Ski et planche

Harvey veut revivre l’euphorie de 2017

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Avant de plonger dans son sommeil la nuit dernière, Alex Harvey s’est vu entrer dans le stade de Seefeld pour remporter l’épreuve de 50 km en style libre de ce matin aux championnats mondiaux de ski de fond. Ce droit d’y rêver plus intensément que n’importe qui revient d’office au champion en titre... jusqu’à son réveil.

Adepte de la visualisation, le Québécois aime repasser en tête certaines scènes de sa victoire historique à l’épreuve-reine à Lahti en Finlande, le 5 mars 2017, pour se les projeter ici. Il conserve de ce jour-là, avant même l’euphorie suivant son effort de 1 h 46 min, le souvenir de ses sensations en course, notamment celles ressenties avec trois kilomètres à jouer.

«Je me disais : aujourd’hui, je gagne», s’est rappelé le skieur de 30 ans, samedi après-midi, curieusement détendu pour un homme à 24 heures de défendre sa couronne.

En aussi bonne forme

Nouvelle course, nouveau scénario. Confortable à un moment critique lorsque le Norvégien Martin Johnsrud Sundby avait attaqué dans une montée, il y a deux ans, Harvey dit posséder aujourd’hui ce même niveau de forme des grands jours. Selon lui, ses capacités ont augmenté depuis le début de ses mondiaux en Autriche, il y a 10 jours.

Il anticipe un match costaud de la part des quatre Norvégiens, dont Sundby et Sjur Roethe, du Russe Alexander Bolshunov et du Suisse Dario Cologna, «tellement un grand champion [...] qu’il est capable de créer des choses.» Le parcours a été étudié, les stratégies habituelles de la concurrence aussi.

«Ce n’est pas moi qui vais contrôler le scénario de la course, mais je me vois skier sur le parcours. Je pense surtout au dernier tour de 5 km. Je connais bien chaque virage. Je sais où je dois être bien positionné. Au pied de la dernière bosse, je sais que je devrai être dans les trois premiers pour espérer gagner. Ce n’est pas moi le plus vite dans la montée, mais je vais pouvoir garder ma position si je suis dans une bonne journée et finalement revenir dans la descente pour battre les gars au sprint», figure Harvey.

L’espoir d’être dans le coup

Le ciel nuageux et la température autour du point de congélation ont livré des conditions rapides durant l’épreuve de 30 km des femmes de samedi, signée avec la troisième médaille d’or de la Norvégienne Therese Johaug durant ces championnats. Pour le match d’aujourd’hui, on prévoit du soleil et 10 degrés, avec la conséquence de donner une neige plus granuleuse, voire de la «sloche».

S’il pouvait choisir, le champion défendant souhaiterait le même terrain de jeu rapide qu’il y a deux ans, mais rappelle avoir obtenu certains de ses meilleurs résultats en carrière dans «du mou». Le plus important à ses yeux, a-t-il rappelé, se trouve plutôt dans le «comment» il livrera sa course.

«Ce n’est pas tant le résultat. Je veux avoir l’impression de me battre. C’est sûr que j’en veux un, un podium, mais ce qui va dicter si je suis satisfait ou non, c’est de savoir si j’ai été dans le coup. Au skiathlon [de 30 km le 23 février], le résultat a été bon [6e], mais je n’ai pas eu l’impression d’avoir été dans le coup pour le podium. Je pourrais finir moins bon qu’au skiathlon, mais si je suis dans le coup, je serais presque plus satisfait.»

Dans le froid de la Finlande il y a deux ans, Harvey était devenu le roi du monde durant une course qu’il décrit encore comme l’une des plus faciles de sa vie. «Je volais, ce jour-là», se souvient-il. À quelle altitude lui sera-t-il permis de le faire en Autriche ?

Pas de nostalgie

À trois semaines d’une retraite déjà annoncée, l’épreuve de 50 km d’aujourd’hui devient la dernière occasion pour Alex Harvey de laisser sa signature dans son sport. Par contre, il semble qu’il faudra attendre pour la nostalgie.

«Même si c’est la dernière chance de ma carrière dans des championnats du monde, j’y pense un peu, mais ça ne me donne pas de feeling différent. Oui, j’ai des papillons dans le ventre, mais ça ne m’en donne pas plus», avouait samedi le quintuple médaillé à des mondiaux.

«Je n’ai pas l’impression que ça change mon approche pour demain [aujourd’hui]. Je ne suis pas nostalgique, ni plus émotionnel. Je m’attendais à en avoir plus [d’émotions]. La veille du sprint, je me disais que ce sont mes derniers championnats et que c’est annoncé, mais ça n’a pas fait de différence», dit-il en référence à sa première épreuve, le jeudi 21 février.

Son statut de champion du monde fera d’Alex Harvey le seul skieur à ne pas porter de numéro de dossard durant l’épreuve de 50 km. Comme c’est le cas pour chaque tenant d’un titre à ces mondiaux, l’étoffe jaune qu’il endossera nous rappellera sa victoire en Finlande d’il y a deux ans.

Encore Johaug

La Norvégienne Therese Johaug a de nouveau pulvérisé la concurrence pour remporter sa troisième médaille d’or individuelle, samedi, lors du 30 km en style libre. Son chrono de 1 h 14 min 26 s lui a permis de devancer par 37 secondes sa compatriote Ingvild Oestberg et la jeune virtuose suédoise de 19 ans, Frida Karlsson (+ 44 s).

Les Québécoises Katherine Stewart-Jones et Cendrine Browne ont terminé respectivement 28e (+ 8 min 18 s) et 46e (+ 14 min 50 s).