Crédit : Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Canadiens de Montréal

Les médias et le CH: a-t-on atteint le maximum?

Les médias et le CH: a-t-on atteint le maximum?

Elizabeth Rancourt

Publié 12 février
Mis à jour 12 février

Dans le hockey d’aujourd’hui, il y a deux qualités essentielles requises...

1- La vitesse

2- Être bon orateur

Vous ne l’aviez pas vu venir celle-là hein!

En réalité, il n’est pas nécessaire d’être bon, ni d’avoir toutes ses dents, mais disons que ça fait partie du contrat! Comme une clause en petits caractères.

Depuis déjà plusieurs années, c’est la réalité des joueurs de la LNH. Si tu atteins la grande ligue, tu vas passer presque autant de temps à jouer au hockey qu’à jouer les communicateurs devant les caméras et les micros! J’exagère un peu, mais chose certaine, tu vas en donner des entrevues, que tu le veuilles ou non.

Commençons par les journées de match. Les 31 équipes de la LNH ont les mêmes obligations envers leurs diffuseurs.

Les joueurs doivent être disponibles après la séance d’entraînement matinale, lors de leur retour à l’aréna pour ce qu’on appelle l’«arrival interview», ensuite pour le «bench interview» sur le banc des joueurs lors de la période d’échauffement, après la première et la deuxième période et enfin, après le match. L’entraîneur-chef doit aussi être disponible à trois reprises dans la journée.

Ensuite, il y a les journées d’entraînement qui se terminent toutes avec des entrevues dans le vestiaire. Et il y a du monde à la messe! Les diffuseurs, les journalistes de la télé, de l'écrit et de la radio. S’ajoutent les blogues et médias sociaux, sans oublier les demandes à l’interne parce que de nos jours, chaque équipe à sa propre brigade journalistique pour alimenter son site internet et ses plateformes web. Il n’y a pas meilleur moyen de contrôler son image et son message!

J’oubliais presque les demandes marketing et publicitaires à l’interne ET à l’externe, parce que les joueurs les plus populaires se font solliciter par des organismes, par de grandes entreprises pour de la publicité (comme McDonald’s) et pour des commandites. Mais tout ça passe par leur agent. Et ici, leurs joueurs ont la liberté d’accepter ou de refuser.

Êtes-vous surpris si je vous dis que les Canadiens de Montréal se classent dans une catégorie à part? Quotidiennement, ce sont entre 10 et 15 entreprises, donc environ 25 journalistes qui suivent les activités du Tricolore. Il faut toutefois garder en tête qu’au Québec, on a les médias francophones et les médias anglophones! Déjà là, on double les demandes au quotidien. Ce qu’il y a d’encore plus unique ici, c’est que le CH compte pas moins de six diffuseurs officiels! Aucune autre équipe de la LNH ne compte autant de partenaires médias. Aucune!

J’en parlais avec Dominick Saillant, qui en est à sa 21e année au sein du service des communications des Canadiens, et il se souvient du bon vieux temps où il n’y avait que trois diffuseurs officiels. Avec l’arrivée de TVA Sports en 2013, le CH a établi un nouveau record de six partenaires médias!

Quotidiennement, le service des communications du Tricolore reçoit une quantité incroyable de demandes. Tout le monde cherche sa petite exclusivité. Dominick se rappelle d’une demande farfelue: effectuer une séance d’autographes avec quelques joueurs... à l’extérieur de la ville... une journée de match! Visiblement, le requérant ne connaissait pas la routine d’un joueur de hockey une journée de match!

Le cas de Brendan Gallagher

Prenez Brendan Gallagher. Après l’entraînement matinal et après avoir accordé plusieurs entrevues, il va toujours luncher au même restaurant à Brossard (Oui il m’a donné l’adresse, mais ne révélons pas tous ses secrets quand même!) avec les quatre mêmes coéquipiers et ils mangent à la même table (pas superstitieux du tout me dit-il sur un ton ironique!). Retour à la maison, il regarde un épisode d’une série télé, dodo et retour à l’aréna!

Gallagher est l’un des joueurs les plus généreux de son temps et le plus sollicité dans le vestiaire du CH. Mais il a accepté d’arriver un peu en retard à son lunch pour me jaser de l’omniprésence des médias dans son quotidien.

En sept ans, les choses ont bien changé. Les demandes médias ont explosé. D’un côté, il y a le fait qu’en sept saisons, Gallagher est passé du statut de recrue à assistant capitaine, mais il y a surtout l’émergence des réseaux sociaux. Le numéro 11 comprend l’importance des médias et il ne refuse jamais une entrevue, ou presque jamais. Mais lorsque je lui demande si nous avons atteint une limite, un maximum de demandes médiatiques, il me répond: «Je ne peux pas m’imaginer plus!».

Au début de sa carrière, les entrevues le rendaient nerveux. Maintenant, il est comme un poisson dans l’eau. Lorsque je lui demande si c’est aussi dans sa nature, parce que lorsqu’on regarde certains de ses coéquipiers, Carey Price pour ne pas le nommer, on a l’impression que s’il le pouvait, il éliminerait tout l’aspect médiatique de son travail! On dirait toujours qu’il préfèrerait se faire arracher une dent à froid plutôt que de répondre aux questions des journalistes!

Brendan: «Eh bien... Il fait ça depuis combien d’années? Plus de 10 ans? Je vais peut-être être comme ça moi aussi rendu là!»

Elizabeth: «Haha! J’en doute fort! Et ça fait 12 ans qu’il est avec le CH! Mais je te prends aux mots mon Brendan et garde un œil sur toi d’ici 3 ans!»