Crédit : Jonathan Dyer-USA TODAY Sports

Impact

«L’État de l’Impact» 2019 en 20 points

«L’État de l’Impact» 2019 en 20 points

Vincent Destouches

Publié 23 février
Mis à jour 23 février

De retour du camp d’entraînement de l’Impact de Montréal en Floride, c’est avec les doigts légèrement bronzés que je vous écris ces mots... et que je vous agace sciemment!

Avant que vous ne commenciez à me détester un peu trop pour continuer la lecture, je vais rentrer dans le vif du sujet.

Mon séjour fut bref, mais très instructif. Voici quelques informations, observations et impressions que j’ai pu glaner durant ces quelques jours sous le magnifique soleil de St. Peters....

Bon, ok, j’arrête!

Il sera notamment question de mercato, d’un certain montant d’argent qui sera débloqué cet été, de la forme d’Anthony Jackson-Hamel, de l’état d’esprit de Rémi Garde... Il y en aura pour tous les goûts!

  1. Les joueurs et certains membres du personnel de l’Impact ont pu avoir leur famille à leurs côtés durant cinq jours. Un geste très apprécié par l’ensemble des acteurs, permettant de briser la monotonie d’une préparation qui leur paraît peut-être plus longue cette année à cause de l’éloignement – lors des précédentes saisons, l’équipe s’entraînait par séquences à Montréal. Robert Duverne et le personnel d’entraîneurs ont déjà songé à tenir le camp en Europe, comme ont pu le faire récemment les Revs de la Nouvelle-Angleterre et le Fire de Chicago, sans toutefois retenir l’idée, notamment à cause du manque d’opposition de qualité à ce temps-ci de la saison. Cependant, il y a toujours une réflexion autour de la formule idéale du camp préparatoire. Il n’est pas impossible qu’à l’avenir, le club reste à Montréal pour la première portion du camp, dédiée à la préparation physique.

 

  1. Cette préparation a donc été longue et usante. De ce point de vue, les bobos qu’ont soigné Samuel Piette (commotion), Ignacio Piatti (ischios), Jukka Raitala (genou) et Evan Bush (talon) ne sont pas nécessairement une mauvaise chose : si s’entraîner continuellement peut parfois être dur, être blessé l’est encore plus. De l’avis de certains, cette «pause forcée» leur aura permis de garder une certaine fraîcheur mentale et de cultiver l’envie de fouler la pelouse.

 

  1. Le seul joueur qui sera assurément forfait pour le début de la saison est Ken Krolicki. Le milieu de terrain est revenu à Montréal jeudi soir avec Sheehan McBride, le thérapeute du sport adjoint de l’Impact. Sa luxation du coude a été réévaluée vendredi matin dans la métropole, et il a été décidé qu’il devrait passer sous le bistouri, nécessitant une absence de quatre à six semaines. S’il est évidemment dommageable pour Rémi Garde de perdre un joueur, le grand perdant de l’histoire est surtout Krolicki lui-même. La concurrence est féroce au milieu de terrain pour le poste que devrait occuper Micheal Azira pour commencer la saison, et Mathieu Choinière et Shamit Shome ont chacun connu un bon camp.

 

  1. En entrevue cette semaine, Shamit Shome a offert une tirade particulièrement intéressante. « En tant que jeune joueur, c’est difficile de rester concentré et de ne pas chercher des excuses quand les choses ne vont pas comme on veut. Pendant l’entre-saison, j’ai passé beaucoup de temps à réfléchir sur la bonne façon de voir les choses [...] Je suis dans un bien meilleur état d’esprit que je ne l’étais l’an passé. Je veux démontrer à Rémi qu’il peut me faire confiance, et qu’à défaut de commencer des matchs, je peux rentrer du banc et aider l’équipe. » C’est tout à l’honneur de Shome, et ça en dit long sur l’homme. Son discours léché peut paraître facile à débiter en présaison, mais il illustre bien les bonnes dispositions mentales du groupe. 

 

  1. À travers le discours de Shome, on distingue la «patte Garde», qui souhaite que tout le monde se tienne prêt à aider l’équipe – c’est-à-dire autant dans la préparation que dans la prise de décision sur le terrain. Et un an plus tard, il faut le saisir : c’est loin d’être du blabla! Au cours d’une conversation, Garde m’a expliqué qu’il a bien fait comprendre aux joueurs qu’il les évaluait sur plusieurs critères, dont le physique, la technique, le sens tactique, mais que celui qu’il plaçait au-dessus de tout, c’était l’état d’esprit. C’est une notion complexe, mais qui servira de clé pour évaluer l’équipe sous la houlette de Garde. Concrètement, et c’était manifeste à St. Petersburg, cela passe par l’attente d’une intensité élevée à l’entraînement, par une notion de solidarité accrue et par le besoin d’un certain sens du sacrifice pour le bien du groupe. 

 

  1. C’est à travers ce prisme que j’ai évalué Anthony Jackson en Floride et que je vais répondre à la question que tout le monde me pose : oui, il m’a convaincu. Certes, il a manqué plusieurs occasions contre les Rowdies, mais nous sommes à un stade de la saison où on peut davantage se réjouir qu’il se procure ces situations-là qu’autre chose. Mais c’est surtout dans sa mobilité, dans sa capacité à aller au combat et à s’ajuster aux déplacements de ses partenaires que je l’ai trouvé bien. Aussi, et c’est notable, lors d’une opposition à 7 contre 7 où il se trouvait dans la même équipe que Maxi Urruti, il n’a pas hésité à se mettre au service de l’Argentin, ce qui vient cocher plusieurs des cases importantes citées plus haut (et qui fait naître la possibilité éventuelle d’un 4-4-2). Bref, pour résumer, je crois qu’à ce stade, ce Jackson 2019 saisit mieux ce que Garde attend de lui, il connaît sa place dans l’échiquier et il a mis en place ce qu’il fallait pour mériter la confiance de l’entraîneur. J’ai eu de bons échos tout au long de son camp, et je vous dirais même que la communication entre Garde et lui est bien meilleure aujourd’hui, selon mes informations. Maintenant, le défi pour le Bombardier de Limoilou est de garder cet état d’esprit, car je ne m’attends pas à le voir jouer énormément durant les premiers matchs de la saison.

 

  1. Pour finir sur l’état d’esprit, il y a quelqu’un qui en a affiché un bon lors depuis la reprise: Rémi Garde lui-même! Déjà, lors de la soirée des membres de l’Impact, il avait souligné sa «grosse envie» d’entraîner cet Impact version 2019, qui lui avait visiblement plu lors de la première portion du camp. Je l’avais noté, car il pèse d’ordinaire bien ses mots. Or, mercredi, après le match contre les Rowdies de Tampa Bay où beaucoup de jeunes et de joueurs de profondeur ont eu l’occasion de se montrer, il a mentionné qu’il avait pris «beaucoup de plaisir» malgré le résultat frustrant. Ce sont des petits mots, mais qui revêtent une grande importance. Clairement, Rémi Garde lui-même est bien, ou en tout cas bien mieux, et je le sens d’attaque pour faire une bonne saison. C’est une bonne nouvelle pour Montréal, l’Impact et ses supporters.

 

  1. J’ai en quelque sorte parié mon honneur sur la saison d’Harry Novillo, il y a quelques jours. Mais le joueur sur lequel je fonde le plus d’espoir, cette année, est Mathieu Choinière. Ce garçon est incroyable! Si vous lui parlez, vous aurez l’impression de vous adresser à un adolescent timide. Mais sur le terrain, il est devenu un vrai chien, qui ne rechigne jamais au duel, au contact. Sur ce que j’ai vu, je dirais même qu’il a battu Ken Krolicki à son propre jeu, celui du volume. Sauf que Choinière, en plus, a un sacré bagage technique. Même si je ne l’affectionne pas vraiment dans ce rôle, il a aussi cette capacité à dépanner dans l’aile et abattre une quantité importante de travail, à la Silva. En quelques mois seulement, le «petit» Choinière a ravi le personnel d’entraîneurs par ses progrès à l’entraînement, et postule maintenant réellement à une place de titulaire. Azira a une cible dans son dos, et il s’en accommode très bien, lui qui joue le rôle de mentor pour les jeunes loups. Le défi, pour Choinière, est de s’imposer avant l’ouverture de la fenêtre estivale des transferts, où je ne serais pas étonné que l’Impact aille chercher un milieu de terrain plus expérimenté. Le défi, pour l’Impact, est aussi de savoir bien recruter sans pour autant entraver la progression d’un joueur appelé à être une vedette de l’équipe.

 

  1. Le mercato de l’Impact n’est pas tout à fait terminé, mais n’ayez pas de grandes attentes non plus. Rémi Garde cherche à compléter son effectif. Il faut s’attendre à une ou deux signatures supplémentaires, qui peuvent être David Choinière, Émile Legault, Amar Sejdic ou encore d’autres joueurs qui ne sont pas actuellement à l’essai. Dans tous les cas, il s’agira de joueurs de profondeur, pas de titulaires en puissance.

 

  1. Rémi Garde souhaitait travailler avec un effectif plus restreint qu’en 2018 – l’équipe première comptait 31 joueurs sous contrat en fin de saison. Cette année, il faut plutôt s’attendre à voir un groupe de 21 joueurs, auxquels s’ajoutent les gardiens. Soucieux d’avoir une certaine harmonie dans le vestiaire – et d’éviter quelques problèmes rencontrés l’an passé. On se rapproche d’une logique assez répandue en Europe selon laquelle l’effectif devrait être constitué d’une grosse quinzaine de joueurs relativement interchangeables, le reste étant composé de jeunes plus ou moins prêts à postuler pour une place.

 

  1. La conséquence de cette vision, c’est que l’Impact va sciemment commencer la saison avec seulement 17 joueurs dans son effectif senior : Azira, Brault-Guillard, Bush, Cabrera, Camacho, Diallo, Diop, Jackson, Lovitz, Novillo, Okwonkwo, Piatti, Piette, Raitala, Sagna, Taider et Urruti. Il s’agit d’une technicalité, mais puisque les règlements de la MLS prévoient que figurent au moins 18 joueurs sur l’effectif senior, l’Impact verra ajouté à sa masse salariale l’équivalent d’un salaire minimum (environ 70 000$) pour couvrir la 18e place présentement vacante. Pour leur part, Shome, Bayiha, M. Choinière, Krolicki et Pantemis se retrouvent dans les autres catégories de l’effectif (supplémentaire et réserve).

 

  1. Comme je l’ai suggéré plus haut, l’effectif montréalais est amené à évoluer de manière un peu plus significative durant le mercato estival (comme c’est devenu la norme en MLS). Et il pourrait être intéressant à suivre! Car l’argent du transfert d’Alejandro Silva n’a pas été reçu d’un bloc par l’Impact. L’un des versements interviendra cet été, et donnera une certaine latitude au club pour s’améliorer. Très concentré sur son début de saison et sur la finalisation de son effectif, l’Impact est encore loin d’avoir décidé quoi que ce soit, sachant que l’allure du début du calendrier influera forcément sur cette réflexion.

 

  1. Autre chose qui est amené à évoluer au cours de la saison : la composition de la défense centrale. D’ordinaire, un entraîneur n’aime pas changer sa charnière centrale, c’est un endroit du terrain où la stabilité amène de meilleurs résultats. Sauf qu’avec Cabrera, Camacho, Diallo et Raitala, l’Impact dispose de quatre défenseurs centraux qui ne sont pas très loin les uns des autres, et qui se poussent à l’entraînement et en match. Beau casse-tête pour l’entraîneur, qui va devoir faire des choix – et gérer les joueurs... De ce que j’ai pu voir cette semaine, je donne ma préférence pour commencer la saison au duo Diallo-Cabrera. Il n’y a pas de débat sur Diallo, qui est indiscutable. Il a repris là où il avait laissé les choses en février 2018, tout simplement. La bataille est plutôt pour le poste de défenseur axial droit, entre Cabrera et Camacho. Le Français n’a pas mal fait, loin de là, mais je dois vous dire (et je sais que certains vont enrager) que j’ai été impressionné par Cabrera. Dans ses bons jours, l’Argentin est ultra dominant, impérial dans les duels. Et, de ce point de vue, il est peut-être plus complémentaire avec Diallo, qui, lui, aime davantage toucher le ballon et s’occuper de la relance. Mais, et c’est un gros mais, Cabrera est coutumier du fait : il connaît habituellement de bons camps, et c’est après que ça se gâte, car il a toujours eu de la difficulté à être constant. Voilà pourquoi, même si je penche présentement pour Diallo-Cabrera, je pense que la charnière va être amenée à changer. À Camacho d’aller chercher la place qui, normalement, lui appartient.

 

  1. Je le dis sans détour : je n’imaginais pas l’Impact 2019 sans Rod Fanni. Mais il n’est plus là et il faut faire avec. Et pour l’instant, le club a très bien fait avec. Lors du camp préparatoire 2018, l’Impact avait encaissé neuf buts en cinq matchs, ne blanchissant qu’une seule fois son adversaire. Cette année, le secteur défensif est bien plus rassurant et hermétique, sur la lignée de la fin de saison dernière. La troupe de Rémi Garde n’a encaissé qu’un but en quatre matchs, et se veut vraiment difficile à manœuvrer. Mais les choses sérieuses vont maintenant commencer, et il faudra confirmer.

 

  1. Petit mot sur Zachary Brault-Guillard, que j’ai trouvé très prometteur. Il manque peut-encore de confiance dans son jeu vers l’avant, mais il se montre déjà solide défensivement. Je ne crois pas que le personnel d’entraîneurs se fera beaucoup (plus) de cheveux blancs s’il faut l’envoyer dans la mêlée pour laisser Bacary Sagna au repos. De son propre aveu, « ZBG » essaie présentement de copier les mouvements de son illustre aîné. Grâce à son prêt, l’Impact s’est doté d’une doublure crédible pour la saison 2019, mais il n’y gagne a priori pas grand-chose à long-terme, car je doute fortement que le club soit capable de lever son option d’achat. Mais, à bien y penser, Montréal a tout intérêt à ce que le séjour de Brault-Guillard soit un succès, car il pourrait être le début d’une sorte de partenariat intéressant avec Lyon.

 

  1. «David (Choinière), comme Clément (Bayiha), comme Mathieu (Choinière), comme Shamit (Shome)... Ça fait combien de temps qu’ils n’ont pas joué 90 minutes? Et où ils peuvent le faire?» Rémi Garde a eu ce commentaire lourd de sens, après le match contre les Rowdies. L’Impact 2019 est plus dynamique, plus énergique, car aussi plus jeune. Tous progresseront à l’entraînement, mais rien ne remplace les matchs, surtout à cet âge. Garde n’a pas tout à fait déterré le débat entourant la défunte équipe réserve montréalaise, mais sa remarque semble indiquer qu’il commence à y avoir un éléphant dans la pièce.

 

  1. Autre gros débat : celui des cartes vertes. Encore cette semaine, NYC a été capable de libérer trois places internationales dans son effectif en obtenant ces précieux sésames pour Jesus Medina, Ismael Tajouri-Shradi et Anton Tinnerholm. Le club new-yorkais n’a plus que quatre joueurs occupant des places d’internationaux, et pourrait très bien se renforcer davantage ou décider de renflouer ses caisses d’argent d’allocation en décidant de monnayer les places vacantes à d’autres clubs. À l’instar de NYC, les clubs américains disposent d’un réel avantage concurrentiel sur les équipes canadiennes, c’est un fait. J’ai posé quelques questions à ce propos à différents membres de l’organisation, et si les réponses restent floues, le club m’a donné l’impression d’avoir pris ce problème à bras-le-corps. J’ai eu le sentiment que l’Impact, sous l’impulsion d’un Garde qui s’est toujours montré très vocal à ce sujet, menait un vrai combat de l’interne, de front avec le Toronto FC et les Whitecaps de Vancouver. À suivre.

 

  1. En Floride, je n’ai pas eu l’occasion de voir Ignacio Piatti s’entraîner avec le groupe. Comme l’a suggéré Garde, l’Argentin est un joyau qu’il faut savoir préserver. À maintenant 34 ans, il est toujours dans une forme exceptionnelle et j’ai le sentiment qu’il sera mieux épaulé sur le front de l’attaque, mais il n’en reste pas moins qu’il devra être géré. À trop le solliciter, l’Impact prendrait le risque de le perdre sur blessure. Et Montréal n’est plus la même équipe sans lui... Parlant de ça, je ne sais pas si 2019 sera sa dernière saison – pour le moment, je dirais oui –, mais une chose me paraît acquise : le club lèvera son option pour 2020. Soit il reste une saison de plus, soit il s’en va contre une indemnité de transfert. Mais on traversera le pont quand on sera rendu à la rivière. Pour le moment, « Nacho » continue de penser à la Coupe MLS, et ce n’est pas juste une phrase qu’il sort devant les caméras.

 

  1. Pendant de longues semaines, la communauté de partisans s’est questionnée sur le poste de prédilection d’Orji Okwonkwo, le petit nouveau. Il faut dire que, comme Novillo, il peut jouer (et l’a déjà fait) aux trois postes offensifs du 4-3-3. Mais le Nigérian l’a lui-même confirmé : sa préférence va à l’aile droite. Et c’est dans cette optique que Garde l’a fait venir. Novillo a un profil plus « buteur » que Silva l’avait, mais il n’a pas le coffre physique de l’Uruguayen. Cette profondeur et cette concurrence à ce poste sont donc plus que bienvenue, d’autant que le calendrier est plus resserré cette saison.

 

  1. Il existe une sorte de mythe dans la communauté de partisans voulant que Maxi Urruti ne soit pas tout à fait à l’aise au poste d’avant-centre. Il est vrai que l’Argentin a aussi été utilisé l’an dernier comme meneur de jeu par le FC Dallas, mais sa position naturelle est bel et bien celle d’attaquant. Il n’y a qu’à le voir sur des exercices de finition dédiés aux joueurs offensifs pour achever de s’en convaincre. Après, il y a toutes sortes d’attaquants et il tombe dans la catégorie du travaillant, le bon profil pour jouer dans le système de Garde. Propre techniquement, il participe beaucoup au jeu et cherche rapidement à se mettre en position de frappe dès lors qu’on s’approche du but. Sans le ballon, il abat un travail important pour l’équipe; très efficace en pression, il est doté d’une bonne machine qui lui permet de répéter les efforts sans problème. Ce n’est pas un buteur-né, mais il offre une palette de qualités qui améliore sans aucun doute l’équipe.