Alex Harvey sur les Plaines d'Abraham lors de la dernière Coupe

Crédit : Courtoisie

Ski et planche

En forme sur les skis et dans la tête

Alain Bergeron - Journal de Québec

Publié | Mis à jour

Pour une des dernières séquences avant qu’il ne dise adieu à son sport, Alex Harvey retournera puiser dans son réservoir d’adrénaline aux championnats mondiaux de ski de fond en Autriche. Même à un mois de sa retraite, le podium continue de l’ensorceler.

Le Alex Harvey qui lancera jeudi un programme de cinq épreuves durant les 11 prochains jours n’est plus le même Alex Harvey qui, coupé de son plaisir habituel, avait choisi de rentrer à la maison au début de janvier pour recharger ses piles. Une équipe canadienne élargie à 10 skieurs pour les besoins de ces championnats a recréé un air familier pour lui dans l’hôtel où ils logent, devant la gare centrale au centre de Seefeld.

Le doux soleil qu’il fait ici se charge du reste de son bonheur. Depuis leur arrivée en Autriche, cette impression d’isolement qui l’avait miné après un bon début de saison a fondu. Il fait beau dans sa tête aussi.

«Il y a présentement une vie dans l’équipe comme celle que j’ai déjà connue», raconte le champion du monde en titre du 50 km, qui considère sa pause à la mi-saison comme un élixir.

«Ça m’a vraiment fait du bien. Je me suis retrouvé. Je me suis recentré sur ce qui est important pour moi et pour oublier le reste. Je suis vraiment mieux, autant sur mes skis que dans ma tête. C’est un grand championnat et j’ai l’impression que la saison s’est faite en deux parties. J’ai retrouvé du plaisir à l’extérieur des pistes de ski.»

Bonnes sensations

On ne croirait pas entendre un athlète qui nous a confirmé sa retraite à la fin de la saison. Ses sensations à l’approche du sprint individuel de jeudi lui rappellent celles précédant certains de ses grands moments en carrière, marquée de cinq podiums à ses quatre derniers championnats du monde. Son 10e rang à l’épreuve individuelle de 15 km, dimanche dernier à Cogne en Italie, l’a conforté sur son état pourtant amorphe résultant d’un stage de préparation en altitude.

«Si je repars de Seefeld avec une 10e place comme meilleur résultat, je ne serai pas pleinement satisfait, mais on dirait que ça ressemble à ce que j’avais vécu aux championnats à Val di Fiemme [en 2013, quand il avait gagné une médaille de bronze au sprint individuel]. La semaine d’avant, j’avais fini autour de la 60e place autant au sprint qu’au 15 km», se souvient-il.

Deux épreuves dans la mire

Après le sprint d’ouverture, le Québécois mise surtout sur deux autres épreuves individuelles : le skiathlon de 30 km de samedi (une moitié en style classique et l’autre en pas de patin) et le 50 km en pas de patin du dimanche 3 mars. C’est à la vue de ces deux journées que son radar s’emballe. Quand on a foulé le podium à chacun des quatre derniers mondiaux, rentrer bredouille ne représente pas une option.

«Il y a toujours un peu de pression pour tout le monde quand on arrive aux championnats du monde. C’est le gros objectif de la saison. Le 50 km est encore loin, alors j’ai l’impression que j’ai une couple de chances d’ici là pour bien performer», croit Harvey, qui doit aussi participer au sprint par équipe de dimanche et au relais masculin 4 X 10 km du vendredi 1er mars.

«Le 50 km est le plus prestigieux, mais si un podium devait survenir au sprint ou à n’importe quoi d’autre, je vais être content. En ce moment, je garde l’objectif d’avoir ma meilleure course de la saison dans au moins une de ces journées. Si ça se produit, j’ai confiance que ce sera un résultat qui va me satisfaire.»

Comment l’histoire s’écrira-t-elle, cette fois-ci ?

LE CŒUR BALANCE ENTRE DEUX ÉPREUVES

Passionné du skiathlon de 30 km et champion du monde en titre au 50 km, la préférence d’Alex Harvey balance entre ses deux épreuves chéries durant les mondiaux.

Dans son meilleur rêve, il se voit sur le podium à la course de samedi, partagée entre des parcours de 15 km en style classique et au pas de patin, pour ensuite conserver son statut de maître du marathon au dernier jour des championnats. Mais il sera le premier à nous rappeler que le ski de fond se joue souvent comme à la loterie.

«Ça dépend. Il y a des années où j’ai été plus en forme durant la deuxième semaine des championnats, tandis qu’à Falun [en 2015], j’avais fait deux podiums aux deux premières courses», évoque le skieur de 30 ans, en référence à sa médaille d’argent au sprint individuel, suivie deux jours plus tard d’une de bronze au 30 km.

«Il faut que je tombe dans une grosse journée. Si je suis capable d’avoir une super journée, je sais que je vais être dans le coup pour un podium à une course ou l’autre.»

Impasse sur le 15 km

Il est déjà prévu que le Québécois fera l’impasse sur l’épreuve individuelle de 15 km en style classique du mercredi 27 février. Trop d’énergie à investir dans une course qui ne lui a jamais valu un podium en carrière. Harvey préfère écarter ce qui pourrait compromettre son projet d’imiter le Norvégien Petter Northug, double champion du 50 km en 2009 et 2011.

En creusant un peu, on perçoit un penchant pour la plus longue épreuve.

«Le 50 km demeure l’épreuve-reine de notre sport, rappelle-t-il. Je vais porter le dossard de world champion. Ça demeure prestigieux. C’est sûr que j’ai hâte à ce jour-là.»