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Crédit : AFP

Paul Rivard

Félix AVANT Denis...

Félix AVANT Denis...

Paul Rivard

Publié 24 février
Mis à jour 24 février

On ne l’avait pas vu venir, celle-là.

Du moins, pas aussi rapidement.

Les experts, connaisseurs (et amateurs) supposaient bien sûr que Félix Auger-Aliassime avait ce qu’il fallait pour grimper vers le Top 50, voire le Top 30 du classement de l’ATP. Mais si rapidement? Pas sûr.

En atteignant la finale d’un tournoi ATP 500, à l’âge de 18 ans et 200 jours, le Québécois devenait le plus jeune joueur à accomplir l’exploit dans une compétition de cette envergure depuis la refonte en 2009 de cette échelle d’importance pour les événements du tennis masculin.

Et même s’il a fini par s’incliner dans cette finale, face au Serbe Laslo Djere (90e mondial), c’est un bond impressionnant que «FAA» effectue au classement. De 104e au début du tournoi, il se retrouve 60e lors de la nouvelle compilation. Et il se hisse au quatrième rang du classement «NextGen», en vue du tournoi final des 21 ans et moins, en novembre prochain. Ça, c'est deux rangs devant Denis Shapovalov. Pour l’instant.

Ce faisant, mine de rien, c’est le cadet de nos deux célèbres «amigos» qui inscrit en premier cette finale à un tableau qui, espérons-le, en comptera plusieurs dizaines.

Oui, Félix, dans une finale ATP, avant Denis.

Pourtant, nous avions été particulièrement choyés depuis l’émergence, en août 2017, de son compatriote et ami. Shapo, lui-même, avait ébloui la planète tennis en atteignant les demi-finales d’un Masters 1000 (Coupe Rogers à Montréal)

À ce moment, Denis était âgé de 18 ans et 118 jours. Il était un peu plus jeune que Félix, pour un exploit tout aussi spectaculaire. En fait... plus spectaculaire si l’on tient compte des rangs au classement qu’occupaient ses victimes d’alors (Dutra Silva/64e – Del Potro/31e - Nadal/2e - Mannarino/42e).

En comparaison – ET SANS RIEN ENLEVER À FÉLIX –  le parcours d’Auger-Aliassime s’est fait dans un tournoi où sept des huit premières têtes de séries ont été éliminées dès le premier tour. Lui-même détenteur d’un laissez-passer, «FAA» s’est farci le deuxième favori en la personne du 16e joueur mondial, le vétéran Italien Fabio Fognini. Outre Fognini, ses autres «proies» étaient ainsi classées : Christian Garin, 91e, Jaime Munar, 66e, et Pablo Cuevas, 63e.

Un club sélect

Félix Auger-Aliassime se joint ainsi à un club sélect de surdoués dans le monde du tennis. Sans recenser de façon exhaustive tous les tennismen précoces ayant obtenu ce premier titre à l’adolescence, des noms nous viennent inévitablement à l’esprit. Et pas les moindres.

Michael Chang, Lleyton Hewitt, Boris Becker, Rafael Nadal.

Chang n’était âgé que de 16 ans et 7 mois lorsqu’il a remporté le tournoi de San Francisco, en 1988. Un an plus tard, il enlevait son premier titre du Grand Chelem à Roland-Garros. Hewitt vient en deuxième chez ces surdoués alors qu’il souleva son premier trophée à l’âge de 16 ans et 11 mois. Becker avait remporté le tournoi sur gazon du Queen’s, à Londres, alors qu’il était âgé de 17 ans et 213 jours. Deux semaines plus tard, il stupéfiait le monde en enlevant le tournoi le plus prestigieux de tous, Wimbledon. Nadal, de son côté, avait 18 ans et 67 jours lorsqu’il gagna son premier titre de l’ATP, à Sopot en Pologne, en 2004. Il devait amorcer son hallucinante quête de succès en Grand Chelem, en juin de l’année suivante.

Et le reste, c’est de l’histoire.

Le cœur de Félix

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que l’épisode désolant du 29 août 2018, dans le cadre des Internationaux de tennis des États-Unis, semble s’éloigner de plus en plus (et de mieux en mieux) du prodigieux adolescent québécois.

Impossible d’effacer de notre mémoire ce Félix, en larmes, consolé par son ami, mais rival du moment, Denis Shapovalov, qui devait abandonner un palpitant match de premier tour entre les deux espoirs canadiens. Ses problèmes de tachycardie ont fait craindre le pire pour un athlète de son talent. Et même si une intervention a été pratiquée, dans l’entre-saison, et que rien ne laisse présager une rechute, le début de la nouvelle saison pouvait nous apporter une certaine appréhension.

En effet, si le corps répondait bien... comment l’esprit allait-il répondre, lui? Comment, en période d’extrême chaleur (comme à ce US Open) ou de stress majeur (comme en apporte son lot dans un match décisif où l’enjeu est immense) le jeune homme pouvait-il garder sa concentration et, surtout, ne pas craindre comme la peste de voir ressurgir ces symptômes épeurants?

Et de se dire : «Ah non... pas encore ça! C’est pas vrai!!!»

Eh bien, force est d’admettre que Félix a un moral d’acier. Et une condition athlétique optimale.

Déjà, en disputant le match ultime de Coupe Davis, en Slovaquie, au début du mois, il avait prouvé qu’il était très solide entre les deux oreilles. Et en atteignant la première finale de sa carrière dans un tournoi ATP, Auger-Aliassime vient de nous prouver... vient de SE prouver qu’il pouvait heureusement passer à autre chose et se concentrer sur cette formidable carrière qui pointe à l’horizon.

Chapeau!