Ski et planche

Place au plat principal

Alain Bergeron | Journal de Québec

Publié | Mis à jour

Son 16e rang de jeudi au sprint individuel ne passera pas à l’histoire, certes, mais il a fourni l’utilité que Alex Harvey attendait : le remettre en jambe, en vue du skiathlon de 30 km de samedi.

Avant l’épreuve reine de 50 km dans laquelle il défendra son titre mondial, le dimanche 3 mars, le Québécois a identifié depuis longtemps son autre mets préféré à ces championnats mondiaux à Seefeld. Son épreuve chérie de samedi, qui se joue sur une moitié en style classique et sur les 15 autres kilomètres en pas de patin, représente l’un de ses principaux objectifs. Et ce qu’il a perçu de son corps, jeudi, lui a ouvert l’appétit devant le buffet de 30 km.

«Habituellement, quand le sprint est là, le reste suit», a partagé Harvey, au terme de sa journée de travail disputée sous un soleil radieux.

Journée de transition

Plusieurs ténors des épreuves de distance qui joueront dans les mêmes talles que lui, samedi, ont fait l’impasse sur la première épreuve de ces championnats, dont le Norvégien Martin Johnsrud Sundby et le Suisse Dario Cologna.

Par contre, les spécialistes multitâches, comme les Russes Sergey Ustiugov et Alexander Bolshunov, et le Norvégien Finn Haagen Krogh, ont gaspillé du carburant comme Harvey durant cette journée.

Le tampon de samedi se limitera donc à de simples tests de ski et à une seule boucle de reconnaissance du parcours de style classique de 3,75 km. Maintenant que les commandes en intensité propres à l’épreuve du sprint ont eu sur lui les effets de «stimulus » qu’il espérait, « on va juste voir si la base de la forme est là pour durer sur le 30 km», dit-il.

Son épreuve fétiche

C’est dans ce genre de match de plus d’une heure que l’athlète de 30 ans a toujours aimé le mieux s’abandonner. De grands coups d’éclat du passé le rappellent. Le 31 janvier 2011, sa victoire à la poursuite de 30 km des championnats mondiaux des moins de 23 ans avait lancé sa carrière.

Puis, aux mondiaux des «grands» en 2015, à Falun en Suède, il avait arraché la médaille de bronze du skiathlon de 30 km au terme d’une bataille menée d’abord contre lui-même. Ennuyé par des problèmes d’irrigation sanguine aux artères iliaques à cette époque, il avait expliqué s’être tenu volontairement à l’avant de la course.

«Pas parce que je me sentais bien, mais plutôt parce que je ne me sentais pas bien. Je voulais ralentir le tempo. Dans les montées, j’avais les jambes dures comme de la brique», avait-il avoué.

Un scénario en tête

Harvey espère demeurer dans le coup jusqu’à la fin dans le concours de samedi pour espérer améliorer sa cinquième place des mondiaux de 2017. S’il y arrive, il a déjà son scénario en tête avant d’attaquer le sprint final. Il tentera d’éviter le piège de jeudi, où il est demeuré coincé troisième au sommet de la dernière montée plongeant vers le plateau final de plus de 200 mètres, ce qui l’a contraint à terminer quatrième en quart de finale.

«Je sais qu’il faut que j’entre deuxième. C’est sûr qu’en sprint, tout arrive plus vite. Mais dans les épreuves de distance, je peux arriver troisième à cet endroit parce qu’à la fin d’un 30 km, ça prend plus de temps à faire la dernière séquence droite. Mais la position idéale, selon moi, c’est deuxième quand tu arrives dans le dernier virage», a-t-il visualisé.

D’autres que lui ont possiblement la même idée.

Content malgré tout

Alex Harvey a lancé ses championnats mondiaux de ski de fond en s’arrêtant en quart de finale du sprint individuel en style libre, jeudi.

Après avoir obtenu le 18e chrono parmi les 30 meilleurs de la qualification, le Québécois est demeuré coincé troisième derrière le Finlandais Ristomatti Hakola, à la sortie du dernier virage qui donne ensuite sur une descente, et il n’a ainsi pu exploiter un positionnement avantageux pour le sprint. Il a été crédité du 16e rang au classement final à la suite de son élimination.

«Je suis quand même content du feeling général. Je ne m’étais pas qualifié (parmi les 30 premiers) depuis Lillehammer (où il avait terminé 3e le 30 novembre). Je pense qu’il y a de la vitesse dans le corps plus que la semaine passée et qu’au début du mois de janvier», a-t-il commenté, lui qui avait terminé 12e à ce même concours aux mondiaux de 2017 en Finlande.

Poigne entre Klaebo et Ustiugov

La victoire attendue du Norvégien Johannes Hoesflot Klaebo a permis de mettre la table pour la suite de ces championnats. Favori de l’épreuve, le turbo par excellence de la nouvelle génération a eu un accrochage avec le Russe Sergey Ustiugov dans la dernière ascension de leur demi-finale. Ustiugov a connu un déséquilibre et les deux coqs n’ont pu régler le débat plus tard au sprint final.

Le Russe, qui a été disqualifié pour obstruction sur cette séquence, s’est toutefois repris à l’arrivée. Il a adressé des reproches au jeune Klaebo avant de le repousser et lui poser la main droite au visage. Deuxième aux mondiaux de 2017 devant Klaebo dans cette épreuve, on devine que Ustiugov cherchera sa vengeance sur le terrain d’ici à la fin.

L’Italien Federico Pellegrino a terminé deuxième et laissé sa couronne de 2017 au brillant Klaebo. Le Russe Gleb Retivykh a obtenu la médaille de bronze.