Ski et planche

Deux légendes saluent les Harvey

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Pierre Harvey et son fils Alex ont déjà rédigé chacun leur chapitre dans l’encyclopédie du sport au Canada. Quand deux icônes de deux générations, Gunde Svan et Dario Cologna, leur lèvent leur chapeau de l’autre côté de l’Atlantique, on réalise alors l’empreinte qu’ils auront laissée sur le ski de fond mondial.

Gunde Svan, c’est Wayne Gretzky en Suède. Dario Cologna, c’est Sidney Crosby en Suisse. Si on cogne à leur porte pour les entendre nous parler du Harvey de leur âge, ces deux monstres européens de la glisse sortent leurs meilleurs discours.

«Il a été l’un des rares à se maintenir au plus haut niveau avec nous et ça, ça nous impressionnait. C’était bon de voir un skieur comme lui progresser dans un système qui ressemblait au nôtre», évoque Svan, rencontré lundi durant un événement médiatique réunissant quelques légendes qui avaient marqué les championnats mondiaux à Seefeld, en 1985.

Issu de sa modeste province de Québec sur la planète de ce sport, Pierre avait été le premier à oser jouer dans les talles des grands. Comme dans celles du Suédois de 6 pi 1 po, quintuple champion du monde et quatre fois médaillé d’or olympique en 1984 et 1988.

«Tu peux lui rappeler le 50 km d’Holmenkollen en 1988», nous a suggéré Harvey père, quand on l’a joint à sa résidence de Saint-Ferréol pour s’enquérir d’un message qu’il aimerait livrer à Svan.

Harvey vite remarqué

À ce 100e anniversaire de la course mythique d’Oslo, il s’élançait une minute derrière le ténor suédois et 30 secondes après le Norvégien Vegard Ulvang, un autre costaud de l’époque. Le Québécois avait alors rejoint ces deux lièvres devant lui, avec qui il avait skié toute la moitié de sa course, pour finalement leur siffler la victoire avec le meilleur chrono du jour.

«Je venais de battre les deux meilleurs au monde», rappelle-t-il encore avec fierté, signe du respect qu’il nourrissait notamment pour Svan.

«On se croisait souvent à cette époque. Les coupes du monde se déroulaient les samedis et les dimanches, mais les mercredis soirs précédents, il y avait souvent une course amicale avec des skieurs locaux. On compétitionnait l’un contre l’autre et on allait au sauna, tout le monde ensemble, plus tard en soirée», se souvient le paternel.

«Le premier souvenir que je garde de lui, il me semble que c’était à Falun. Le "skate" (style du pas de patin) commençait à cette époque et nous avions skié sans de la cire sous nos skis. Pierre était déjà bon dans un style qui était tout nouveau», se souvient le personnage, qui a aussi joué le rôle d’animateur télé des versions suédoises de Fort Boyard et American Gladiators.

Une belle relation

Harvey, qui fêtera ses 62 ans le mois prochain, s’était gagné la sympathie de la vedette suédoise plus jeune que lui de cinq ans. Exubérant et d’un commerce agréable, Svan lui partageait ses intérêts, comme celui pour les voitures, ce qui explique la carrière en rallycross qu’il a connue plus tard.

«Le ski de fond formait une petite famille à cette époque et c’était plus facile de parler avec lui qu’avec les Tchèques, les Polonais et les Russes», souligne l’étoile suédoise.

«Il me disait: si tu gagnes une Coupe du monde, tu devrais t’acheter une Porsche. C’est là que j’ai vu que c’était trop cher pour moi!» raconte Harvey.

Gunde Svan a aussi eu un fils, Ferry, devenu également champion mondial... des compétitions de bûcherons. Celui de Pierre, sur ses skis, a donné une autre définition au verbe «bûcher»...

Des souvenirs impérissables pour Dario Cologna

«C’est une bonne personne et aussi un ami. Ça a toujours été agréable de le côtoyer en Coupe du monde et il a été un très fort athlète. Je vais garder de bons souvenirs de lui de nos 10 dernières années.»

Dario Cologna ne pourra plus skier amicalement avec Alex Harvey dans les jours précédant une Coupe du monde ni échanger avec lui le matin d’une course. Skieur à la réputation sans tache comme Harvey, le Suisse vouait un respect pour celui contre qui il a bataillé dans de grands matchs.

Signe de son estime réciproque, Harvey retourne l’ascenseur au Grison, à qui il avait partagé son projet de retraite aussi loin qu’à l’automne dernier, selon Cologna.

«Les deux gros noms durant toute ma carrière ont été Petter Northug et Dario Cologna. Cologna a cependant un plus gros palmarès que Northug, qui n’a jamais gagné le Tour de ski (Cologna en a remporté quatre). Cologna a aussi quatre médailles d’or olympiques et toutes individuelles. Il ne pouvait jamais gagner au relais, tandis que Northug, lui, a beaucoup de médailles venues en relais», étale le skieur de Saint-Ferréol, jamais à court de statistiques.

Pierre: «Il n’est pas un bandit»

Maintenant que sa retraite est connue, les hommages pourraient continuer d’affluer durant les prochaines semaines.

«Ce sont des gens qui respectent ce que font les skieurs nord-américains», affirme le père en référence à la reconnaissance européenne.

«Il y en a un tous les 20 ans qui connaît autant de succès. Quand je vois les hommages qui sont rendus à Alex, je l’apprécie. Aux yeux des Européens, c’est un athlète qui vient d’un pays où le ski de fond n’est pas le sport numéro un et il a gagné sa place dans l’élite mondiale. Il n’est pas un bandit.»