistance réunie au chalet La Chaumine, leur père François cachait bien mal ses émotions.

«Ça m’a touché, le discours de Vincent et celui de Philippe. On a eu des hauts et des bas, on a eu du plaisir, on a ri et pleuré, et on s’est fait des grosses colles à travers plusieurs compétitions. C’est un chapitre qui se ferme, mais un autre qui s’ouvre. Je ne suis pas inquiet pour mes jeunes, ils sont allés chercher de belles choses dans leur carrière qui va les aider pour la suite», a-t-il mentionné.

D’ailleurs, ne comptez pas sur Philippe Marquis pour qu’il s’apitoie sur son sort. Le nouveau retraité a déjà plusieurs projets en tête, certains touchant le monde du ski et de l’entraînement, mais il a également démontré un intérêt pour le milieu des médias.

Un modèle à suivre pour Mikaël Kingsbury

Mikaël Kingsbury éprouve le plus profond respect envers Philippe Marquis, même qu’il assure que sans son coéquipier et ami, il n’aurait pas connu autant de succès sur la scène internationale.

Provenant du meilleur skieur de bosses de tous les temps, ce n’est pas peu dire. Kingsbury, qui tenait à être à Québec avec son «pote», dimanche, n’a pas tari d’éloges à son arrivée au bas de la «Marquis».

«Je vais plus me souvenir des moments passés ensemble que des résultats. On a réussi des podiums ensemble, mais ça va au-delà de ça. Je connais Philippe depuis que je suis très jeune et il m’a pris sous son aile quand je suis arrivé avec l’équipe nationale. Il a toujours été un grand frère pour moi et il m’a inculqué de belles valeurs d’athlètes, autant à l’entraînement qu’en dehors de la pente. C’est surtout de ça que je vais me souvenir.»

Le départ de Marquis signifie maintenant que Kingsbury devient le capitaine de l’équipe nationale canadienne. Même si celui-ci pourrait se fier uniquement sur ses expériences personnelles pour aider les jeunes de l’équipe, il assure qu’il se basera sur Marquis pour être le meilleur leader possible.

«C’est un gars qui a toujours été un leader pour l’exemple. Il a toujours tenu à ce que tous les skieurs soient égaux. On pense parfois que les meilleurs nécessitent plus d’attention et ont besoin de plus de temps avec les entraîneurs, mais ce n’était pas comme ça avec Phil. Tout le monde avait le même temps et le développement était super important pour lui. Il a toujours été là pour les autres et nous a fait comprendre qu’on peut bénéficier des qualités de chacun, afin de devenir meilleur individuellement.»

Pyeongchang

Évidemment, Kingsbury n’a pu passer sous silence la détermination de Marquis aux Jeux de Pyeongchang.

«Il a réussi l’impossible. Cette année, de le voir travailler fort au gymnase et dans sa rééducation, c’était incroyable. Le voir grimper sur le podium au Japon m’a beaucoup impressionné. J’y suis aussi monté grâce à mon nouveau saut, et, de le faire avec lui, en sachant qu’il s’agissait de son dernier podium à vie, ce fut probablement l’un des cinq plus beaux moments de ma carrière. Phil, c’est une légende. Il a été un modèle pour les jeunes, mais pour moi aussi. Il est une des raisons de mes succès.»